Haïti : « On reconstruit mieux, plus grand »

Publié le 10/01/2014
Haïti
 

Quatre ans après le terrible séisme qui a frappé le pays, Violaine Dory, responsable du programme Haïti du Secours Catholique, revient sur les efforts de reconstruction, auxquels le Secours Catholique continue de s’associer.

Quatre ans après le séisme, la situation du pays s’améliore-t-elle ?

Oui, la situation s’améliore de fait : il reste 170 000 personnes vivant dans des camps, sur les 1,5 millions abrités après le séisme. C’est toujours trop, mais c’est encourageant.

La capitale, Port-au-Prince, change de visage. Des travaux sont en cours, les routes principales sont en train d’être refaites, les places publiques sont redevenues des espaces aménagés…

Certes, la reconstruction manque de coordination, il n’y a pas de vision d’ensemble, et beaucoup de gens rebâtissent eux-mêmes, comme ils le peuvent. Néanmoins, tout ne se fait pas de manière anarchique : sur les ouvrages collectifs, à Port-au-Prince comme dans le reste du pays, les bailleurs internationaux imposent le respect des normes parasismiques et paracycloniques.

Le Secours Catholique soutient par exemple Entrepreneurs du Monde, une association qui encourage l’accès à un logement para-sinistre, écologique et économique en Haïti en accompagnant l’émergence de nouvelles petites entreprises de construction créatrices d’emplois. Des artisans issus des quartiers modestes de Port-au-Prince sont ainsi formés à ce type de construction afin de rendre ce mode d’habitat accessible au plus grand nombre.

Nous participons également à la reconstruction de quatre écoles, en veillant à ce que ces normes soient respectées. On reconstruit mieux, plus grand… On sème des graines qui vont porter leurs fruits. Lors de mon séjour sur place en octobre dernier, nous avons inauguré à Jacmel (une ville littorale au sud du pays) une école tenue par les Sœurs de Cluny, dont les travaux se sont achevés plus tôt que prévu : cela montre l’implication de toute la population, des autorités. Toute cette solidarité est très encourageante.

Comment le Secours Catholique travaille-t-il sur place ?

La grande générosité exprimée par les donateurs – plus de 15 millions d’euros – nous a permis de soutenir des projets de grande envergure, en veillant toujours à ce qu’ils soient portés par des acteurs locaux engagés dans une dynamique de développement.

Un exemple : nous soutenons le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), une ONG haïtienne dont l’objectif est de contribuer à l’établissement d’un État de droit, dans lequel tous les droits et devoirs des Haïtiens soient connus et respectés.

Le RNDDH s’est ainsi investi dans la récupération de milliers de papiers d’identité perdus dans le séisme. Ce genre d’initiative devrait être prise par l’État, mais en Haïti il est terriblement défaillant. Alors des citoyens se sont portés volontaires pour mener cette action. C’est un bel exemple de mobilisation de la société civile, soutenue par le Secours Catholique.

Alors que l’agriculture est un levier économique potentiellement très important pour Haïti, le monde rural reste totalement abandonné par l’État…

Un plan d’investissement dans l’agriculture a été mis en place en 2010, mais le gouvernement actuel mise bien plus sur le tourisme et le secteur privé pour développer le pays. Dans les axes stratégiques décidés à la suite du séisme, le Secours Catholique a donc décidé de s’investir sur le secteur rural, abandonné depuis toujours.

Nous soutenons notamment un programme visant à accroitre les niveaux de production des petits producteurs et à améliorer la qualité de leurs produits. La mangue, notamment, est un fruit dont l’apport nutritif est très important, et qui a l’avantage de bien s’exporter. Il faut donc valoriser cette production, et aider les agriculteurs à se regrouper en coopératives pour être plus compétitifs.

Au-delà du soutien à l’agriculture, il est également essentiel de faire vivre les zones rurales, de développer les infrastructures et les services qui permettent aux populations d’y faire leur vie dans de bonnes conditions. C’est pourquoi nous soutenons également des projets dans les domaines de la santé, du logement, ou encore de l’éducation.

Marina Bellot
© Domange Fernard /BeneluxPix/Maxppp
Écolière Haïtienne souriante dans sa classe
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