Jardins solidaires : la culture de l’échange

Publié le 19/09/2013
Brest
 

Lieux de ressources et d’échanges, les jardins solidaires se multiplient en France. Bénévoles, salariés et personnes en difficulté donnent de leur temps à ces espaces de culture qui leur rendent en fruits et légumes frais. Reportage à Brest.

À 400 mètres de la tête de ligne du nouveau tramway de Brest, à l’arrière d’un ensemble immobilier appartenant à l’évêché, le jardin solidaire du Secours Catholique s’étend sur 1 500 mètres carrés. Un grand carré de plates-bandes, un verger et deux petites serres recouvertes d’un plastique translucide forment depuis deux ans le terrain d’action de l’équipe de Brest, des bénévoles et des personnes accueillies par l’association. Contrairement aux jardins ouvriers ou familiaux, ici, la parcelle de terre est unique est indivisible.

Philippe Suply voulait jardiner lorsqu’il serait à la retraite. En octobre 2012, on lui a demandé de devenir le responsable du jardin créé un an plus tôt. Il a alors conçu ce lieu comme une plate-forme de services : une partie des produits du jardin est vendue directement, une autre est donnée aux jardiniers, une autre est envoyée à l’épicerie solidaire.

Les fleurs vont à l’atelier floral, et les fruits et légumes retrouveront l’atelier cuisine dès que celui-ci aura été remis en état. Le jardin lui-même peut servir de cadre à des jeux de piste pour les enfants reçus par l’Accueil familial de vacances.

Les personnes accueillies dans les services d’alphabétisation ou à Carrières (service qui aide les sans-emploi dans leurs démarches de recherche de travail) sont pour leur part invitées à se joindre aux activités du jardin.

Au 1er juillet 2012, 40 délégations et 8 Cités du Secours Catholique étaient porteuses ou partenaires d’une activité jardin. Soit près de 70 sites d’action répartis sur l’ensemble de la France métropolitaine.

À défaut d’agriculture biologique, une agriculture raisonnée

À Brest, la température estivale dépasse rarement 21°C et la région ne souffre quasiment jamais de sécheresse. La pluie récupérées grâce aux toits de l’évêché, recueillie ensuite dans de grandes cuves, suffit à l’arrosage des plates-bandes.

Six ou sept personnes entretiennent les cultures. Deux d’entre-elles notent que la bourrache plantée il y a quelques semaines pour repousser les limaces ne suffit pas. Plusieurs salades ont été attaquées. Décidera-t-on d’ajouter des granulés pour les éliminer ? On hésite : à défaut de culture biologique, on s’orientera vers une agriculture raisonnée, c’est-à-dire avec un minimum de répulsif chimique.

Sur une autre parcelle, Hovsep et Roman, Arméniens arrivés en France il y a neuf mois, installent une protection contre les oiseaux attirés par les petits pois qui arrivent à maturité.

Deux fois par semaine, les jardiniers se retrouvent pour échanger pratiques et savoirs. Cette année, les cultures se sont adaptées à la demande, à ce qui marche, aux goûts de ceux qui entretiennent les carrés de cultures, aux recettes de cuisine qu’ils connaissent : laitues, radis, framboises, fraises, fèves, tomates, pastèques, poivrons… Mais surtout pommes de terre, navets, carottes, oignons, choux : les légumes de base pour préparer la soupe.

Une partie des revenus finance un projet rural au Sénégal

Parmi les jardiniers réguliers, quelques bénévoles comme Roger, 65 ans, Finistérien d’adoption, retraité de la fonction publique. Il est le plus ancien jardinier, puisqu’il en est à sa troisième saison. « La première année, dit-il, nous avions plus d’accueillis mais moins de surface. Une famille de six personnes venait tous les lundis et mercredis. La deuxième année, nous avons travaillé une surface plus importante mais nous avons eu moins de personnes accueillies. »

Qu’ils soient vendus ou donnés aux jardiniers, la valeur des produits est soigneusement comptabilisée par Philippe. Les recettes tirées des fruits, fleurs et légumes vendus à l’épicerie solidaire sont destinées à financer un programme agricole à Kaolak, une ville du Sénégal. Le jardin de Brest participe aussi au développement rural international.

Le jardin vit ainsi au rythme des saisons et du passage des personnes temporairement accueillies. Une ancienne hôtesse de l’air argentine est venue durant huit mois travailler au jardin, tout en suivant des cours de français. Quand son niveau a été correct, elle a trouvé un emploi de réceptionniste dans un grand hôtel sur le port de plaisance.

Actuellement, trois des accueillis sont étrangers : Abdoul, 46 ans, a laissé femme et enfants à Barcelone pour chercher du travail ailleurs. Il est arrivé à Brest il y a trois mois. Depuis trois semaines, il fait partie de l’équipe de jardiniers. « J’étais cultivateur au Sénégal où je suis né, dit-il. C’est un bon moyen pour ne pas rester inactif. » Il apprécie l’accueil reçu et la bonne entente de ses compagnons jardiniers.

Plus que jardiner, se sentir utile

Roman, 29 ans, et Hovsep, 31 ans, sont arméniens, en France depuis neuf mois. Ils ont encore quelques difficultés à s’exprimer en français, mais ils parviennent à dire qu’ils aiment travailler en plein air : « C’est bon pour notre santé, ne pas tomber malade, rester musclés. » Ils savent tout faire et sont prêts à accepter tout travail de manutention ou de maçonnerie. Leurs acolytes bénévoles disent que leur façon de travailler démontre qu’ils ont déjà été jardiniers.

Venant lui aussi deux fois par semaine, Dominique, nouveau bénévole de 52 ans, insiste pour dire : « J’ai ainsi l’impression d’être utile à la communauté. »

Jacques Duffaut
© Xavier Schwebel/Secours Catholique
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