Haïti : le choléra, l’autre bataille

Publié le 07/01/2013
Haïti
Haïti : le choléra, l’autre bataille
 

C’est une maladie dont nul n’avait été atteint depuis un siècle en Haïti. Le choléra a brutalement refait son apparition dans le pays, après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010. En deux ans, l’épidémie a fait plus de 7 600 morts et plus de 400 000 personnes ont été hospitalisées, selon les statistiques officielles du ministère de la Santé. Alors que la maladie semblait commencer à décroître, le cyclone Sandy a provoqué une recrudescence de cas en octobre dernier, en provoquant l’inondation des systèmes d’eau et d’assainissement.

Comment expliquer un tel drame sanitaire, quand on sait que de simples règles d’hygiène suffisent à éviter la maladie, dont le traitement est par ailleurs peu coûteux ?

Le pays avait jusque-là échappé à toutes les épidémies. Or l’origine de la réapparition du choléra semble établie : en octobre 2010, des soldats népalais opérant pour l’ONU sont arrivés en Haïti, au moment même où une vague de choléra sévissait dans leur pays. Ils ont installé leur camp en bordure d’une rivière, qu’ils auraient rapidement contaminée. Des scientifiques ont étudié les souches des deux virus et ont confirmé qu’elles étaient identiques. Mais l’ONU affirme que « l’épidémie ne peut être attribuée à une cause unique ». Au-delà de la polémique, Haïti cumule en effet tous les facteurs favorables à la propagation de la maladie.

Une prévention insuffisante pour vaincre l’épidémie

À Port-au-Prince, après la moindre averse, une eau verdâtre stagne dans les tranchées servant d’égouts et jonchées de détritus, créant un terrain propice à la propagation de la maladie. Faute de structures publiques, ce sont les ONG qui tentent d’enrayer le fléau, comme Médecins du monde, à qui le Secours Catholique apporte un soutien financier. L’association a ouvert plusieurs centres de traitement de la maladie, notamment dans les camps qui accueillent encore des centaines de milliers de victimes du séisme dans des conditions d’hygiène dramatiques. « Quand l’épidémie s’est déclarée en 2010, la maladie était très stigmatisée : on allait jusqu’à comparer le choléra au sida. Certaines personnes préféraient aller dans des centres loin de chez elles, pour ne pas être vues », relate le docteur Samuel Saint-Gardien. Grâce aux actions de sensibilisation mises en place par les ONG, la maladie est mieux connue, et de fait mieux prise en charge.

En milieu rural, la population a encore plus de difficultés à accéder aux soins de base. C’est le cas dans la région des Palmes, à l’ouest du pays, où le seul hôpital public se situe à Petit-Goâve, bien trop loin pour la plupart des habitants. Dans cette zone isolée, une association locale, Concert-Action, a mis sur pied un dispensaire financé en partie par le Secours Catholique. Là, les malades du choléra sont pris en charge au plus vite : installés sur des lits troués en leur milieu, ils reçoivent un sérum de réhydratation par voie intraveineuse.

Ici aussi, l’équipe sait l’importance de la sensibilisation. Régulièrement, des membres de l’association vont à la rencontre des habitants pour dispenser les conseils d’hygiène élémentaires – se laver les mains au savon, nettoyer les fruits et légumes avec de l’eau désinfectée, boire de l’eau potable… « Mais la population n’a bien souvent pas la possibilité d’appliquer ces règles de base », déplore l’un des médecins de Concert-Action.

Car dans un pays où l’accès à de l’eau saine et à des latrines est très insuffisant, seules des réalisations structurelles dans les domaines de l’eau et de l’assainissement permettront de vaincre la maladie.

Marina Bellot

Crédit photo : © Elodie Perriot/Secours Catholique-Caritas France
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