Jean Rodhain : pionnier de l’engagement humanitaire international

Publié le 25/05/2013
Jean Rodhain : pionnier de l’engagement humanitaire international
 

Actions d’urgence, de développement, aujourd’hui « flash mobs », Club Caritas… L’engagement international du Secours Catholique est présent dès les premiers mois de sa création en 1946. Son père fondateur Jean Rodhain y voyait une mission substantielle pour l’Église universelle. Retour historique à travers les pages du mensuel du Secours Catholique, Messages.

Tout juste dix-sept mois après la fondation du Secours Catholique–Caritas France, le 8 septembre 1946, son mensuel Messages témoigne déjà de l’action internationale de l’association. L’édition de février 1948 annonce : « Égypte : afin de venir en aide aux victimes du choléra, le Secours Catholique a regroupé des médicaments et des secours. Ils ont été distribués par l’abbé Rodhain au Caire, à Alexandrie, Suez, Louxor, Nagada… ». Face à l’urgence, le secrétaire général n’a pas perdu de temps. Il est dès cette date aux avant-postes d’une mission sans frontières.

L’action internationale, ADN du Secours Catholique

L’action internationale fait partie des gênes du Secours Catholique auquel Jean Rodhain va donner naissance. Dès l’origine, l’engagement auprès des plus démunis sur le terrain national va de paire avec celui sur les fronts de l’urgence internationale. C’est que Jean Rodhain a tiré les leçons du déficit d’organisation de l’aide humanitaire de l’Église catholique pendant la guerre : « Nous avons tellement souffert, au début de la guerre, de l’absence d’organisation dans le domaine de l’assistance ! Pour celle aux prisonniers de guerre, nous avons perdu au moins deux ans à tâtonner, à nous rendre compte de la situation, à faire les fichiers, à assurer une présence des aumôneries judicieusement répartie. Si on avait pu s’appuyer sur une organisation internationale qui aurait eu plus de crédit que nous… », témoigne-t-il dans Une charité inventive.

Ainsi, avant de fonder le Secours Catholique, Rodhain « va voir de près les organisations gigantesques montées par les catholiques américains. Au point de vue de la méthode, de l’efficacité, des procédés rationnels, ils sont incomparables. En cela, il y a bien des choses à copier, sans les imiter servilement ».

Quelques années après la naissance du Secours Catholique, en octobre 1951, Jean Rodhain participe à Rome à la création de l’internationale de la charité, fruit de cinq années d’efforts, notamment les siens. « C’est un lien de charité entre les Secours Catholiques de tous les pays du monde qui se met en place », se réjouit-il à la une de Messages de décembre 1951. Les bases de la fédération Caritas Internationalis sont ainsi posées.

Dénoncer et prendre des risques dans l’action

Jean Rodhain accède à la présidence de l’organisation internationale catholique, le 9 septembre 1965. Celle-ci fédère alors soixante-sept Caritas nationales, associations caritatives catholiques à l’image du Secours Catholique. Il préconise une aide au développement “adaptée” aux besoins locaux : « Face à un monde qui change très vite les formes anciennes de la charité ont besoin de s’adapter sans cesse. »

Le président est sur tous les fronts (il effectue un second mandat de 1969 à 1972). En 1966, confronté aux victimes de la famine en Inde, il rassemble soixante-douze camions pour transporter les dons envoyés par les Caritas. Après la guerre des Six Jours, en juin 1967, il se bat pour que l’aide parvienne aux réfugiés palestiniens.

Fort de la double casquette de Secrétaire général et de président de Caritas Internationalis, Jean Rodhain va au Biafra durant le printemps 1969. Sa démarche en deux temps illustre la politique internationale du Secours Catholique et, au-delà, celle de cette multinationale de la charité basée à Rome (dont fait partie l’association) : d’une part, il témoigne et dénonce.

Dans Messages de mai 1969 il écrit : « Je reviens du Biafra bouleversé. Partout, le même spectacle dans des hangars interminables : des mères, immobiles statues, présentent ces minuscules choses grises que sont leurs enfants victimes du kwashiorkor, cette maladie de la faim » ; d’autre part, il s’engage et prend des risques. Se mobilisant avec les Églises pour sauver ces enfants, il organise un pont aérien des Caritas – des vols de nuit périlleux : au total, près de 4 000 atterrissages - dans le “réduit” biafrais. Des avions transportent des tonnes de lait, de médicaments, semences, savons…

Les « microréalisations », base du développement international

Toujours sous l’impulsion de Jean Rodhain, le Secours Catholique œuvre pour la mise en place, après l’aide d’urgence, d’une aide au développement international adaptée aux besoins locaux. Ainsi, naissent en 1961 les microréalisations. Leur principe est simple : l’action de développement doit répondre à un besoin des populations et être portée par les habitants. Les microréalisations se réalisent « dans la coopération - et la participation - entre ceux qui, là bas, ont fait leurs plans, établi leurs devis, fournissent leurs bras, et ceux qui, ici, donnent des moyens ».

En 1988, Monseigneur Rodhain fait le point sur celles soutenues dans la région des Cayes, en Haïti. « Depuis 1967, le projet du développement communautaire chrétien haïtien trace son sillon. Centré au départ sur les besoins immédiats provoqués par un cyclone, des dizaines de milliers d’Haïtiens privés d’éducation, d’eau, de couverture sanitaire…, y participent aujourd’hui. Face à la peur omniprésente, des groupements communautaires se forment, apprennent à s’autogérer. Les projets de développement se multiplient : alphabétisation, programmes sanitaires, reforestation… »

Un nouveau mode de vie communautaire

Au-delà des mutations en cours favorisant, en Afrique, Asie, Amérique latine ou au Moyen-Orient, la production agricole, l’accès à la santé, à l’école, à la citoyenneté, au-delà même des actions fondamentales menées à présent en partenariat avec de nombreuses ONG, notamment dans le domaine du plaidoyer, la question de la qualité du développement se posait et se pose encore. Et les critères institués par Jean Rodhain sont aujourd’hui encore la base de l’analyse qualitative du Secours Catholique, exigences qui placent l’acteur local au cœur du développement tel que le rappelle ce passage de Messages daté de 1985…

« À Ciudad Guzman (Mexique), on n’a pas simplement rebâti des maisons après le terrible séisme de 1985, on a bâti une communauté, expliquait le père Salvatore Urteago. Avant la catastrophe, chacun avait son petit monde égoïste, sans capacité de vivre ensemble et sans travail en commun… Aujourd’hui, 200 familles se rencontrent ensemble, analysent ensemble, se donnent la main. Des personnes s’engagent dans des services pour les malades, pour les jeunes, pour l’habitat, pour l’aide à l’ensemencement. C’est tout petit mais cela crée un peuple nouveau, un nouveau mode de vie communautaire. »

Yves Casalis
Crédits Photos : © Secours Catholique
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