Brésil : « L’Église appelle à une sortie de l’urgence sociale »

Publié le 12/06/2014
Brésil
 

En ce début de Coupe du monde de foot, les tensions sociales sont vives dans des villes amazoniennes comme Manaus, au Brésil. Annie Algalarrondo, du pôle Amérique latine du Secours Catholique, présente sur place en mai, relaie la « lassitude » de beaucoup de Brésiliens et l’appel de l’Église catholique aux autorités pour sortir de l’état d’urgence sociale.

Quel est le climat social dans les villes amazoniennes ?

Dans les villes de cette région, qui ont souvent l’impression d’être oubliées, on sent une immense lassitude. Ainsi, à la périphérie de Manaus (une des villes-hôtes de la Coupe du monde – 1,8 million d’habitants, NDLR), dans l’État de Amazonas, au nord du Brésil, j’ai rencontré des citadins dont les conditions de vie sont terribles. Parmi eux, des leaders voudraient mobiliser la population contre les injustices subies et l’aider à s’organiser mais ils sont découragés car elle réagit faiblement.

Si on loue volontiers à l’étranger la mobilisation sociale “à la Brésilienne”, être en première ligne dans le combat pour la justice n’est pas facile tous les jours pour de nombreux citoyens, en particulier pour les plus démunis.

Les Brésiliens vont-ils tout de même se mobiliser à l’occasion de cet évènement planétaire ?

Je pense que de nombreux Brésiliens – des sans-abri, des habitants des favelas, mais aussi la classe moyenne – vont profiter de la Coupe du monde pour descendre dans la rue afin de faire connaître au monde entier les problèmes de logement, de transport, de santé… En somme, pour expliquer que la situation du pays n’est pas aussi bonne que le gouvernement le laisse entendre à l’extérieur.

Comment réagit l’Église catholique face à cette actualité sociale assez lourde ?

En Amazonie, les évêques ont tiré la sonnette d’alarme au cours d’une rencontre régionale qui s’est déroulée à Manaus en octobre 2013. Ils ont débattu des menaces qui pèsent sur l’environnement, en particulier la déforestation, toujours pratiquée, qui atteint par ricochets l’équilibre écologique de l’ensemble de la planète. Car l’Amazonie, ont affirmé les évêques, c’est 50 % de l’oxygène et 20 % de l’eau douce de la planète. Attention, donc, à ne pas mettre en danger le reste du monde !

Ils ont aussi débattu de l’épineuse question des ressources naturelles, de l’explosion urbaine – sept habitants de l’Amazonie sur dix vivent en ville –, du trafic des êtres humains. Ils ont dénoncé l’impunité dont bénéficient des responsables de grandes entreprises dont les employés sont réduits en esclavage de par leurs conditions de travail. Les évêques ont également demandé aux autorités de mettre en place une réforme agraire. S’il y a urgence c’est bien sur ce point, ont-ils martelé !


Forum social pan amazonien : l’enjeu de l’identité commune

Près de 1 000 personnes, venant du Pérou, de Bolivie, du Brésil, de l’Équateur, du Venezuela, du Surinam, de Guyana, de la Guyane française, de Colombie, ont participé du 28 au 31 mai à la 7ème édition du Forum social pan amazonien, à Macapa, dans l’État de Amapa. « Un espace privilégié, témoigne Annie Algalarrondo, pour bâtir une identité commune et pour réfléchir ensemble sur des questions comme terre, eau, préservation de l’environnement et développement, éducation populaire et mouvements sociaux dans cette région, lutte des femmes et jeunesse pan amazonienne. »

Yves Casalis
© Erahel Patrasso/Landov/MaxPPP
Écolière Haïtienne souriante dans sa classe
Plus d'informations
Solidarité internationale et développement
# sur le même thème