Fondation Caritas : «Le travail intérimaire enferme dans la précarité»

Publié le 15/09/2015
Fondation Caritas : «Le travail intérimaire enferme dans la précarité»
 

Mardi 15 septembre, la Fondation de recherche Caritas France remet son prix annuel à un jeune chercheur en sciences sociales. Cette année, Philippe Rosini se voit récompenser pour sa thèse sur le travail intérimaire non qualifié. Pierre Levené, délégué général de la Fondation Caritas France, explique ce choix du jury et revient sur la situation des intérimaires précaires.

 

« Temporaires en permanence, une ethnologie du travail intérimaire non qualifié » : tel est le titre de la thèse de Philippe Rosini publié en 2014. Quelles conclusions tire le chercheur sur le travail intérimaire ?

Pierre Levené : Il s’est penché de près sur les travailleurs intérimaires non qualifiés, ces salariés qui travaillent principalement dans des usines ou sur des chantiers, sans être assurés de la durée de leurs contrats. Le chercheur montre que ces intérimaires sont une variable d’ajustement pour les entreprises à cause des fluctuations des commandes et qu’ils sont de fait peu intégrés.

Ils ne sont par exemple pas traités de la même manière que les ouvriers en contrat : ils n’ont pas les mêmes vêtements de travail, on ne prend pas le temps de les accueillir sur le lieu de travail, et ils n’ont pas accès aux comités d’entreprise. Ainsi, ils sont des précaires qui ne savent pas de quoi demain sera fait. Ceci a des répercussions sur leurs relations de travail et sur leur vie sociale. Et Philippe Rosini démontre qu’il est difficile de sortir de ce parcours de l’intérim qui enferme le salarié dans ce type de travail.

Pourquoi avoir choisi de récompenser ce travail ? En quoi ce sujet est important pour la Fondation Caritas France ?

Tout d’abord, il faut noter que nous avons été sensibles au fait que le chercheur ait été ouvrier dans la parfumerie dans la région de Grasse pendant plusieurs années. Par ailleurs, alors que nous avons un fort taux de chômage en France, les intérimaires font des efforts pour rester dans le monde du travail. Ils ont - ou doivent avoir - une forte capacité d’adaptation d’une usine ou d’un chantier à l’autre. Et cette thèse montre qu’ils vivent dans des situations instables. Par exemple, ils n’ont pas intérêt à refuser une mission à leurs agences intérimaires sous peine d’être rayés de leurs listes.

Justement que faire pour lutter contre la précarisation du travail intérimaire ?

Il faudrait d’une part améliorer les conditions de travail pour les intérimaires et favoriser leur insertion dans l’entreprise. Et d’autre part, il faut aider ces travailleurs non qualifiés à sortir de l’intérimaire, pour que cela reste temporaire. Le chercheur Philippe Rosini démontre que cela passe par la formation, ce qui permettrait aux intérimaires de sortir de la logique de survie.

De quelle manière la Fondation Caritas France favorise-t-elle l’insertion sociale des personnes en précarité ?

Par la formation justement. Nous finançons des projets qui touchent à la formation des publics loin de l’emploi. Les femmes notamment sont les premières victimes de l’emploi précaire. Il y a deux ans, nous avons financé un projet de qualification professionnelle de femmes dans les métiers de bouche et de la restauration, un projet porté par Alain Ducasse. Nous avons eu 100% de réussite : toutes les femmes ont trouvé un emploi fixe derrière. Nous menons un projet similaire actuellement à Marseille : « des étoiles et des femmes ».

 

POUR Aller plus loin

Renseignez-vous sur la Fondation de recherche Caritas France qui finance des recherches sur la précarité, la charité et la solidarité sous égide de l’Institut de France.

Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : ©Gaël Kerbaol/Secours Catholique et ©Élodie Perriot/Secours Catholique
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