Europe : « Tout est fait pour ne pas accueillir de réfugiés »

Publié le 31/01/2014
Europe : « Tout est fait pour ne pas accueillir de réfugiés »
 

La France est-elle l’un des pays de l’Union européenne (UE) qui enregistrent le plus de demandes d’asile ?

Non, loin de là ! En nombre relatif, si l’on compare le nombre de demandes à la population du pays, la France se trouve en moyenne, ces dernières années, au 10e rang dans l’UE. Au niveau européen, on constate même une baisse significative du des demandes.

Il y a certes eu des pics, par exemple dans les années 1990, lors des guerres dans les Balkans. Mais si l’on regarde toutes les grandes crises du monde ces trente dernières années, on se rend compte que le nombre de demandeurs d’asile en Europe est resté relativement faible.

Comparez au reste du monde : les Afghans sont partis par millions au Pakistan et en Iran. Les Syriens sont plus de 2 millions en Jordanie, au Liban et en Turquie. Heureusement que ces pays laissent leurs frontières relativement ouvertes. Et d’ailleurs, la communauté internationale et l’UE elle-même leur demandent de le faire !

C’est inquiétant de voir que l’Europe se bloque, se ferme, et utilise tous les moyens possibles pour ne pas accueillir de réfugiés et leur mettre des bâtons dans les roues. La France est championne en la matière. C’est le pays qui utilise le plus le visa de transit aéroportuaire (VTA) : il y a aujourd’hui une trentaine de pays dont les ressortissants, si leur vol transite par la France, ont besoin non seulement d’un visa pour le pays dans lequel ils veulent se rendre, mais aussi d’un visa pour passer par la France. Et la liste des États d’origine concernés s’est allongée au fil des crises mondiales : elle concerne l’Afghanistan, l’Irak, Haïti…

Comment les États-Unis gèrent-ils l’accueil des réfugiés ?

Les États-Unis ont fait face il y a quelques années à l’arrivée de bateaux d’Haïtiens et de Cubains. Même méthode que l’UE : ils les ont interceptés en mer et refoulés, sauf examen de quelques demandes sur un bateau américain en pleine mer, qui ont abouti à l’acceptation des “bons réfugiés”. Et puis finalement, que s’est-il passé ? Ils ont ouvert des camps de réfugiés haïtiens et cubains sur la base militaire de Gantanamo.

À Amnesty International, nous avons eu la possibilité de visiter ces camps : ils sont entourés de barbelés, les tentes sont posées sur un tarmac d’aéroport en goudron, brûlant, en plein soleil. Les conditions y sont extrêmement dures. C’est une véritable punition.

L’Australie, elle, a payé l’État Nauru pour qu’il ouvre des camps sur l’île et accueille les réfugiés, notamment les Afghans et les Irakiens qui tentaient de rejoindre les terres australiennes dans l’espoir d’échapper à l’horreur dans leur pays…

La France, qui se prévaut d’être la terre des droits de l’homme, a-t-elle toujours été aussi crispée sur cette question ?

Non, dans les années 1970-1980, la France a su prendre ses responsabilités pour accueillir des réfugiés du Cambodge, du Vietnam et du Laos. 100 000 personnes ont été accueillies sur une dizaine d’années. Notre pays a su créer un système d’accueil en mettant autour de la table les pouvoirs publics et les associations, dont le Secours Catholique-Caritas France, la Croix-Rouge, la Cimade…

Mais aujourd’hui, quand il s’agit de faire venir quelques centaines de personnes, la France dit non, avec ces arguments : « On aide ces pays, on se démène politiquement et diplomatiquement pour résoudre les crises, et notre système d’asile est saturé, donc on ne peut pas accueillir de réfugiés. » Oui, le système est saturé, mais c’est dû à dix ans de non engagement de l’État sur ces questions.

Propos recueillis par Marina Bellot

© Laurent Hini
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