Colombie : le chemin de la paix ouvert

Colombie : le chemin de la paix ouvert

Publié le 25/08/2016
Colombie
 

Les accords de paix sont enfin signés entre les autorités de Bogota et les guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ! Retour sur les enjeux de cette signature historique qui devrait permettre à la Colombie de sortir de 50 années de conflit(s) et de renover sa démocratie.

 

Diana Sanchez, directrice de l’Association pour la promotion sociale alternative (Minga), partenaire local du Secours Catholique-Caritas France

 

 

Les défis sont immenses pour l’État et la société civile. L’accord de paix va-t-il y répondre ?

 

Il faut bien comprendre que les réformes envisagées dans les accords de paix sont très importantes ; on peut les qualifier de "transcendantales" au sens où elles dépassent tous nos espoirs : elles ont véritablement l’ambition d’arrêter plus de cinquante années de conflit armé en s’attaquant à ses racines !

Elles portent sur 5 axes : la répartition des terres et la réforme agraire, la participation des citoyens à la démocratie, la lutte contre le trafic de drogues, l’accompagnement des victimes et la justice transactionnelle et enfin sur l’arrêt du conflit par le désarmement et la démobilisation des groupes armés (NDLR). 

Concernant l’état de la démocratie en Colombie, les changements sont substantiels notamment en matière de place réelle donnée aux citoyens. En effet, si les élections peuvent apparaître libres dans le pays, les apparences sont trompeuses.

Ainsi, il y a des phénomènes pervers comme l’achat de votes par une partie des notables politiques traditionnels, des narcotrafiquants et des groupes paramilitaires. A cela s’ajoute, dans beaucoup de régions, des groupes armés associés à des politiciens qui pressent les électeurs, parfois en les menaçant, de voter pour tel ou tel candidat !

 

Les conditions sont-elles réunies pour appliquer ces accords ? 

 

Ils ne seront pas très difficiles à appliquer, à condition que l’État colombien veuille vraiment contribuer à arrêter le conflit armé et si les institutions politiques  s’engagent sur le chemin désormais ouvert. Le gouvernement a la majorité parlementaire nécessaire pour ouvrir la voie à l’application des accords.

Les seuls qui s’opposeront aux réformes lancées pour y parvenir, qui condamnent  actuellement le processus de paix, sont les membres du parti politique Centre démocratique, dirigé  par l’ex président Alvaro Uribe.

 

Quels obstacles vont se dresser sur la route de la paix ?

 

Je vois une difficulté essentielle à surmonter : trouver les immenses ressources économiques  indispensables au lancement de programmes ambitieux pour la paix, sous la forme de la création d’institutions ou du développement de celles existantes.

Dénicher les ressources indispensables pour financer le mécanisme favorisant l’abandon des armes, l’accompagnement de tous les hommes et femmes des FARC engagés pendant dix-huit mois dans un processus de démobilisation complexe, la prise en charge des consultants et autres fonctionnaires qui appuieront celui-ci.  

Il faudra également financer les programmes de substitution à la culture de la coca, des allocations pour des habitants, l’aménagement de routes…

 

Il ne s’agit pas seulement d’anéantir des groupes armés mais aussi de détruire les économies qui les soutiennent.

Diana Sanchez
Comment arrêter une violence qui depuis cinquante ans imprègne tant la société ?

 

La violence, c’est une de nos plus grandes craintes ! La Colombie est très poreuse à la délinquance et à la criminalité organisées. Cela dit, le gouvernement, coproducteur  de ces accords, est tellement inquiet de cette situation qu’il va  mettre en place un organisme de haut niveau formé, entre autres, d’experts en sécurité : ce dernier aura tout pouvoir pour maîtriser la menace pour la paix que représentent les paramilitaires et en finir avec ce phénomène sanglant.

Attention, cependant : il ne s’agit pas seulement d’anéantir des groupes armés mais aussi de détruire les économies qui les soutiennent, également très liées au narcotrafic. 

 

La société civile propose un « développement alternatif » dans le cadre des accords de paix pour remplacer la culture illégale de la coca. Cette politique sera-t-elle vraiment efficace contre le narcotrafic ?

 

Le narcotrafic ne va pas s’arrêter avec les accords de La Havane. D’abord parce que les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), un des principaux signataires, ne sont pas, en dépit de leurs liens avec ce commerce, le plus important cartel.

Ensuite, les FARC ont lancé des programmes de substitution à la culture de la coca dans les communautés et zones qu’ils contrôlent. Elles ne peuvent faire de même dans les territoires où elles n’ont pas la main. 

Le "développement alternatif" sera toujours une démarche progressive dont la réussite dépendra, notamment, de l’application des accords de paix par le gouvernement, des subventions, aides financières… données aux familles pour les inciter à abandonner  les cultures illégales et le traitement de la coca.

Il faudra réunir toutes les conditions pour que les habitants rejoignent l’économie légale, par exemple comme producteurs ; ce qui, là encore, ne sera pas évident. 


  

 

Minga : « Tout, absolument tout pour le dialogue… »

« L’objectif de Minga, à travers les recherches effectuées et les luttes menées avec les organisations régionales, est de parvenir à la paix et à la justice sociale. Il s’agit pour nous de favoriser la résolution du conflit armé par la voie politique, ce qui induit des réformes importantes permettant de s’attaquer à ses causes. Cependant, le déchaînement de violences a obligé l’association, pendant de longues années, à faire de l’action humanitaire, à défendre les droits humains… Mais toujours avec comme ligne de mire la paix !

Il y a quatre ans, quand ont démarré les négociations entre le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), Minga a pris une décision déterminante : tout, absolument tout ce qu’elle fera le sera désormais sous le seul angle de la paix ; ainsi, elle a décidé de s’investir totalement pour appuyer le dialogue entre les autorités de Bogota et les groupes de guérilleros, et, plus globalement, pour soutenir tout ce qui touche à la construction de la paix. 

Dans le même temps, l’association continuera à renforcer les organisations engagées dans des changements sociaux ; par exemple, elle aidera les femmes à conquérir un plus grand leadership politique, à élargir leurs projets de vie, et à protéger leurs territoires du pillage et de l’exploitation des ressources naturelles ».  

 

 

Yves Casalis
Crédits Photos : Patrick Delapierre
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