Logement : les associations demandent aux politiques d’en faire une priorité

Publié le 30/03/2012
France
 

Des centaines de personnes, parmi lesquelles des membres du Secours Catholique, ont dénoncé jeudi 29 mars à Paris la fin du plan hivernal d’hébergement des personnes sans domicile et appelé les candidats à la présidentielle à faire du logement une priorité de leurs projets.

Alfred ne sait pas où il dormira dans trois mois. Tout a basculé pour ce retraité d’une entreprise de plats cuisinés quand un chariot élévateur lui a roulé sur les pieds. À la suite de cet accident, sa compagne l’a mis à la porte, témoigne-t-il, et ses ressources ne lui ont pas permis de se reloger. Après « huit mois de rue » à Paris, il a été orienté vers le foyer de l’Écluse, centre d’hébergement d’urgence hivernal géré par l’association Emmaüs.

L’impact des élections

Ce centre du plan public d’hébergement hivernal fermera fin juin, échéance retardée par rapport aux dates habituelles de fermeture des abris hivernaux. Ce décalage s’applique aussi à d’autres hébergements. Il est destiné à ne pas perturber les élections, critique Charlotte Niewiadomsky, responsable du département Personnes à la rue-Hébergement au Secours Catholique.

Charlotte participait, avec des bénévoles et des personnes accompagnées par l’association, à la mobilisation pour ces « invisibles » de la campagne électorale, jeudi 29 mars place du Palais-Royal à Paris. Manifestation organisée par le Collectif des associations unies pour une nouvelle politique du logement.

Le principe du plan hivernal est combattu par les associations. « Son expiration provoque en l’espace de quelques semaines la remise à la rue de mille personnes, rien qu’à Paris », est venue témoigner auprès des associations, Olga Trostiansky, adjointe au maire de Paris chargée des affaires sociales et de la lutte contre l’exclusion.

L’Écluse pourrait rester ouvert

« Fin de l’hiver = 0° de solidarité », proclamait une banderole tenue par des membres du Secours Catholique tandis qu’Olga Trostiansky signalait que le centre d’hébergement de la rue des Écluses-Saint-Martin, où habite Alfred, pourrait rester ouvert jusqu’en 2013. Le centre accueille chaque nuit 70 personnes.

Cet ensemble de bureaux vides a été mis à la disposition de la ville par l’Établissement public foncier d’Ile-de-France et il restera inoccupé jusqu’en 2013. Mais le préfet d’Ile-de-France a décidé sa fermeture. L’État manque de fonds pour assumer totalement sa « compétence pleine et entière de l’hébergement », selon l’expression d’un membre du cabinet du maire de Paris.

« Sans logement, tout peut arriver »

En réponse aux associations qui ont appelé à la « construction massive de logements sociaux », Dominique Versini, proche de François Bayrou et cocréatrice du Samu social, a témoigné, mégaphone à la main, que « sans logement, tout peut arriver ». À commencer par le placement des enfants. « Il faut construire, a-t-elle plaidé, pour avoir une base à partir de laquelle se projeter sur l’école, le travail… »

Pouvoir d’achat

Emmanuelle Cosse, conseillère régionale d’Ile-de-France, a dénoncé pour la candidate Éva Joly, les expulsions sans relogement et leur « coût social astronomique ». Au nom du pouvoir d’achat, elle a aussi demandé l’encadrement des loyers du parc privé.

Le représentant du Front de gauche a considéré le logement comme « un bien public qui doit échapper à la financiarisation » et il a évoqué le combat du candidat Jean-Luc Mélenchon pour « casser les marchands de sommeil ».

Des vrais projets, pas des slogans

« On attend de vrais projets politiques, pas des slogans du type "zéro SDF". » « Nous avons pour cela le devoir d’intervenir massivement auprès des candidats et de tous les élus », a martelé devant les grilles du Conseil d’État, Christophe Robert, de la Fondation Abbé Pierre, porte-parole du Collectif des associations unies.

Alfred, lui, souhaite rester à Paris et il est prêt pour cela à consacrer sa maigre retraite à un loyer. Pour le reste, il compte sur la pension d’invalidité qu’il attend toujours depuis son accident…

François Tcherkessoff
crédit : Xavier Schwebel/SC
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