Accès à l’eau : engagement mondial exigé

Publié le 16/07/2013
Continent africain
Accès à l’eau : engagement mondial exigé
 

L’accès à l’eau a été reconnu par l’ONU en 2010 comme "droit fondamental de l’homme". Une avancée historique sur le plan des principes, qui nécessite pour se concrétiser un (ré)engagement de tous les acteurs : États, entreprises et organisations citoyennes telles le Secours Catholique.

Ouvrir son robinet et avoir accès à de l’eau potable… Ce geste anodin en Occident masque une réalité toute autre pour de nombreux habitants de la planète : chaque minute, sept personnes meurent dans le monde à cause d’une eau insalubre.

C’est particulièrement vrai dans les régions en développement où, faute d’infrastructures sanitaires, plus de 90 % des eaux usées sont rejetées dans la nature sans être traitées.

Dans ses Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), définis en 2000, l’ONU se fixait un but qui semble ambitieux : faire diminuer de moitié le nombre des populations n’ayant pas accès à une eau saine entre 1990 et 2015. L’objectif sera largement atteint, se félicite l’organisation, qui estime que 95 % de la population mondiale sera approvisionnée en 2015.

Derrière ce chiffre se cachent pourtant de fortes disparités. « En ville, en comptabilisant toutes les personnes qui vivent autour d’un puits qui fonctionne – plus ou moins bien – ça peut aller très vite. Les zones urbaines ont ainsi fait grimper le pourcentage », relativise David Blanchon, géographe et auteur de L’Atlas mondial de l’eau [1].

En zone rurale, la proportion de la population dépourvue de points d’eau améliorés est en effet cinq fois plus importante que dans les villes. Et la situation est particulièrement préoccupante en Afrique subsaharienne, qui concentre plus de 40 % des populations n’ayant pas accès à de l’eau potable.

L’accès à l’eau, un enjeu de développement

En Afrique plus qu’ailleurs, le défi reste immense : chaque année, faute d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, le choléra, la typhoïde et les dysenteries emportent des millions d’enfants. Par manque de points d’eau et de réseaux de distribution suffisants, des dizaines de millions de petites filles, notamment dans les zones rurales, sont vouées à la corvée d’eau quotidienne au lieu d’aller à l’école.

L’insuffisance de l’irrigation sur le continent bride le développement de l’agriculture vivrière, indispensable à la lutte contre la faim. L’augmentation rapide de la population, notamment dans les villes, se traduit par des prélèvements accrus dans les cours d’eau et les nappes phréatiques, entraînant des atteintes parfois irréversibles à l’environnement et une multiplication des conflits d’usage.

Convaincu que l’eau est à la source de tous les enjeux de développement, le Secours Catholique est engagé depuis le début des années 60 dans le domaine de l’hydraulique, notamment en Afrique. Il participe au financement d’ouvrages tels que des puits, des citernes, des fontaines, et soutient des programmes de lutte contre l’érosion hydrique et la déforestation, de conservation des sols, de reconstitution des nappes phréatiques, ou encore de reboisement.

Au fil des ans, les programmes ont également évolué vers une approche plus large de développement rural, avec notamment l’amélioration des revenus agricoles et le soutien à l’élevage.

« Parallèlement à notre action de terrain avec nos partenaires internationaux, notre travail sur l’accès à l’eau s’inscrit dans notre lutte contre la pauvreté et les inégalités, explique Jacqueline Hoquet, responsable du Plaidoyer international au Secours Catholique. Il est important d’agir auprès du gouvernement français, des institutions européennes et onusiennes pour une plus grande transparence financière. Il faut lutter contre les paradis fiscaux et donner ainsi aux États davantage de fonds pour des programmes sociaux, protéger les zones les plus fragiles de phénomènes tels que l’accaparement de terres ou la spéculation sur les denrées alimentaires. »

Protéger l’or bleu

Aussi important soit-il, le travail d’associations comme le Secours Catholique ne peut à lui seul résoudre le problème de l’accès à l’eau. Par sa nature même, l’eau implique une myriade d’acteurs aux intérêts divergents.

« Certains pays veulent construire un barrage en amont, ce qui pose problème en aval, comme c’est le cas pour le Tigre et l’Euphrate, observe le géographe David Blanchon. Les conflits peuvent aussi venir des entreprises qui obtiennent des permis de forage et d’utilisation des ressources en eau. »

Pour préserver l’or bleu et en faire une ressource équitablement partagée, l’ONU a placé l’année internationale de l’eau 2013 sous le signe de la coopération. Plus que jamais, « les gouvernements, le secteur privé et la société civile doivent étroitement collaborer » a rappelé Irina Bokova, directrice de l’Unesco, l’organisme qui pilote cette année de la coopération.

Il y a urgence : l’augmentation de la demande en eau, conjuguée aux effets néfastes du réchauffement climatique, provoque une tension qui risque de s’aggraver dans les années à venir. C’est rien moins que l’avenir de la planète qui est en jeu.

Note : [1] Éd. Autrement, 2013.

Marina Bellot
Crédit Photo : © Elodie Perriot/Secours catholique-Caritas France
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