Biens mal acquis : l’étau judiciaire se resserre sur la Guinée équatoriale

Publié le 27/02/2012
Guinée équatoriale
 

Pendant dix jours, à la mi-février, la justice française a perquisitionné un hôtel particulier parisien appartenant à la famille du dirigeant de Guinée équatoriale. Le Secours Catholique adhère à l’initiative de Transparence International France, dont la plainte est à l’origine de l’instruction ouverte pour détournement de fonds publics.

La justice vient de franchir une étape importante dans l’affaire des biens mal acquis. La perquisition achevée le 23 février avenue Foch à Paris, dans le luxueux hôtel particulier utilisé par le fils du chef de l’État de Guinée équatoriale, apporte des éléments de poids au dossier.

Parmi les 200 mètres cube d’objets saisis dans l’immeuble du 42, avenue Foch, se trouvent une montre sertie de diamants, des bibelots et meubles de grande valeur et plusieurs centaines de bouteilles de grands crus. Des achats effectués par Teodorin Obiang lors de la vente Bergé-Saint Laurent, à hauteur de 18 millions d’euros, ont aussi été saisis. Mais le tableau de Claude Monet acheté également aux enchères, pour 12 millions d’euros, n’a pas été retrouvé dans l’hôtel particulier.

Fonds publics

La société d’exploitation forestière guinéenne contrôlée par le fils de Teodoro Obiang aurait servi à payer une partie des objets accumulés avenue Foch. La majorité de la population équato-guinéenne, elle, vit sous le seuil de pauvreté, résultat de la « mauvaise répartition des richesses » de ce pays producteur de pétrole, selon l’euphémisme de François d’Aubert, magistrat à la Cour des comptes.

« Indignation » de la Guinée

La Guinée équatoriale a exprimé sa « totale indignation » devant ce qu’elle estime être une « illégitime persécution », arguant que l’immeuble appartenait depuis octobre à l’État équato-guinéen, et qu’il est donc désormais sous statut diplomatique. Mais pour le ministère français des Affaires étrangères, le bâtiment relève du droit commun.

Confiscations aux États-Unis

En octobre 2011, le département américain de la Justice avait déjà annoncé « la confiscation de 70 millions de dollars d’actifs appartenant à Teodorin en Californie, dont un domaine de 30 millions de dollars à Malibu, un jet de 38,5 millions de dollars », ainsi « qu’un gant blanc couvert de cristaux de Michael Jackson ».

En France, l’ensemble des acquisitions, dont l’hôtel particulier parisien luxueusement aménagé, n’a aucune commune mesure avec le salaire officiel de Teodorin, 3 300 € par mois selon la revue Foreign Policy.

Silence du monde financier

Les indices de détournements massifs de fonds publics s’accumulent. Grégoire Niaudet, chargé de plaidoyer international au Secours Catholique, salue « le courage sans précédent et la volonté » de la justice française, tout en déplorant le silence des banques et des autorités financières sur les comptes richement pourvus ouverts en France depuis de nombreuses années par de hauts dirigeants africains.

Corruption mise en échec

Quoi qu’il en soit, « un champ considérable de possibilités » s’ouvre désormais pour faire reculer les détournements et la corruption, considère Grégoire Niaudet.

L’éventuelle mise en examen du fils du chef de l’État équato-guinéen, accusé d’avoir utilisé sur le sol français l’argent détourné de fonds publics, sera rendue difficile par le statut diplomatique qui lui a été fraîchement attribué, en tant que délégué permanent adjoint auprès de l’Unesco.

Pour l’avocat de Transparence International, Me William Bourdon, « cette quête d’une immunité fantaisiste est dans le droit fil de la logique d’impunité qui règne en Guinée équatoriale ».

 

François Tcherkessoff (avec AFP)
© PhotoPQR/Le Parisien/Matthieu de Martignac/Maxppp
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