« Caritas se mobilise pour l’accès à tous les droits des plus démunis »

Publié le 08/10/2013
Azerbaïdjan
 

À l’est de l’Arménie, en bordure de la mer Caspienne, l’Azerbaïdjan (8,5 millions d’habitants, dont 450 catholiques) élit le 9 octobre son président. Armelle Rolland, chargée de projets au Secours Catholique, témoigne d’un climat général qui contraint la Caritas à aborder avec prudence un dossier majeur : les droits sociaux et les droits de l’homme.

Quelle est concrètement la situation des droits de l’homme dans le pays ?

C’est un régime autoritaire qui fait peser une véritable chape de plomb politique – qui se traduit notamment par des arrestations de journalistes et d’opposants. En revanche, si le citoyen ne se fait pas remarquer en faisant de la politique, il n’a aucun souci à se faire. Le vrai danger pour le citoyen ordinaire réside dans l’omniprésence de la corruption.

Paradoxalement, la campagne électorale et son clientélisme ont pu profiter à la population : ainsi, juste avant cette élection du 9 octobre, le gouvernement a décidé, entre autres mesures à caractère social, de revaloriser les pensions de retraite.

Caritas Azerbaïdjan a depuis 2008 un bureau à Bakou, la capitale, mais n’est toujours pas reconnue officiellement en tant qu’ONG. A-t-elle des chances de l’être enfin en 2014 ?

Caritas ne peut être enregistrée en tant qu’ONG indépendante, du moins tant que le climat politique actuel perdure. Ses responsables l’ont bien compris. Les obstacles administratifs sont si nombreux qu’ils ont dû renoncer à cette idée. Mais Caritas a été enregistrée comme projet de l’Église catholique locale. Elle dispose ainsi d’une marge de manœuvre suffisante pour travailler à Bakou et dans la région : par exemple, recruter du personnel, sortir des jeunes de l’impasse (accompagnement scolaire, formation professionnelle…). À condition, toutefois, d’éviter de parler des carences de l’État !

Dans le cadre des activités du centre de consultation sociale et juridique (projet conçu par la Caritas à Bakou et appuyé par le Secours Catholique), chaque mois, des ateliers informeront un large public, sur le droit et les droits de l’homme. Qu’attend la Caritas de ces travaux ?

Ces ateliers, organisés sous forme de questions/réponses, devraient débuter en janvier prochain sous la direction d’un coordonnateur. La Caritas veut donner à des personnes parfois très démunies, sans papiers d’identité, les informations nécessaires pour franchir les barrières administratives et trouver le chemin permettant de recevoir une carte d’identité, de bénéficier de telle ou telle prestation liée au chômage, au handicap, au logement, à l’éducation…

Ce travail de vulgarisation sur les droits sociaux – et sur les droits de l’homme – se fera de manière très progressive et prudente en raison de la difficulté à aborder des sujets sensibles dans la situation politique actuelle.

À l’approche de l’élection présidentielle, l’organisation internationale Human Rights Watch dénonce la « stratégie d’intimidation du gouvernement qui vise à étouffer toute critique et à contrôler plus étroitement les ONG ». Quel pourrait être à court terme l’impact de cette stratégie sur la Caritas ?

Pendant la période électorale, ce sont surtout les ONG de défense des droits de l’homme qui sont visées par cette stratégie d’intimidation. Celle-ci ne devrait pas avoir d’incidence sur notre organisation car elle reste une petite structure dans le paysage associatif. Cela dit, elle garde une attitude prudente.

La Caritas va-t-elle pouvoir dans l’avenir lancer d’autres projets ?

Elle est discrète et prudente dans la réalisation de ses actions aujourd’hui. Elle le restera demain. Mais cela ne l’empêchera sans doute pas de lancer dans des districts plus éloignés de la capitale, après négociation avec les autorités locales, des centres de consultation juridique et sociale semblables à celui de Bakou.

Yves Casalis
Écolière Haïtienne souriante dans sa classe
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