Élections birmanes : «Le jeu démocratique est faussé»

Publié le 05/11/2015
Birmanie
Élections birmanes : «Le jeu démocratique est faussé»
 

Dimanche 8 novembre, les Birmans élisent leurs députés. Sur place, Emmanuelle Argenson, du Secours Catholique-Caritas France, a perçu de l’engouement pour le vote mais aussi du désespoir lié à la politique nationale.

Ces élections législatives seront-elles libres et équitables ?

En tout cas, elles seront plus libres que lors du précédent scrutin, en 2010. Les candidats de l’opposition ont eu davantage de place durant la campagne électorale. Néanmoins, même si l’on peut dire qu’il s’agit d’un premier pas vers la démocratie, ce vote ne sera pas équitable : plusieurs millions d’électeurs sont exclus du vote (en l’absence de listes électorales à jour), la commission électorale n’est pas forcément indépendante et 25 % des sièges sont toujours attribués à l’armée dans les deux Chambres. Le jeu démocratique est donc faussé.  

Vous êtes allée à Yangon, la capitale, et dans l’État Kachin, au nord, où des milliers de déplacés survivent toujours dans des camps, victimes du conflit entre des minorités ethniques et le pouvoir central. Quelle était l’atmosphère ?

À Yangon, j’ai senti un engouement pour le vote. Les habitants espéraient un changement, en particulier la possibilité donnée à la société civile de disposer de davantage de marge de manœuvre. Dans l’État Kachin, j’ai perçu le scepticisme chez nombre de citoyens qui ont peur que le scrutin ne serve à rien. J'ai aussi senti le désespoir engendré tant par la politique gouvernementale que par l’attitude de l’opposition.

Face à cela, des organisations de la société civile, dont Caritas Birmanie, mènent des actions d'information et de sensibilisation auprès de la population. J'ai assisté à une session d’éducation civique dans un camp de déplacés. Le formateur, membre d’une association, indiquait les noms des principaux partis politiques (on en compte 92) et expliquait leur fonctionnement ainsi que celui du Parlement (Chambre haute, Chambre basse) et des Assemblées générales. Caritas Birmanie organise une formation civique identique, pour les déplacés mais pas seulement, dans trois villes de l’État.

Yves Casalis
Crédits photos : ©MaxPPP
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