Kosovo : Caritas ouvre la voie au dialogue

Publié le 25/05/2016
Mitrovica
 

Avec ses 80 000 habitants, Mitrovica illustre l’échec de la vie intercommunautaire dans le pays depuis la guerre de 1998-1999 qui a opposé l’Armée de libération du Kosovo et la Serbie de Milosevic. Dans cette éternelle impasse, la Caritas locale ouvre la voie au dialogue. 

ENTRETIEN AVEC Elnara Petit, chargée de projets Balkans au Secours Catholique-Caritas France.

 

Vous êtes allée à Mitrovica, au nord du Kosovo, en 2014 puis en 2016. Quels changements avez-vous notés sur le plan intercommunautaire ?


Je n’ai pas vu beaucoup  d’améliorations ! La séparation est toujours totale : au nord de la ville vivent les Serbes, au sud les Albanais kosovars (ndlr : 8 % de Serbes et 90 % d
’Albanais dans le pays). Sur le plan national, la patrie de Slobodan Milosevic n’a toujours pas reconnu l’ancienne province autonome en tant qu’État indépendant et les Serbes du Kosovo se sentent, dans les domaines linguistique et identitaire, d’abord Serbes avant d’être Kosovars.

À Mitrovica, ils disent, en déclinant leur identité avec un passeport serbe et un passeport kosovar : « Je suis un Serbe de Mitrovica ». Trois municipalités administrent la partie nord de la ville : une kosovar, une serbe et une "intercommunautaire" (financée par l’Union européenne). Initialement, la première et la deuxième devaient se fondre dans la troisième mais ça ne marche pas encore…

 

En 2014, vous constatiez déjà que Caritas Mitrovica, dépourvue de critères ethniques, était une des rares organisations locales à pouvoir proposer des activités réunissant des communautés divisées… Est-ce toujours le cas ?


Présente en mars sur place, je n’ai pas vu d’autres organisations de la société civile ayant à la fois cette vision réconciliée du pays à moyen ou long terme et la capacité à travailler avec les uns et les autres, avec sincérité, afin de faciliter le dialogue intercommunautaire.

Le partenaire du Secours Catholique a un atout important : il est riche de sa diversité ethnique. Le directeur est Serbe, son adjoint Albanais, d’autres collaborateurs sont Roms, Turcs… Tous s’entendent très bien ! Par ailleurs, l’histoire tragique du pays a uni le personnel de Caritas.

Pendant la guerre de 1998-1999, les Albanais brûlaient les maisons des Serbes à Mitrovica. Les membres de cette ethnie travaillant dans l’organisation ont sauvé la mère du directeur, dont le logement a disparu sous les flammes. 

 

Chaque année 200 habitants défavorisés du quartier apprennent à lire, écrire, compter, étudient des langues…

 

Quelles sont les initiatives majeures prises par Caritas dans la ville pour inciter au dialogue et à l’ouverture ?


Au sud de Mitrovica, à Roma Mahala, un quartier en majorité habité par des populations roms et ashkalis, les "éducateurs" serbes et albanais de Caritas  organisent des festivals et des cours de musique, de dessin, des compétitions sportives ; ils expliquent aux jeunes, souvent marginalisés, comment créer des associations, bâtir des projets, chercher des financements… et forment des leaders parmi eux.

Une fois par semaine, un psychologue et un animateur rendent visite à des familles dont les enfants, handicapés physiques, mentaux ou malades, ont besoin d’un soutien spécifique.

Toujours à Roma Mahala, Caritas gère un établissement éducatif ouvert aux enfants, adolescents et adultes roms : chaque année 200 habitants défavorisés du quartier apprennent à lire, écrire, compter, étudient des langues…; le projet est financé par les Nations unies, les professeurs sont rémunérés par l’État.

De même, les animateurs incitent les parents vivant dans le quartier, tentés de retirer leurs filles de l’école lorsqu’elles ont 11 ans - pour, selon la tradition, les préparer au mariage -, à les y laisser pour poursuivre leurs études.  

 

Quelles sont les avancées ?


Les mentalités évoluent. Désormais mieux armés pour affronter la vie socioprofessionnelle, de jeunes adultes et des adultes plus âgés prennent conscience qu’ils peuvent durablement améliorer leur situation, en particulier en trouvant un emploi.

À 45 ans, des parents ont appris à lire et à écrire. Cela les décide à envoyer leurs enfants à l’école ou à ne pas les en sortir à la fin du primaire.

 

Yves Casalis
Crédits photo : © Valdrin Xhemaj/Max PPP
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