Armes nucléaires : les catholiques plaident pour leur élimination

Publié le 20/03/2012
Monde
 

Représentants de l’Église, de l’armée, experts, ont réfléchi à la question du désarmement nucléaire, lors d’un colloque à l’Institut catholique de Paris. Le Secours Catholique dénonce un gaspillage d’argent au détriment du développement.

Le Secours Catholique est préoccupé par le risque de conflit entre puissances nucléaires asiatiques et ses conséquences désastreuses pour les populations pauvres. De plus, indique Antoine Sondag, chargé de recherches internationales au Secours Catholique, « investir de l’argent dans les armes, c’est détourner des ressources qui pourraient être affectées au développement économique et social ». D’autant que l’armement nucléaire est particulièrement coûteux. Le chercheur participait, les 16 et 17 mars derniers, au colloque sur le désarmement nucléaire organisé à Paris par Pax Christi et Justice et Paix, membres de l’Église catholique.

Par ailleurs, indique le chercheur, l’association est attachée au droit international, qui bannit l’usage de la force, seul le Conseil de Sécurité de l’ONU étant légitime pour en décider.

20 000 têtes nucléaires

La France dispose de 300 têtes nucléaires, la Grande-Bretagne de 150. Et il y aurait plus de 20 000 de ces armes de destruction massive dans le monde. Russie, États-Unis, Chine, Inde, Pakistan en détiennent une grande partie.

Arme de dissuasion, de « sanctuarisation » du territoire, la bombe atomique est destinée à décourager les attaques et donc à maintenir la paix selon la doctrine militaire de plusieurs pays, dont la France.

Dissuasion inadaptée

La dissuasion héritée de l’après-Seconde Guerre mondiale est aujourd’hui inadaptée et surtout dangereuse. C’est ce qu’ont fait valoir plusieurs participants à ce colloque.

« Funeste et fallacieuse », selon l’évêque de Troyes Mgr Marc Stenger, citant Benoît XVI. Pour Paul Lansu, de Pax Christi International, la dissuasion nucléaire « prend en otage des innocents à des fins militaires ». Elle nous met « en situation de donner la mort pour ne pas avoir à la donner et cela c’est jouer avec la vie », réprouve Mgr Stenger.

« Que peut d’ailleurs la dissuasion contre le terrorisme ou les marchés financiers, menaces d’aujourd’hui », remarque Alain Joxe, de l’École des hautes études en sciences sociales.

Holocauste nucléaire

Pax Christi propose un plan d’élimination du matériel nucléaire pour éviter un « holocauste humain et spirituel ».

Les nations nucléaires peuvent-elles suivre cette voie ? Rien n’est moins sûr. La bombe atomique est une « arme de statut ». Ce n’est pas un hasard si les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU – Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie – en sont dotés.

Espoirs déçus

Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires proposé par l’ONU en 1968 prévoit à terme le désarmement général. Mais on en est loin, témoigne au colloque Jean-Hugues Simon-Michel, représentant permanent de la France à la Conférence du désarmement de Genève. « La décennie 2000 est celle des espoirs déçus », déplore-t-il.

La Corée du Nord s’est retirée du Traité de non-prolifération. Les arsenaux de la Chine, de l’Inde et du Pakistan se renforcent. Chine et Inde sont en train de se doter de sous-marins lanceurs d’engins (nucléaires). Les tensions entre les trois puissances alimentent leur course aux armements.

Pourtant, l’arme nucléaire évite que les conflits sur la revendication de provinces entre l’Inde et la Chine ne dégénèrent, veut croire Yves Boyer, professeur à l’École Polytechnique.

Pays du « seuil »

L’Iran signataire du Traité de non-prolifération « va jusqu’aux limites entre le nucléaire civil et le militaire », observe l’amiral Jean Dufourcq. Les pays « pseudo-nucléaires » ou dits « du seuil » pourraient en quelques mois se doter d’un « instrument précurseur » de la bombe, prévient l’amiral.

Iran souverain

Mais de quel droit veut-on interdire à l’Iran de se doter de l’arme nucléaire ?, demandent des intervenants. Ils rejoignent en cela l’opinion de simples citoyens : « les pays détenteurs de l’arme nucléaire n’ont pas à dire oui ou non à l’Iran, c’est la logique du club, du faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais », protestent ceux-ci.

Cercle vertueux

Le pire n’est pourtant pas certain, rassure Jean-Hugues Simon-Michel. Un « cercle vertueux » est possible. Encadrement de la crise nord-coréenne par le triangle Corée du Sud, Chine, Japon, négociations de l’Iran avec la communauté internationale, perspective d’une conférence d’exclusion des armes de destruction massive au Moyen-Orient, peuvent dessiner ce cercle, selon le représentant français à la Conférence du désarmement.

Bien commun

Le représentant de l’Église catholique, Mgr Stenger, reconnaît qu’il faut « trouver un autre système de sécurité crédible » avant d’aboutir au monde dénucléarisé. L’évêque de Troyes appelle les détenteurs de l’arme de l’apocalypse à « construire la paix, pas seulement en fonction de leur intérêt mais au regard du bien commun ».

 

François Tcherkessoff
© Kyodo/Maxppp
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