Calais : le Secours Catholique publie son rapport "Paroles de migrants"

Publié le 16/04/2015
Calais
Calais : le Secours Catholique publie son rapport "Paroles de migrants"
 

Le Secours Catholique-Caritas France publie le 16 avril une enquête effectuée auprès des migrants à Calais. L’association a mené, entre le 30 octobre 2014 et le 2 janvier 2015, une série d’entretiens avec 54 exilés. Des parcours de migration forcée d’hommes et de femmes ayant fui des guerres et des régimes totalitaires et dont l’âge moyen est de 27 ans.

« J’ai fui le conflit dans mon pays. » Cette phrase, ils sont 25 sur 54 à l’avoir prononcée lors des entretiens avec les bénévoles, soit plus de 46 %. Qu’ils soient soudanais (39 % des personnes interviewées), afghans (13 %), syriens (7,5 %) ou pakistanais (5,5 %), tous sont traumatisés par les violences et la barbarie qui ravagent leur pays d’origine.

« De nombreux villages au Darfour ont été brûlés et pillés. Les gens ont été assassinés, les femmes violées et nos cultures anéanties. Mon village n’y a pas échappé, raconte Yahia, un jeune agriculteur soudanais. Je me suis réfugié dans un camp, mais là encore, l’insécurité m’a rattrapé. Mon père a été assassiné et mes nièces violées. »

Mohamad, lui, a été contraint de quitter la Syrie car il refusait de se battre. Ce professeur d’anglais âgé de 32 ans était « menacé par les extrémistes et le gouvernement syrien car il refusait de prendre les armes pour l’un ou l’autre camp. »

Si ce n’est pas la guerre qui les a fait fuir, ce sont des régimes dictatoriaux impitoyables. De nombreux Érythréens ont quitté leur pays pour échapper à l’absence de liberté ou au service militaire obligatoire. D’autres migrants étaient quant à eux considérés comme des opposants, à tort ou à raison (27 % des personnes interviewées).

Emprisonné et battu

Hatim, comptable soudanais âgé de 27 ans, a manifesté à plusieurs reprises pour dénoncer le manque de répartition des richesses dans son pays. Dès lors, impossible pour lui de trouver un travail – ses employeurs potentiels en sont mystérieusement dissuadés. Puis les menaces se portent sur sa famille. « En septembre 2013, le Soudan a été secoué par des manifestations importantes auxquelles j’ai participé. À partir de ce moment, ma femme a commencé à être harcelée », explique-t-il. Il quitte alors le pays.

Ramadan, jeune Érythréen âgé de 24 ans, est pour sa part devenu un opposant au régime malgré lui. L’étudiant a simplement posté une mention “j’aime” sur le compte Facebook d’un mouvement rebelle né en Égypte après le printemps arabe. « J’ai été dénoncé par quelqu’un de l’université, emprisonné et battu. Je n’étais même pas membre de ce mouvement ! »

D’autres sont décrétés opposants à cause de contacts avec des Occidentaux. C’est le cas de l’Afghan Ehsan qui travaillait dans un call center à Kaboul, ou du Soudanais Ismaïl, ingénieur en télécommunications, qui servait bénévolement d’interprète à l’association Oxfam dans le camp de réfugiés où il vivait.

La discrimination est également une cause de départ. Pour Salam et Meheret, rares femmes à avoir accepté d’être interviewées et toutes deux Érythréennes, c’est leur pratique religieuse qui était contestée par leur pays, l’une étant évangéliste et l’autre pentecôtiste. Aboubakar, étudiant soudanais de 24 ans, a quant à lui été rejeté par ses concitoyens à cause de sa couleur de peau : il est albinos. « J’étais sans cesse victime de discrimination », dit-il. Autant de raisons de venir chercher la sécurité en Europe.

Tirer des enseignements de ces récits

Ces entretiens confirment les effets pervers du règlement "Dublin". Cet accord européen pousse les exilés à ne faire aucune démarche de demande d’asile de crainte d’être renvoyés dans un autre état de l’Union européenne dans lequel ils ne souhaitent pas se rendre.

Mais, l’analyse de ces récits vient surtout tordre le cou à l’idée reçue selon laquelle « les migrants veulent tous aller en Grande Bretagne ». L’immense majorité des personnes entendues n’avaient pas ce projet en quittant leur pays.

Ces enseignements constituent des éléments majeurs pour que puissent être élaborées des préconisations et des solutions adaptées aux parcours divers et aux attentes des exilés présents dans le Calaisis. Car il est temps que soit mis un terme au traitement indigne que la France et l’Europe réservent à ces exilés.

Télécharger l’enquête Paroles d’exilés à Calais

 

 
Clémence Véran-Richard
Crédits photos : © Lionel Charrier - M.Y.O.P. / Secours Catholique
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