Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique

Publié le 20/06/2014
France
 

Véronique Fayet, ancienne adjointe au maire de Bordeaux chargée des politiques de solidarité a été élue, jeudi 19 juin, à la présidence du Secours Catholique-Caritas France pour un mandat de trois ans. Rencontre.

Pourquoi avez-vous accepté la présidence du Secours Catholique ?

J’ai décidé, en novembre dernier, après une longue réflexion, de quitter la vie politique. Pendant vingt-cinq ans, j’ai été élue à la mairie de Bordeaux. J’ai apprécié ma fonction mais je pense que le cumul des mandats n’est pas une bonne chose et ce, qu’il s’agisse d’un cumul dans le temps ou en nombre de fonctions occupées. Il faut passer la main à d’autres pour renouveler la vie politique. J’ai donc annoncé mon départ au maire de Bordeaux, Alain Juppé.

La même semaine, Claire Escaffre, vice-présidente du Secours Catholique, m’appelait pour m’annoncer que je faisais partie d’une liste de personnes envisagées pour prendre la succession de François Soulage à la présidence du Secours Catholique. Le conseil d’administration a par la suite retenu mon nom.

J’ai accepté ce poste car j’ai une image très positive du Secours Catholique. C’est une association qui a pris un virage politique au bon sens du terme. C’est-à-dire qu’elle s’attaque maintenant aux causes structurelles de la pauvreté en associant les personnes en situation de précarité à ses actions et ses décisions.

Conjuguer ma foi et mon expérience auprès des pauvres

En outre, en tant que chrétienne, je me suis dit que c’était un appel. Mon mari et moi avons été membres des équipes Notre-Dame pendant quatorze ans et depuis 2013 nous faisons partie des Communautés de vie chrétienne. Nous avons toujours essayé de mettre le Christ au centre de nos engagements et de notre vie familiale. Je vois donc dans ce bénévolat au Secours Catholique l’opportunité de conjuguer ma foi, ma volonté de servir davantage l’Église, et mon expérience auprès des personnes en situation de précarité.

Je pense aussi beaucoup au texte de saint Luc, “Avance en eaux profondes”. Le Christ nous invite à aller plus loin. Cet engagement au Secours Catholique est donc l’occasion pour moi d’“avancer en eaux profondes”, de ne pas rester dans mon petit confort de grand-mère retraitée – j’ai trois petits-enfants.

Comment appréhendez-vous le fait d’être la première femme présidente du Secours Catholique ?

Je m’en réjouis. C’est un très beau signe de voir que l’Église (la nomination du président du Secours Catholique se fait en accord avec la Conférence des évêques de France, ndlr) souhaite que les femmes prennent plus de responsabilités en son sein et dans le corps associatif chrétien. L’Église est capable d’évoluer et n’est pas aussi misogyne qu’on peut le laisser entendre.

Je suis avant tout une
militante associative


Comment passe-t-on du politique à l’associatif ?

Je viens au départ du monde associatif. Je me suis engagée dès 1979 avec ATD Quart Monde comme militante associative pendant dix ans. Je suis d’ailleurs entrée en politique par la vie associative. Mon bénévolat m’a permis de rencontrer des élus qui m’ont proposé d’intégrer l’équipe municipale. Mais je reste avant tout une militante associative.

Votre parcours est marqué depuis le début par la lutte contre la précarité et l’exclusion. D’où vous vient ce goût du social ?

J’avais 12 ans et étais à l’école chez les Ursulines à Mulhouse. Cette année-là, on a accueilli l’abbé Pierre. Il nous a raconté la création d’Emmaüs, sa rencontre avec le premier compagnon, et a témoigné du fait que le meilleur moyen d’aider une personne est de lui montrer qu’on a besoin d’elle.

Cette rencontre m’a bouleversée et a orienté ma vie vers la recherche de justice. Dès que j’ai eu l’âge de m’engager, je suis devenue chiffonnière d’Emmaüs. Par la suite, en tant qu’étudiante, j’étais bénévole pour des associations d’alphabétisation des travailleurs émigrés à Nancy. Puis j’ai choisi de faire des études d’économie du développement.

Les gens ont du talent. On peut les tirer vers le haut en les rendant acteurs


Vous accordez une grande importance au développement social local comme outil de lutte contre la pauvreté. Quelle est votre vision de cette méthode ?

Le développement social local part du présupposé qu’il faut s’adresser à une personne dans sa globalité. Elle n’a pas seulement besoin d’un secours d’urgence mais aussi qu’on la regarde en tant que citoyenne avec des envies de culture, de réussite scolaire, de logement, des rêves de loisirs, des désirs spirituels, etc. Il faut bien comprendre que tous les droits sont interdépendants. C’est d’ailleurs une notion forte du rapport Wresinski que j’avais en charge de faire connaître lorsque j’étais militante à ATD Quart Monde.

Pour réussir le développement social d’un territoire et lutter ainsi efficacement contre la précarité, il faut faire travailler ensemble les forces économiques, les acteurs du social, l’école, l’élu local, les ressources sportives et culturelles. L’idée est de conjuguer ces talents et de les mettre en synergie. À cette fin, j’ai amené tous les élus de Bordeaux en charge de ces différents secteurs à travailler ensemble et avec les institutions telles que le conseil général, l’État, la caisse d’allocations familiales (Caf), les agences régionales de santé mais aussi avec les associations et les habitants de Bordeaux.

Le pouvoir d’agir des personnes en situation de précarité est en quelque sorte devenu votre credo ?Oui. J’en ai fait l’expérience au cours de ma vie d’élue en menant à bien le projet social de Bordeaux. J’ai été émerveillée de voir ce que faisaient les gens, les petites choses informelles qu’ils mettaient en place dans leur quartier et qui font la qualité de la vie de tous les jours. Les gens ont du talent. On peut les tirer vers le haut en les rendant acteurs.

 

 

Biographie en quelques dates

 

Clémence Véran-Richard
Crédits photos : ©Élodie Perriot/Secours Catholique
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