Europe : combattre la pauvreté de millions d’enfants, une question de volonté politique

Publié le 19/06/2012
Europe
 

Caritas Europa, dont le Secours Catholique est membre, s’inquiète et se mobilise aujourd’hui contre la pauvreté des enfants, qui s’aggrave avec la crise. Le dénuement des enfants, conséquence de celui de leurs parents, atteint gravement leur bien-être et leur développement.

L’Europe compte au moins 27 millions d’enfants de moins de 18 ans courant le risque de la pauvreté. Ces enfants vivent dans les familles dont les ressources n’atteignent que 60 % du revenu médian de chaque pays (en France : 865 euros nets par mois).

Facteurs aggravants

La crise aggrave le risque, souligne Caritas Europa, le réseau des 49 Caritas européennes. Santé publique, éducation, services de garde connaissent des restrictions, des parents perdent leur emploi… Ces évolutions ont de sérieuses conséquences pour le bien-être des enfants, observe Caritas à l’occasion du séminaire qu’elle organise le 19 juin à Bruxelles : « S’attaquer à la pauvreté des enfants - bonnes pratiques des Caritas ».

Le séminaire et le rapport présenté à cette occasion précèdent la prochaine recommandation de la Commission européenne sur la pauvreté des enfants. Caritas Europa veut apporter à la Commission et aux autres décideurs « une information de haute qualité sur la compréhension et les moyens concrets de combattre la pauvreté des enfants ».

Labyrinthe de la pauvreté

Car cet état de privation compromet gravement le bien-être et l’avenir des plus jeunes. Ils vivent souvent dans des logements mal entretenus, sans commodités et surpeuplés. En ville leurs appartements se situent dans un environnement très pollué, sans espaces de jeu sécurisés, avec des services publics inadaptés aux besoins.

Les discriminations que subissent un certain nombre d’enfants qui sont, par exemple, roms, ou bien ont un parent en prison ou qui travaille à l’étranger, sont « un point d’entrée dans le labyrinthe de la pauvreté ou un facteur les y maintenant », analyse Caritas Europa.

Bonnes pratiques

Face à cela, les Caritas d’Europe agissent. Caritas Europa recense leurs « bonnes pratiques ». En Suisse, le projet « Démarrage scolaire » de la Caritas s’adresse aux parents d’origine immigrée qui ont des difficultés à scolariser leurs très jeunes enfants parce qu’ils ne maîtrisent pas la langue de leur région ou ne connaissent pas le système éducatif suisse. Caritas les y initie et propose pendant ce temps des jeux collectifs à leurs enfants.

« Les écoles maternelle et primaire influencent fortement le développement de l’enfant et son futur, explique Caritas Suisse. Le projet vise donc à assurer aux enfants démunis « un début de vie scolaire aux mêmes conditions que leurs camarades plus avantagés », précise la Caritas.

Accompagnement scolaire

En France, l’accompagnement scolaire d’enfants en difficulté par des bénévoles du Secours Catholique est cité comme « bonne pratique ». Il s’agit d’éviter aux jeunes de tomber dans l’échec scolaire et de développer leurs liens sociaux à travers une relation enfant-adulte accompagnant, rapporte Caritas Europa. Cette action collective mobilise 4 000 bénévoles auprès de 5 500 enfants et adolescents.

Participation des enfants

Pour aller plus loin dans l’élimination de la pauvreté des enfants, Caritas Europa fait dix recommandations aux autorités européennes et aux États membres. L’ONG internationale s’appuie sur la Convention internationale des droits de l’enfant pour exiger, notamment, l’accès à des ressources minimales adaptées aux vrais besoins des familles et la possibilité pour les enfants de participer à tous les sujets les concernant.

Caritas demande aussi une attention particulière pour ceux qui courent le plus grand risque de pauvreté : enfants vivant en institution ou en sortant, enfants de demandeurs d’asile, enfants handicapés ou dont les parents sont handicapés, enfants de familles monoparentales, enfants de travailleurs pauvres…

L’Europe à la traîne

Pour Caritas, des objectifs annuels de lutte contre la pauvreté des enfants devraient être intégrés dans les programmes nationaux de réforme des États qui sont examinés chaque année par la Commission européenne.

Le réseau européen des Caritas dénonce globalement l’absence d’application concrète, par l’Union européenne et ses États membres, de leurs déclarations officielles sur la pauvreté des enfants. Caritas Europa met cette inaction en parallèle avec « les milliards d’euros des contribuables qui ont été apportés en 2008 aux banques pour les sauver de la banqueroute ».

L’ONG basée à Bruxelles estime que « l’élimination de la pauvreté des enfants en Europe est possible si la volonté politique est mobilisée à un niveau suffisant ».

 

 

F.T.
© Olivier Ogéron/Maxppp
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