Crise alimentaire : évaluation du Secours Catholique au Mali

Publié le 20/01/2012
Mali
 

Depuis décembre, Caritas Internationalis alerte sur des menaces de famine au Sahel. Au Mali, Henri Chaudet a été mandaté par le Secours Catholique pour évaluer la situation.

En raison de faibles pluies, de mauvaises récoltes et de la cherté des vivres, les populations du Sahel (Niger, Tchad, Mauritanie, Burkina Faso, Sénégal, Gambie et Mali) sont menacées par une crise alimentaire.

Arrivé au Mali le 4 janvier dernier, Henri Chaudet, spécialiste de l’agriculture des régions sèches, a pour mission d’évaluer les actions de la Caritas de Kayes (grande ville et commune de l’ouest du Mali à 495 km au nord-ouest de Bamako, sur les rives du fleuve Sénégal) et de la région de Kita.

« À mon arrivée à Bamako, raconte Henri Chaudet, la Caritas nationale m’a sensibilisé aux problèmes de la sécheresse. Elle avait fait appel à Caritas Internationalis en vue d’une intervention sur toutes les zones du Mali, toutes plus ou moins touchées par la sécheresse. Kayes, Koulikoro, Ségou, Mopti seraient les régions les plus touchées. »

Les cultures n’ont pas pu se mettre en place

Sur les causes de cette crise, M. Chaudet explique que les cultures n’ont pas pu se mettre correctement en place à cause de l’intermittence et de la rareté des pluies. « Les agriculteurs ont dû semer plusieurs fois et quand les pluies se sont définitivement arrêtées, le cycle n’a pas pu s’achever dans de bonnes conditions. »

Pas de prochaines récoltes avant septembre

Dans le meilleur des cas, il n’y aura pas de prochaines récoltes avant septembre prochain. Sur les marchés, constate Henri Chaudet, « les prix ne sont pas habituels pour la saison. À Kayes, le sac de 100 kg de maïs coûte actuellement 23 000 francs CFA (35 euros) et celui de sorgho 27 000 francs CFA (41 euros) alors qu’à la même période ils se vendent entre 12 000 et 15 000 francs CFA, soit deux fois moins chers. »

Riz acheté à l’étranger

Cette année donc, la soudure – période où les foyers vivent des récoltes précédentes en attendant la récolte prochaine – sera très difficile. D’autant plus que les greniers de l’office gouvernemental sont vides. Pourtant, le gouvernement promet 20 tonnes de céréales à chacune des 763 communes que compte le pays. Pour Henri Chaudet, ce sera sans doute du riz acheté à l’étranger, qu’il distribuera gratuitement aux 55 communes les plus touchées et qu’il vendra à un prix subventionné aux autres.

Souvent les agriculteurs cèdent leurs récoltes sur pied à un prix dérisoire

L’aide de la Caritas procède du même principe : distributions gratuites aux plus pauvres (enfants, femmes enceintes ou avec enfants en bas âge, personnes âgées ou handicapées) ; ventes subventionnées à ceux qui ont encore un pouvoir d’achat. Mais la Caritas veut aller plus loin : doter les communautés de greniers de prévoyance (réserves de grains) et apporter aux agriculteurs un appui en semences céréalières et maraîchères, de telle sorte qu’ils puissent attendre de vendre correctement leur production. « Car souvent les agriculteurs cèdent leurs récoltes sur pied à un prix dérisoire à des négociants qui profitent de leur situation. »

L’arrivée des grosses chaleurs, en avril

Henri Chaudet précise que le maraîchage est une activité récente, « elle ne date que de quelques dizaines d’années. Tomates, laitues, cucurbitacées, choux, haricots, patates douces, piments, aubergines, oignons… des productions qui ne peuvent se faire qu’à proximité d’un fleuve ou d’un marigot. Activité essentiellement féminine qui s’arrête dès l’arrivée des grosses chaleurs, en avril. Pour l’instant, nous ne constatons pas de hausse de prix sur ces produits. »

Loin d’être généralisés et d’être la base de l’alimentation de la population, les produits du maraîchage ne peuvent pas être conservés au-delà d’avril. Entre avril et septembre, la situation alimentaire sera critique si le gouvernement malien et les organisations humanitaires ne s’y préparent pas dès maintenant.

 

Jacques Duffaut
© Panapress/Maxppp
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