Alep (Syrie) : « Nous devons continuer à nous aider les uns les autres »

Publié le 15/01/2015
Syrie
Alep (Syrie) : « Nous devons continuer à nous aider les uns les autres »
 

L’hiver est glacial en Syrie. Des enfants déplacés par la guerre meurent d’hypothermie. À Alep, deuxième ville du pays, l’évêque chaldéen, Mgr Audo, président de la Caritas nationale, témoigne de l’immense détresse des habitants mais aussi de leur capacité à prendre soin les uns des autres.

Il y a quatre ans cette ville était florissante et cosmopolite. Mais cette guerre sans merci a touché tout le monde. Les riches sont partis, la classe moyenne est devenue pauvre et les pauvres indigents. 80 % des Aleppins n’ont pas de travail. Lorsque je parcours les rues, je suis atterré par la pauvreté : des gens malades, épuisés, désespérés, sans aucun espoir dans l’avenir.

Quand tombera la prochaine roquette ?

Alep est coupée en deux et divisée contre elle-même. Dans certains secteurs, vous pourriez croire que la vie continue normalement car les gens vont à l’église ou à la mosquée, les enfants à l’école, les étudiants à l’université. Mais vous ne savez jamais à quel moment tombera la prochaine roquette. D’autres secteurs, tels la Vieille ville et les souks, ont été dévastés par les combats. La belle mosquée Umayyad a été détruite par les bombardements.

Choqué par l’énormité des besoins

Il fait terriblement froid cet hiver. Il n’y a plus de chauffage ni d’électricité. Le soir, il fait nuit très tôt. A l’évêché, nous allumons un poêle et nous faisons du bois avec des chaises. Chaque nuit, nous en cassons une pour faire du feu. Quand je me couche il fait parfois si froid que je n’arrive pas à m’endormir. Mais alors que je grelotte sous les couvertures je me dis que j’ai bien de la chance par rapport à mes frères et sœurs sans abri pour se reposer.

Je suis toujours choqué par l’énormité des besoins. Même des médecins et des ingénieurs font la queue devant les centres de Caritas(1) pour recevoir des paniers d’aliments : comme l’économie s’est effondrée, ils ne sont plus en mesure de subvenir aux besoins de leurs familles.

« Les chrétiens gardent la Syrie unifiée »

Près de la moitié des chrétiens ont quitté la ville. Les 45 églises sont presque toutes vides maintenant. Combien de temps encore notre foi pourra-t-elle survivre en Syrie ? Un ecclésiastique musulman m’a dit récemment qu’il ne pouvait imaginer le pays sans les chrétiens. « Ils sont la colle qui garde la Syrie unifiée : ils ne prennent pas parti dans cette guerre. Si une religion qui a fleuri durant des millénaires était persécutée jusqu’à disparaître ce serait une tragédie ».

Traiter les autres avec dignité

Qu’est-ce qui me donne de l’espoir ? La compassion des personnes qui prennent soin des autres. Les petits signes d’humanité, comme celles qui partagent le peu qu’elles ont. La solidarité de mes frères et sœurs dans le monde. Mais c’est surtout ma foi qui me donne de l’espoir ! Je récite mes prières et je lis la Parole de Dieu ; cela me réconforte dans l’idée que nous nous en sortirons.

Nous devons continuer à nous aider les uns les autres. Nous devons nous respecter mutuellement, nous traiter avec dignité et comprendre la souffrance individuelle. Nous devons commencer à nous voir, non pas comme des orthodoxes ou catholiques, sunnites, chiites ou alaouites, mais comme des Syriens qui peuvent vivre ensemble dans la paix.

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Notes:

[1] Caritas Alep permet d’accéder, toutes croyances confondues, à l’aide d’urgence : aliments, soins de santé, abris…

crédit photo : © Patrick Delapierre/Secours Catholique-Caritas France
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