La situation des migrants empire

Publié le 08/11/2012
Maine-et-Loire, Seine-Saint-Denis
La situation des migrants empire
 

Les étrangers représentent 30 % des personnes accueillies au Secours Catholique. Leurs conditions de vie se sont dégradées en dix ans

Ousmane est arrivé il y a dix ans de Mauritanie. Logé à la cité Myriam (1), il a acquis des compétences et obtenu, via le service Carrière emploi du Secours Catholique, un contrat de travail comme déménageur. S’étant vu refuser sa régularisation, il a fait appel de la décision ; soutenu par l’association, le tribunal administratif de Montreuil lui a enfin accordé un titre de séjour, après s’être acquitté de 708 euros (presque l’équivalent de sa première paye). Actuellement, il bénéficie d’un microcrédit pour passer son permis de conduire.

Mais pour un Ousmane, combien de personnes ballottées de squats insalubres en hôtels meublés, dans l’attente de papiers qui leur permettront enfin de travailler légalement ?

En Seine-Saint-Denis, département aux 197 nationalités, « des mères de familles seules (36 % contre 26 % sur le plan national) sont logées dans des hôtels à 20 kilomètres de l’école où leurs enfants ont été inscrits six mois auparavant. Certaines dorment dans des bus pour pouvoir les conduire à l’école le matin. D’autres enfants sont confinés des jours entiers dans des chambres de 9 mètres carrés. Plus insupportable encore, en raison de l’absence d’hébergement par le 115, des femmes se retrouvent à la rue avec leur bébé », témoigne Claude Bobey, délégué départemental du Secours Catholique.

Des galères comme celles-ci, Dominique, bénévole dans l’équipe de Saint-Ouen, peut en raconter des dizaines. Bolawa, 34 ans, par exemple. A peine remise d’une césarienne très douloureuse, la jeune Nigériane a changé quatre fois d’hôtel en un mois. Des hôtels qui, pour la plupart, n’offraient aucune possibilité de cuisiner, ni même de faire chauffer un biberon. Dominique évoque également Aïcha, Ivoirienne, venue en France pour soustraire sa fille à l’excision. Accueillie un temps par sa sœur puis jetée à la rue par son beau-frère pour avoir refusé ses avances, la jeune femme n’a pu obtenir de rendez-vous à la Cafda (2) qu’après plusieurs semaines. En attendant, elle se retrouve sans rien à manger et le 115, submergé d’urgences, lui propose parfois une chambre pour le week-end, en l’avertissant... à 23 heures.

Cliché

Dans le Maine-et-Loire où la solidarité inter-associative « s’était progressivement organisée pour faire vivre et défendre le droit des étrangers, on voit de nouveau des familles à la rue », constate Damien Rouillier, délégué du Secours Catholique. Dans ce département rural, comme au niveau national, les migrants viennent principalement de la corne de l’Afrique (pour les hommes seuls) et des ex-Républiques d’Europe de l’Est (pour les familles). Miroir de la mondialisation, les migrants accueillis au Secours Catholique représentent aujourd’hui 27 % de Maghrébins contre 54 % en 2001. La fin d’un cliché.

(1) CHRS (Centre d’hébergement et de réinsertion sociale) de l’Association des cités du Secours Catholique (2) Coordination de l’accueil des familles demandeuses d’asile

Chantal Joly
crédit : David Metra/Secours Catholique
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