Droits de l’homme : le palmarès du festival met la Syrie à l’honneur

Publié le 19/03/2014
France, Suisse, Syrie
 

Le Festival international du film des droits de l’homme, dont le Secours Catholique est partenaire, s’est terminé le 18 mars à Paris. Les quatre jurys du festival ont récompensé six films. Deux d’entre eux, l’un syrien et l’autre suisse, sont repartis avec deux prix.

La douzième édition du Festival international du film des droits de l’homme (FIFDH) aura sacré deux grands vainqueurs lors de la cérémonie de clôture qui s’est tenue le 18 mars au cinéma du Nouveau Latina à Paris.

Return to Homs, un documentaire syrien, a décroché le grand prix de la compétition officielle et le grand prix des lycéens. Life in Paradise, film suisse, a quant à lui obtenu le prix d’honneur de la compétition officielle et le grand prix du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Life in Paradise promène sa caméra dans un centre de déportation suisse pour les demandeurs d’asiles rejetés, construit dans un superbe village des Alpes. « La mise en scène de Life in Paradise est extrêmement réfléchie, précise, apte à transmettre des émotions », a estimé Jonathan Millet, membre du jury HCR. Son collègue Philippe Leclerc, représentant du HCR à Paris, apprécie l’humanité du film. « Il permet de dépasser la barrière des chiffres et des statuts qui caractérisent trop souvent les réfugiés. Grâce au cinéma, ces personnes deviennent des hommes et des femmes en chair et en os. »

L’autre film par deux fois primés, Return to Homs, raconte la destinée d’un footballeur syrien devenu seigneur de guerre et celle d’un journaliste syrien, aujourd’hui porté disparu. « C’est un film qui m’a pris aux tripes, au cœur et au cerveau, a confessé le juré Jean-Louis Berdot. Il a une force lyrique assez extraordinaire. »

Détenus de Fleury-Mérogis

Son réalisateur Talal Derki n’était pas présent au Nouveau Latina. Mais il avait préparé un petit texte, lu à la remise des prix dans un silence absolu. Le journaliste syrien y dénonçait la répression du président Bachar Al-Assad et le « silence international honteux », avant de conclure : « L’hommage rendu à ce film renforce mon engagement en faveur des opprimés et du droit. » Cette phrase fut suivie d’applaudissements nourris.

Signe de la difficulté des jurés à tomber d’accord sur un vainqueur unique, un autre documentaire a obtenu le Grand prix de la sélection officielle : Master of the Universe. Ce film, qui montre le quotidien désincarné d’un banquier d’affaires allemand, a fasciné la jurée Irène Omélianenko. « Le sujet du film, c’est le dieu argent, le profit aveugle. Le personnage principal, un marionnettiste, joue à faire de l’argent dans son building qui ressemble à un gros Lego. Le réalisateur a été courageux de montrer cet univers. Il est toujours beaucoup plus facile de filmer la misère. »

L’une des interventions les plus touchantes de la cérémonie est à mettre au crédit de Chris-Fabrice, l’un des membres du jury de détenus de la prison de Fleury-Mérogis venus remettre un prix spécial.

« On a vu des films super intéressants, en terme de qualité. Ils nous ont beaucoup émus, touchés. Dommage, il a fallu n’en choisir qu’un. On a eu de longs débats. » Chris-Fabrice se tourne, l’œil pétillant, vers Jonathan Vaudey, le responsable de programmation du festival : « Jonathan a dû arbitrer, il était derrière nous avec un fouet. Je ne suis pas sûr qu’il ait bien respecté les droits de l’homme ! » L’audience a éclaté de rire.

« Ce prix a plus valeur pour moi qu’un Picasso »

Le juré de détenus a d’abord remis une mention spéciale au film Au Bord du Monde. Arrivé devant eux, son réalisateur, Claus Drexel, a eu du mal à contenir son émotion. Saisissant le micro, il s’est tourné vers les détenus : « Vous rencontrer à Fleury a été inoubliable. Votre empathie lors des débats qui ont suivi les projections m’ont bouleversé. » Son discours terminé, il a serré vigoureusement la main de chacun des détenus.

Le Colombien Felipe Monroy, vainqueur du prix des détenus pour son film Tacacho, a lui été très touché par la facture des trophées. Ces derniers, des dessins enfermés dans des cadres en bois, ont été réalisés par un groupe de détenus de Fleury-Mérogis qui suivent des cours d’arts plastiques. « Ce trophée a plus de valeur pour moi que n’importe quel tableau de Picasso », a certifié Felipe Monroy.

 

Palmarès complet de la douzième édition du FIFDH :

- Grands prix de la compétition officielle : Return to Homs de Talal Derki et Master of the Universe de Marc Bauder
- Prix spécial du jury de la compétition officielle : Life in Paradise de Roman Vital
- Grand prix du Haut commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés : Life in Paradise
- Grand prix du jury des lycéens et apprentis : Return to Homs
- Mention spéciale du jury des lycéens et apprentis : A World Not Ours, de Mahdi Fleifel
- Prix du jury de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis : Tacacho, de Felipe Monroy
- Mention spéciale du jury de Fleury-Mérogis : Au Bord du Monde, de Claus Drexel


« La misère est à trente mètres d’ici »

Bernard Schrike, le directeur France-Europe du Secours Catholique, était présent lors de la cérémonie de clôture. Il a salué la qualité de la programmation : « Ces films aux thématiques très diverses – migration, traite, finance internationale... – nous aident à creuser des sujets, à rétablir des vérités et à écouter des personnes que l’on entend peu. Lors des débats qui ont suivi les projections, j’ai souvent entendu des gens demander ce qu’ils pouvaient faire pour améliorer les choses. Je pense que cela commence par la proximité. Un exemple : voter aux élections municipales. On oublie que c’est un droit qui n’existe pas dans de nombreux pays. Il y a aussi des gens que l’on peut aider autour de nous. Rencontrer la misère n’est malheureusement pas difficile, elle est à trente mètres d’ici. Il suffit d’aller dans la rue. »

Pierre Wolf-Mandroux
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