Détenues : une formation taillée sur mesure

Publié le 25/05/2015
Versailles
 

Depuis quatre ans, Tissons la Solidarité dispense une formation aux métiers du textiles à des femmes de la maison d’arrêt de Versailles en vue de faciliter leur réinsertion à leur sortie de prison. Explication de Caroline Portes directrice de l’organisation.

« En 2011, le ministère de la Justice cherchait à mettre en place des formations pour femmes détenues. Il nous a contacté, sachant que nous avions un bon taux de retour à l’emploi.

Plutôt qu’une grande prison, j’ai privilégié la maison d’arrêt de Versailles. Je me suis rendue sur place où j’ai rencontré l’équipe prison et un groupe de détenues. La majorité d’entre elles souhaitaient un projet professionnel pour être armées à leur sortie.

Nous avons mis sur pied une formation à la vente de vêtements haut de gamme propre à valoriser l’expérience précédente de beaucoup d’entre elles – en effet, nombreuses sont celles qui avaient déjà exercé un emploi dans la vente, métier à tension connaissant un fort roulement.

L’intervention de Françoise Bost, bénévole depuis 25 ans à la délégation du Secours Catholique de Versailles, a été prépondérante. Je n’aurai rien pu faire sans elle qui, connaissant parfaitement le milieu carcéral, a pu nous guider pour mettre en place au mieux cette formation.

Avec elle et avec les Services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP), nous avons mis sur pied un projet professionnel pour les détenues.

Nous avons choisi deux professionnels pour assurer cette formation, deux formateurs qui travaillaient déjà avec Tissons la solidarité (TLS), Manu et Katia. Et deux fondations nous ont financé : la Fondation M6 et la Fondation Après-demain.

Au départ, nous souhaitions faire une formation sur trois mois, sauf qu’il y a beaucoup de préventive à la maison d’arrêt de Versailles, ce qui fait que de nombreuses détenues sortaient avant la fin de la formation.

Nous avons donc revu le programme pour nous adapter et nous avons opté pour une formation tous les jours pendant trois semaines.

« J’ai été très exigeante »

Je suis partie du principe qu’il ne fallait pas faire de différence entre les femmes en prison et les personnes de l’extérieur. Pour moi, ces personnes en détention sont d’abord en formation. Cela m’est arrivé de dire à certaines souvent absentes de sortir de la formation.

J’ai été très exigeante. Et quand je les revois - car je vais les voir en détention - elles me disent qu’elles ont vécu cette exigence comme une marque de respect. Elles ne l’ont pas pris mal.

Elles ont compris combien il était compliqué dans un tel lieu de mener à bien cette formation. Elles ont compris que je n’étais pas à même de gérer leurs problèmes de détention pendant la formation mais que j’étais là pour les aider.

Ce sont les professionnels du luxe qui font passer les examens en prison : un examen écrit pour la théorie et un oral pour la pratique. Cette pratique se fait dans une petite boutique que j’ai pu reconstituer dans la prison avec Françoise.

Besoin de se prouver des choses

Les examinateurs sont totalement impartiaux, c’est le but. Nous n’avons jamais 100 % de réussite. Le jury n’est pas influencé par le contexte. C’est le contraire. Parce qu’elles sont en prison, elles travaillent beaucoup plus, car elles ont besoin de se prouver des choses.

Ce sont des personnes qui donnent le maximum d’elles-mêmes, qui vont apprendre par cœur les livrets. Si elles n’obtiennent pas leur diplôme, elles peuvent le repasser.

Dans le dernier groupe, trois l’ont repassé. Mais il faut être honnête parce que le monde du travail ne sera pas tendre avec elles.

À raison d’une formation par an étalée sur trois semaines, et 12 personnes formées par session, ce sont 48 personnes qui jusqu’à présent ont bénéficié de cet accompagnement professionnel.

L’examen final est sanctionné par une attestation de compétence professionnelle. Aujourd’hui plusieurs d’entre elles sont sorties et ont trouvé un travail dans l’économie classique, d’autres dans l’économie sociale et solidaire. »

Jacques Duffaut
Crédits photos: ©Elodie Perriot/Secours Catholique
Les barreaux d'une prison donnant sur un espace vert
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