Marie-France Zimmer : « Le secret bancaire, c’est pour tout le monde »

Publié le 23/12/2012
France
 

Marie-France Zimmer est  victime de la précarité. Comme le souhaite le Secours Catholique, elle parle de ses difficultés et de la manière dont elle les gère. Un souhait entendu par le gouvernement qui, lors de la conférence nationale de lutte contre la pauvreté, entend désormais associer les personnes confrontées à la précarité à l’élaboration des politiques sociales. Interview.

Marie-France Zimmer fait le ménage dans un cabinet médical près d’Épinal, pour environ 500 euros par mois. Elle a fait partie du groupe de travail sur l’inclusion bancaire qui s’est réuni à l’occasion de la conférence de lutte contre la pauvreté des 10 et 11 décembre. Elle donne ici son point de vue sur la politique des banques envers leurs clients les moins fortunés. L’atelier sur l’inclusion bancaire était animé par le président du Secours Catholique, François Soulage. Marie-France est accompagnée par l’association ATD Quart Monde. Elle perçoit un complément de RSA d’environ 190 euros.

Avez-vous droit à un découvert bancaire ?

Oui, j’y aurais droit mais je le refuse. La banque m’a proposé un découvert de 200 euros mais le jour où la banque vous dit : « On arrête le découvert », il manque ces 200 euros. Aujourd’hui, je n’ai pas de découvert parce que j’ai décidé de ne pas en avoir.

Êtes-vous favorable au crédit revolving, ou renouvelable, malgré son coût incontrôlable ?

Le problème avec le crédit revolving, c’est qu’on va aller chercher dans le petit pécule qu’on se constitue tous les mois, l’argent pour rembourser le mois précédent et ainsi de suite. À un moment donné, on ne peut plus, donc on va faire un deuxième crédit revolving… C’est comme ça qu’on démarre le surendettement.

Que pensez-vous de l’idée d’un fichier positif recensant tous les crédits des particuliers ?

Avec le fichier positif, les gens qui accordent des crédits vont voir qu’une personne en a déjà deux, trois, quatre et qu’elle va avoir du mal à rembourser. Je suis tout à fait d’accord pour une telle réglementation.

Comment gérez-vous votre budget ?

Je paie mes factures et je divise ce qu’il me reste par le nombre de semaines du mois. Comme ça, je sais que je peux dépenser 25, 30 euros par semaine.

L’éducation à la gestion du budget personnel devrait-elle à votre avis être développée à l’école ?

Je vais vous raconter une petite histoire. Il y a quelques années, on a fait une éducation alimentaire à l’école et on a dit aux enfants : « Au petit déjeuner, vous devez avoir un bol de chocolat, des céréales, un verre de jus de fruit »… et quand les enfants sont rentrés le soir dans leurs familles, ils ont dit : « Vous êtes des mauvais parents, vous ne nous donnez pas à manger ce qu’il faut. » On n’est pas venu nous voir pour nous demander : « Comment faites-vous pour leur donner un petit déjeuner tous les matins ? »

Et ça risquerait d’être le même phénomène avec l’éducation au budget ?

J’ai très peur que les enfants rentrent et disent : « Tu es un peu idiot, tu ne sais pas gérer ton budget. »

Quelle est la proposition de votre groupe de travail qui vous tient le plus à cœur ?

Je tiens avant tout à liberté. Liberté, par exemple, de ne pas prévenir les services sociaux quand on a des soucis avec la banque. On n’a pas envie que les services sociaux se mêlent de notre situation bancaire. Le secret bancaire, ça existe pour tout le monde.

Qui préviendrait les services sociaux ?

La banque. D’après une proposition des groupes de travail, elle les préviendrait qu’il y a des soucis sur le compte. Je refuse cette idée.

 

François Tcherkessoff
crédit : F.Tcherkessoff/Secours Catholique
Trois hommes admirent leur récolte de salade
Plus d'informations
Économie solidaire
# sur le même thème