Insertion : à Paris, le déménagement solidaire fait un carton

Publié le 28/10/2014
Paris
Insertion : à Paris, le déménagement solidaire fait un carton
 

« Rejoignez la révolution de carton » enjoint un slogan plaqué sur la carrosserie bariolée d’un vélo triporteur électrique. Au volant, Vasile, un jeune roumain venu chercher du travail avec sa femme et ses deux enfants en France, fait les derniers contrôles de l’engin avant de se lancer dans sa livraison de la matinée : une trentaine de cartons de déménagement et deux scotchs écologiques à porter au domicile d’un particulier dans la banlieue nord de Paris.

Depuis l’été 2013, les Parisiens, souvent prompts au déménagement, peuvent désormais faire appel à l’association Carton Plein pour utiliser des cartons écologiques et solidaires à moindre coût. Collectés auprès de commerçants, de professionnels ou de particuliers, les cartons sont triés et reconditionnés dans l’atelier de l’association par des personnes en situation de grande exclusion, comme Vasile, appelés “valoristes”. Un nom qui retranscrit l’idée de redonner de la valeur.

Entre leurs mains, les vieux cartons retrouvent une nouvelle vie. Les valoristes, au nombre de dix, bénéficient du dispositif Premières heures. Ils sont payés au smic horaire et effectuent entre trois et six heures de travail par semaine. Ils sont orientés vers Carton Plein par des associations partenaires telles que le Secours Catholique. La Fondation Caritas a par ailleurs financé le projet.

Reprendre un rythme

Zarroug, la cinquantaine, travaille au reconditionnement des vieux cartons six heures par semaine. Il est l’un des premiers valoristes de l’association. Il a longtemps travaillé dans les ateliers d’insertion d’Emmaüs mais la durée limitée des contrats le replongeait à chaque fois au chômage. Algérien, il a attendu deux années pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour. Deux années sans travail donc. Il peut désormais travailler à nouveau mais ses séjours à la rue et l’inactivité l’ont éloigné de l’emploi.

Son travail à Carton Plein le familiarise à nouveau avec le monde du travail. « Cela me permet de me lever le matin comme tout le monde, de rencontrer des gens et de reprendre un rythme. Six heures par semaine, ce n’est certes pas beaucoup mais c’est mieux que rien », commente-t-il en arrachant un bout de scotch d’un vieux carton. Des bénévoles et salariés de l’association accompagnent à chaque fois le valoriste dans son travail afin qu’il ne se sente pas seul.

« La vraie motivation de Carton Plein c’est l’embauche de personnes éloignées de l’emploi »

À l’origine du projet, un jeune cadre, Antoine, et un sans domicile, Francis, qui avaient l’habitude de se rencontrer lors de petits déjeuners distribués aux SDF. Francis vit de la revente de matériel comme la ferraille et les cartons. Les deux hommes constatent que les poubelles de Paris regorgent de cartons de déménagement souvent peu abimés. L’idée de Carton Plein nait. Alors qu’Antoine répond à une opportunité professionnelle en province et que Francis préfère participer à l’association en tant que bénévole, Carton Plein est repris par trois jeunes, dont Do Huynh, le directeur de la structure.

« La vraie motivation de Carton Plein c’est l’embauche de personnes éloignées de l’emploi. Notre objectif est de leur permettre d’accéder après leur passage chez nous aux dispositifs d’insertion devenus très sélectifs, explique-t-il. L’idée pour ces personnes, c’est de travailler, de rencontrer des collègues. Par ailleurs, lors de ses travaux manuels et répétitifs, il se dit beaucoup de choses. Les valoristes peuvent se confier, ce qu’ils ne font pas forcément auprès des assistants sociaux. » 

Toutefois les jeunes entrepreneurs de Carton Plein ont le souci également de respecter un idéal écologique. C’est donc tout naturellement sur un vélo triporteur électrique qu’ils ont porté leur choix du moyen de collecte et de livraison des cartons. Par ailleurs, ils ont opté pour un scotch écologique donc recyclable et comptent faire de la résille avec les cartons trop usés pour être revendus. Une artiste leur donne également une seconde vie et égaye les locaux de Carton Plein de ses créations.

L’association organise une journée portes ouvertes le 22 novembre prochain.

Clémence Véran-Richard

© Gaël Kerbaol/Secours Catholique
Jeune homme réparant un ordinateur
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