Hébergement - Encore une famille à la rue !

Publié le 29/06/2012
France
 

Michel et Maya, jeunes parents de deux enfants, en attente d’un troisième, sont à la rue, dans le Val-de-Marne, depuis une dizaine de jours. La délégation locale du Secours Catholique alerte sur cette situation intolérable.

Michel ne comprend pas. Depuis plus de deux semaines, il se bat pour que lui, sa femme, enceinte de quatre mois, et leurs deux enfants de 5 ans et 11 mois trouvent un hébergement. Le jeune homme et sa famille ont quitté Lyon pour l’Oise afin de venir en aide à sa mère, qui n’arrivait plus à s’occuper seule de son compagnon handicapé. Les mauvais traitements infligés par la mère à ce dernier ont conduit la petite famille à quitter le domicile maternel et depuis, celle-ci alterne les nuits dans la voiture, dans les chambres d’hôtels que veut bien lui procurer le 115, dans un local paroissial et un studio prêtés par la délégation du Secours Catholique du Val-de-Marne.

L’inconditionnalité de l’hébergement n’est pas respectée

« Le 115 du Val-de-Marne ne veut plus nous donner d’hébergement sous prétexte que nous ne logeons pas dans le département depuis trois mois. Il renvoie le dossier au 115 de l’Oise qui lui renvoie la balle, raconte Michel, estomaqué par la réponse indigne qui lui est donnée. Ma femme est enceinte ! Mes enfants ont besoin de se laver régulièrement. Je ne comprends pas pourquoi on ne veut pas nous répondre. C’est de la non-assistance à personne en danger ! » Pour la délégation du Secours Catholique du Val-de-Marne, la situation dans laquelle se trouve la famille est intolérable. « C’est la deuxième fois en seulement quelques mois que nous sommes confrontés à des situations de famille à la rue », s’exclame Christelle Lossois, animatrice à la délégation. « L’inconditionnalité de l’hébergement n’est pas respectée et nous sommes face à une absence de protection de l’enfance », s’indigne-t-elle. La délégation du Secours Catholique soutient la famille dans ses démarches administratives et l’accompagne en vue de la recherche d’un hébergement. À force de pression et après avoir alerté les médias, le Secours Catholique a réussi à obtenir pour la famille un hébergement de trois jours. « Mais après ? », s’interroge Christelle.

Le droit au logement doit primer

Michel, lui, estime que c’est le refus du 115 de croire à son histoire qui bloque l’accès à l’hébergement de sa famille. Il espère que la promesse d’embauche qu’il signera le 30 juin sera un atout pour faire avancer son dossier. Faute de responsable disponible, le 115 n’a pas pu nous donner sa version de l’affaire. « Que les faits soient vrais ou non n’est pas la question, martèle Charlotte Niewiadomski, responsable du département « De la rue au logement » au Secours Catholique. Ce dont il s’agit ici c’est de droit à l’hébergement. L’État doit s’en occuper et le conseil général doit protéger les enfants ! Nous sommes face à un dysfonctionnement énorme de l’administration publique, car nous sommes en situation de pénurie. Le budget alloué à l’hébergement a été réduit l’année dernière, en supprimant les places en hôtel. Celles-ci servaient essentiellement à l’hébergement de familles. Donc aujourd’hui, on ne sait plus quoi faire d’elles ! »

Le Secours Catholique, avec le Collectif des associations unies pour une nouvelle politique publique du logement des personnes sans abri et mal logées, a rencontré la nouvelle ministre du Logement, Cécile Duflot, le 7 juin dernier. Un nouveau rendez-vous est pris pour le 5 juillet. Le Secours Catholique ne manquera pas de plaider pour un moratoire sur les expulsions. En avril dernier, François Hollande, alors candidat à la présidence de la République, avait répondu à un questionnaire du collectif, notamment sur la question des expulsions locatives. Il avait promis qu’« il n’y aura plus d’expulsion locative des ménages reconnus prioritaires dans le cadre de la loi instituant le droit au logement opposable (DALO) sans proposition préalable de relogement. » Le Secours Catholique se félicite de cette proposition, mais souhaite aller plus loin : « il ne doit plus y avoir d’expulsions pour tout le monde. Nous voulons un moratoire », répète Charlotte Niewiadomski.

 

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Notes:

[1] Les prénoms ont été modifiés par respect pour la vie privée de la famille.

Clémence Richard
© Fabrissa Delaville/Maxppp
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