2016, ensemble contre la pauvreté

2016, ensemble contre la pauvreté

Publié le 01/01/2016
France
 

2016 arrive… Une année jubilé pour le Secours Catholique qui fêtera cette année ses 70 ans. Une année « belle et fraternelle » pour reprendre les mots de la présidente Véronique Fayet. Une année pleine de projets que ça soit en France, ou à l’international. En France, il nous faudra entamer une bataille des idées pour la solidarité et continuer d’agir concrètement en renforçant nos alliances et en accentuant nos capacités de recherche, d’expérimentation et de formation. À l'international, la crise au Moyen-Orient reste l'une des préoccupations de l'association : nous allons continuer à oeuvrer pour la paix et le vivre ensemble.

 

Le mot de la présidente Véronique Fayet : l'année 2016 sera belle et fraternelle

À l’aube de cette nouvelle année, comment garder la tête haute et rester dans l’espérance en regardant les horizons sociaux et politiques en France et dans le monde ?

Notre réponse est sans appel ! En continuant, comme Mgr Rodhain, notre fondateur, en a donné l’exemple, à faire et refaire ce qu’il appelait des « petits gestes ».

Car ce sont ces petits gestes qui depuis soixante-dix ans, font nos grandes actions et contraignent la pauvreté à reculer. Ces petits gestes qui au quotidien font la fraternité en actes, condition première de la construction d’une « société juste et fraternelle » !

Je pense à ces bénévoles rencontrés à Béthune, qui toutes les semaines, deux après-midi durant, animent à la maison d’arrêt avec les personnes détenues des temps de rencontre autour de jeux de société pour partager rires et fous rires et aider ainsi ces “oubliés” de la société à relever la tête en humanité ; ou encore à ces « petits gestes » de solidarité comme ceux des équipes du quartier de La Mosson, à Montpellier, qui font naître l’entraide ; aux « petits gestes », toujours, de tous ceux qui se mobilisent pour accompagner les familles vers un logement décent et digne, comme en témoigne le dossier de ce numéro.

Enfin, je pense aux centaines de milliers de « petits gestes » de solidarité financière de nos donateurs qui rendent possibles nos actions avec les personnes les plus fragiles…

C'est par la mobilisation de chacun, là où il est, selon ses moyens, que nous finirons par changer le monde !

Et pour inviter chacun à la solidarité, nous vivrons cette année, tous ensemble, dans toutes les régions de France, de grandes marches fraternelles pour fêter nos 70 ans.

Nous marcherons à la rencontre de nos amis et partenaires, à la rencontre des élus et des institutions, à la rencontre des pauvres et des petits, de ceux que l'on ne voit plus, de ceux que nous ne connaissons pas encore... Nous marcherons au rythme des enfants et des plus fatigués.

Nous ferons un pas de côté ou un pas de danse vers ceux qui restent au bord du chemin et attendent qu'une main se tende. Nous les inviterons à se mettre debout pour marcher avec nous, « pas à pas mais pas sans toi ! ».

L'année 2016 sera belle et fraternelle si nous le voulons, si nous nous mettons en chemin en tenant par la main notre “petite sœur Espérance” !

 

« Une Église plus samaritaine »

Le pape François a ouvert l’Année sainte de la Miséricorde le 8 décembre. Dominique Fontaine, aumônier général du Secours Catholique, place l’année 2016 sous ces auspices.

La miséricorde, c’est le Christ sur la croix; c’est la révélation de son amour et de son pardon. Les pauvres ont souvent une conscience aigüe de la miséricorde de Dieu à leur égard. Ils ont la conviction qu’il est présent en eux. C’est visible lorsqu’ils lisent la Bible dans les groupes de partage ou de parole organisés par le Secours Catholique.

Je voudrais voir en 2016 les feux de la miséricorde s’allumer en France et, cela, de manière très concrète. D’abord, j’aimerais qu’essaiment les initiatives de partage de l’Évangile auxquelles participent, notamment, des personnes en difficulté et des bénévoles ; je souhaiterais qu’elles soient partie prenante des marches organisées à l’occasion des 70 ans du Secours Catholique.  

Ensuite, je fais le vœu d’une Église plus « samaritaine », comme le souhaite le pape. En multipliant les actions visant à nourrir les affamés, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, accueillir les étrangers, visiter les prisonniers et les malades (Évangile de Matthieu, chapitre 25,  versets 35-36).   

 

En France : entamer une bataille des idées pour la solidarité et continuer d’agir concrètement

En 2016, « nous suivrons en particulier avec attention et vigilance les enjeux de lutte contre le chômage, de création d'opportunités renouvelées de formation professionnelle pour tous, de réforme des minimas sociaux, d'accès aux droits pour tous, d'accueil généreux des migrants et réfugiés », annonce Laurent Seux, directeur de l'action France-Europe du Secours Catholique-Caritas France.

Que retenez-vous de l'année 2015 ?

Bornée par des attentats en début et fin d'année, 2015 eut tout d'une année noire. La France n’est tout d’abord pas arrivée à sortir de son marasme économique et le chômage a continué d’augmenter.

Nous notions dans notre rapport statistique 2014 que « les personnes qui accèdent au travail voient leur pouvoir d’achat stagner, celles qui n’ont pas d’emploi voient les perspectives d’amélioration se réduire. La part des personnes sans ressources financières augmente ». Espérons que la tendance ne se confirmera pas en 2015. Rien n’est moins sûr. Les chiffres de la pauvreté monétaire risquent de rester relativement stables à un niveau élevé.

Sur ce fond morose, la crise des réfugiés a vu rejaillir les peurs et la construction de murs, de barrières et de clôtures en Europe. Les forces actuelles qui incitent au repli nationaliste (remise en cause de l’euro, remise en cause de Schengen et du principe de libre circulation des personnes, restauration des contrôles aux frontières), et qui se traduisent notamment par la forte poussée des mouvements nationalistes dans la plupart des pays d’Europe, constituent une menace pour la paix.

En France, la seule situation de Calais est parue ingérable et mal gérée. En dépit d’actions nombreuses de nos associations et de réactions tardives des pouvoirs publics, la situation des exilés s’est relativement peu améliorée. Le Secours Catholique a pour la première fois attaqué l’État en justice à ce sujet. Nous n’en avons pas été fiers, juste contraints d’en arriver là.

Dans ce contexte, les échéances des élections régionales ont trop souvent servi d’accélérateur et de révélateur de tactiques politiques sans éthique et sans projet. Le Secours Catholique avait saisi l’occasion de ce rendez-vous pour mettre sur la table la question de la mobilité : compétence des régions et  quotidien des personnes en galère.  Ce n’était visiblement pas le sujet. Outrances et épouvantails étaient de sortie.

Pourtant la soif d’engagement et de solidarité des français est réelle et nous en avons été comme d’autres témoins lorsque les bonnes volontés se sont manifestées par milliers après la photo de cet enfant, mort sur une plage.

Pourtant les coalitions entre pouvoirs publics, associations et citoyens sont possibles et efficaces comme l’illustrent certaines mesures du plan de lutte contre la pauvreté.

Pourtant au niveau international les États s’engagent à éradiquer l’extrême pauvreté d’ici à 2030 (Objectifs de Développement Durable votés en septembre 2015), et ont adopté un accord pour le climat au Bourget. La société civile dont nous faisons partie a là du grain à moudre pour plus de justice sociale et environnementale.

Pourtant la recherche, l’expérimentation et l’innovation drainent les énergies : les mobilisations citoyennes au moment de la COP21 l’ont montré.
2015 conserve un mauvais goût de peur et de gâchis.

Quels sont pour le Secours Catholique les grands enjeux de société pour cette année 2016 ?

Le grand enjeu est de bâtir une société où on puisse vivre ensemble et dans la confiance ! Pour cela, que chacun puisse contribuer à la société, se sentir utile et reconnu, respecté dans son identité et ses différences, protégé socialement plus encore que d'un point de vue sécuritaire.

Pour vivre ensemble et dans la confiance, il nous faut contribuer à rebâtir un contrat social renouvelé, avec les pouvoirs publics et la société civile, avec aussi les acteurs économiques qui doivent prendre au sérieux leur responsabilité sociale et sociétale, avec enfin les personnes en précarité elles-mêmes, qui sont une partie de la solution aux problèmes, si on leur fait confiance et les appuie.

Ensemble, nous tâcherons de démonter les préjugés qui gangrènent notre tissus social et entachent le discours de trop de responsables politiques. Nous approfondirons le champ de l’accès et la reconnaissance des savoirs de tous. Nous entamerons une réflexion citoyenne avec nos partenaires sur la question de la protection sociale.

Nous suivrons en particulier avec attention et vigilance les enjeux de lutte contre le chômage, de création d'opportunités renouvelées de formation professionnelle pour tous, de réforme des minimas sociaux, d'accès aux droits pour tous, d'accueil généreux des migrants et réfugiés.

Avec nos partenaires européens, au sein de Caritas Europa, nous veillerons à défendre l’Europe et ses valeurs en investissant fortement le champ des migrations.

Quels sont vos souhaits pour l'année 2016 ?

Puisse la devise de Paris « Fluctuat nec mergitur » remise à l’honneur après les attentats de novembre s’avérer juste.  Que 2016 voie se dresser « les forces de l’esprit », des personnes et des groupes, des associations et des collectifs  marcher ensemble pour la fraternité !

Le Secours Catholique fêtera son 70ème anniversaire et devrait s’engager pour les 10 ans à venir dans un projet plus politique et plus sociétal, à la hauteur des enjeux de société d’aujourd’hui.

Il nous faudra entamer une bataille des idées pour la solidarité et continuer d’agir concrètement en renforçant nos alliances et en accentuant nos capacités de recherche, d’expérimentation et de formation. 

Nous saurons être dans l’espérance : notre foi nous invite ; nous serons également  dans la résistance car la réalité nous oblige.

 

 

À l’international : la paix et le vivre ensemble au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

L’année 2016 sera aussi riche pour les projets internationaux du Secours Catholique. La région du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord est l’une des priorités de l’association. Conflit syrien, crise des migrants, conflit israélo-palestinien, suites du printemps arabe : les enjeux sont multiples et les projets nombreux, analyse Cyrille de Billy, responsable du Pôle Moyen Orient et Afrique du Nord.
 

L’année 2015 a été marquée par les suites de la guerre en Syrie. Quels sont les priorités du Secours Catholique pour 2016 pour la Syrie ?

Jusqu’ici, nous avons financé des programmes d’urgence (adaptation à la saison hivernale, aide alimentaire). Désormais, nous voulons nous concentrer sur l’éducation. 3 millions d’enfants ne sont plus scolarisés en Syrie.

Nous voulons maintenir une transmission des savoirs aussi bien sur le territoire syrien que dans les camps de réfugiés. Nous allons soutenir des projets en ce sens.

Par ailleurs, qui sait, nous verrons peut-être enfin la paix arriver en 2016. Dans ce cas, il faudra ensuite agir en faveur de la reconstruction du pays et notamment du retour chez eux des 12 millions de Syriens qui ont quitté leur maison.

Les voeux de Caritas Syrie à l'occasion de Noël


Le conflit syrien a contribué à accroitre l’afflux de réfugiés en Europe. En Afrique du Nord aussi, les migrants, souvent en provenance d’Afrique subsaharienne, sont nombreux. Que va faire le Secours Catholique pour aider les migrants de cette région en 2016 ?

Nous allons continuer à soutenir les personnes et l’accès aux droits de ceux qui s’installent au Maroc, en Tunisie, en Mauritanie.  Chose nouvelle : nous allons mettre en place une coopération d’une part entre les Caritas d’Afrique du Nord, d’autre part entre ces dernières et certaines Caritas européennes.

L’objectif est de favoriser les échanges de pratiques et de connaissances, voire, à l’avenir, d’interpeller ensemble les autorités. L’enjeu est important.


L’une des priorités de 2015 était le « vivre ensemble » au Moyen-Orient et en Afrique du Nord où les groupes ethniques et religieux ont parfois du mal à cohabiter. Qu’en est-il en 2016 ?

Cela reste l’une des nos priorités. Nous allons continuer à soutenir des projets qui visent à favoriser la cohabitation entre habitants d’une même région ou d’un même pays.

À titre d’exemple, nous soutenons un institut de formation  œcuménique au Maroc ; mais aussi une activité de cinéma et de théâtre de rue en Égypte. En Israël, nous soutenons aussi des acteurs qui travaillent à la fois avec des Juifs et des Arabes. Toutes ces activités créent du lien.

À propos du conflit israélo-palestinien, nous allons continuer à dénoncer la colonisation qui est une violation du droit international et qui crée de l’injustice et de la pauvreté. La campagne Made in Illegality à laquelle nous participons se bat pour que le gouvernement français déclare illégaux les produits des colonies.

Véronique Fayet / Cécile Leclerc-Laurent / Benjamin Sèze / Yves Casalis
Crédits photos: ©Sébastien Le Clézio/Secours Catholique; ©Alexandra Bellamy/Secours Catholique; ©Christophe Hargoues/Secours Catholique
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