Biens mal acquis : un mandat d’arrêt international contre Téodorin Obiang

Publié le 28/03/2012
France, Guinée équatoriale
 

L’affaire des biens mal acquis de chefs d’État africains connaît un nouveau rebondissement avec le lancement d’une procédure de mandat d’arrêt international contre le fils du président de Guinée équatoriale. Le Secours Catholique salue la progression de la justice mais s’étonne de l’inaction de la France sur ce sujet pendant des années.

Les deux juges d’instruction enquêtant sur les biens mal acquis de Téodorin Obiang, le fils du président de Guinée équatoriale, ont franchi un nouveau pas vers sa mise en examen. Téodorin Obiang est visé par un mandat d’arrêt international pour le blanchiment en France des fonds publics qu’il est fortement soupçonné d’avoir détournés dans son pays.

Procédure délicate

Les deux juges d’instruction ont entamé début mars la procédure de lancement d’un mandat d’arrêt international, en demandant l’avis du procureur. Celui-ci n’avait pas encore répondu à la date du 27 mars.

La démarche des juges est la conséquence du refus de Téodorin Obiang, ministre de l’Agriculture de son pays, de répondre à leur convocation début mars. Selon la procédure pénale, le juge d’instruction peut passer outre l’avis défavorable du parquet et lancer le mandat d’arrêt mais le procureur, en charge de l’exécution de ce mandat, peut ne pas l’exécuter.

Saisies d’achats somptuaires

Les sommes présumées détournées par le fils de Téodoro Obiang se chiffreraient en dizaines de millions d’euros. Elles auraient servi à des achats de voitures de collection, d’objets d’art ou de grands crus dont Téodorin remplissait son hôtel particulier parisien de l’avenue Foch, lui-même évalué à 150 millions d’euros. La justice y a déjà saisi 11 voitures en septembre, puis de nouveau 200 m³ de meubles et d’objets de grand prix en février.

L’Unesco « instrumentalisée »

Les avocats du fils du président équato-guinéen en appellent à l’immunité diplomatique de leur client, nommé délégué permanent adjoint de Guinée équatoriale auprès de l’Unesco, peu après la première perquisition. Mais Transparence International France, auteur de la plainte ayant déclenché l’enquête, a demandé au gouvernement français de ne pas reconnaître ce statut diplomatique. L’ONG invoque l’« instrumentalisation » de l’Unesco pour « contrarier le cours d’une information judiciaire légalement ouverte en France ».

Cécité des autorités françaises

Grégoire Niaudet, chargé de plaidoyer international au Secours Catholique, se félicite de la progression de la procédure. Il souhaite que la justice s’intéresse aussi à l’absence de réaction des autorités françaises sur les mouvements financiers suspects qui durent depuis des années. « Comment, s’interroge-t-il, cela a-t-il été rendu possible malgré les organes de contrôle des banques, malgré la transmission obligatoire d’informations par celles-ci à Tracfin », la cellule antiblanchiment du ministère des Finances.

L’enquête sur les biens mal acquis menée depuis décembre 2010 par les juges Roger Le Loire et René Grouman concerne aussi deux autres présidents africains et leurs familles.

 

François Tcherkessoff (avec AFP)
© PhotoPQR/Le Parisien/Matthieu de Martignac/Maxppp
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