Migrants : l'accueil est une richesse !

Migrants : l'accueil est une richesse !

Publié le 26/09/2017
 

Le réseau Caritas Internationalis - dont le Secours Catholique est membre - lance avec le pape François un appel mondial à se mobiliser pour "accueillir l'étranger" et "Partager son chemin".

À l'heure où la guerre, l’exploitation, la pauvreté, les catastrophes naturelles ou encore le désir d’une vie meilleure et plus juste poussent de plus en plus de personnes à quitter leur "maison", l'accueil de l'étranger est l’un des plus grands enjeux de notre temps.

Ainsi, notre monde affronte, non pas une crise migratoire mais une crise de solidarité mondiale.

Parce que, comme le rappelle François  « Nous avons tous besoin de l'autre », prenez part à l’effort mondial de tendre la main aux migrants, de changer les mentalités et les relations et de renforcer les liens qui nous unissent tous.

 

 
Migrants : l'accueil est une richesse !
 
L'appel du Cardinal Tagle

président de Caritas Internationalis

 
Migrants : l'accueil est une richesse !
Jeune réfugiée tibétaine, Dechen est "épaulée" par les familles du réseau welcome depuis décembre 2016.
 

« Pourquoi pas nous ? » : avec les familles d'accueil du réseau Welcome

« Pourquoi pas nous ? » C’est ce que se sont dit Françoise et Marc lorsqu’on leur a parlé du réseau d’hébergement de demandeurs d’asile "Welcome", fondé par les jésuites et soutenu par le Secours Catholique. Pendant plusieurs mois, tout comme Dominique et Jean-Luc, ils ont accueillis Dechen, une jeune réfugiée tibétaine. Récit d’une aventure avant tout humaine.

« Nous savons que la question des réfugiés est un problème énorme. Il faut des familles d’accueil, on s’est dit "Pourquoi pas nous ?" », racontent Françoise et Marc, un couple de retraités qui vit dans le sud des Yvelines.

Leur aîné a quitté le foyer il y a une quinzaine d’années, sa chambre est libre et dispose d’une salle de bain indépendante. Et elle sert peu, les petits-enfants devenus grands viennent moins souvent.

Alors quand le prêtre de leur paroisse a annoncé, à l’issue de la messe, la réunion de présentation du réseau Welcome, ils s’y sont rendus. Le Service des jésuites pour les réfugiés (JRS) a fondé ce programme qui a accueilli près de 600 demandeurs d’asile en 2016 et mobilise plus de 1 500 bénévoles.

La durée d’hébergement d’un minimum de 4 semaines ne peut en excéder 6 et ce, afin d’éviter de créer des attaches trop fortes tant du côté des demandeurs d’asile que des familles hôtes. Françoise et Marc font ainsi partie d’une chaîne de huit ménages dans le sud des Yvelines qui accueillent à tour de rôle.

Welcome donne aussi de précieux conseils pour accueillir au mieux. « C’est comme un contrat qui nous empêche de faire des erreurs, explique le couple. Par exemple nous savions qu’il ne fallait pas poser des questions intimes à la personne sur son passé mais attendre qu’elle nous en parle. »

Début décembre 2016, Françoise et Marc ont été les premiers à ouvrir leur porte, pour un mois, à Dechen, une réfugiée tibétaine de 28 ans. La jeune femme était arrivée en France le 24 novembre et venait de passer quelques jours sur la péniche Je sers amarrée à Conflans Saint-Honorine.

 

 

C’est une présence qui fait écho à nos valeurs chrétiennes d’entraide. 

Françoise

Le couple n’avait aucune appréhension. « Bien au contraire, assure Françoise. C’est une présence qui fait écho à nos valeurs chrétiennes d’entraide. » Et puis, la charte Welcome, expliquent-ils, pose un cadre sécurisant pour tout le monde.

De son côté, la jeune Tibétaine n’avait pas d’appréhension non plus. Elle avait entendu parler du réseau jésuite par une de ses amies, Tsering, installée en France depuis trois ans. « Je savais que les pères et tous ceux qui travaillent avec eux nous aident. »

À l’arrivée, la jeune femme n’a pas été déçue. En riant, elle confie : « Le lit était beaucoup plus confortable que celui que j’avais en Inde. » Dechen a vécu pendant dix ans réfugiée en Inde avant de venir en France. De cette période, elle a jusqu’à aujourd’hui peu parlé avec ses hôtes qui, eux, respectent son intimité.

À cause de la barrière de la langue, la relation s’est construite lentement entre Dechen et Françoise et Marc. Au début, les échanges se faisaient dans un anglais rudimentaire et par des gestes. Néanmoins, le couple, qui l’accueille à nouveau pour quelques semaines, a tout de suite apprécié la jeune femme, son côté volontaire, sa discrétion et sa politesse.

À la fin du repas, « quand on a fini de manger, elle ne nous laisse pas le temps de débarrasser ». Et lorsque que Dechen accompagne Françoise faire les courses, « elle me prend mes sacs des mains. Même si le sac est tout léger, raconte Françoise. Je suis toute gênée d’abord parce que c’est comme si j’avais un âge que je ne crois pas avoir qui m’empêcherait de porter mon sac… Et puis c’est aussi par rapport aux autres, je me dis qu’on va croire que c’est quelqu’un que j’emploie ».

Et son mari de s’esclaffer qu’elle se préoccupe du qu’en dira-t-on. Et Françoise de rétorquer que oui cela la gêne, même si elle pense que c’est sûrement un signe de respect dû aux personnes âgées dans la culture tibétaine. Dechen confirme. Au Tibet, on prend soin des anciens et de ses hôtes.

 

Cet accueil nous permet aussi de transmettre ces valeurs humaines à nos enfants Théo et Zéli

Dominique et Jean-Luc

Ces attentions régulières ont aussi marqué Dominique qui, avec son mari Jean-Luc, a accueilli la jeune réfugiée en janvier 2017, puis au mois de mai et enfin durant les grandes vacances. « Cet été, j’oubliais souvent d’acheter du pain. Et Dechen y pensait. »

Pour la jeune tibétaine, ces petits gestes sont aussi un plaisir : celui d’être en position de donner et, de ce fait, conserver une part de dignité.

Au grès des séjours passés chez eux, Dominique et Jean-Luc ont pu constater les progrès rapide de la jeune femme en Français. Dechen leur a confié un jour sa fierté de parler mieux Français au bout de huit mois que son oncle qui vit et travaille à Mulhouse depuis 4 ans. Elle était consciente de sa chance de vivre avec des familles françaises.

Cette histoire conforte Dominique dans le choix qu’elle et son mari ont fait. « Notre raison d’être en tant que familles d’accueil Welcome est là ! » Pour le couple cette expérience répond à leur conviction de solidarité et de partage.

Elle leur permet aussi de transmettre ces valeurs humaines à Théo et Zéli, leurs enfants âgés de 20 et 22 ans. Ceux-ci sont d’ailleurs « très fiers de dire à tout le monde que leur famille accueille des demandeurs d’asile », a remarqué Dominique.

En ce mois de septembre, alors que la jeune Tibétaine effectue son deuxième séjour chez Françoise et Marc, « nous ne parlons plus du tout en anglais mais exclusivement en français », relate Françoise. Les échanges à l’heure du dîner se sont enrichis. Moins gêné par la barrière de la langue, le couple s’intéresse à la culture tibétaine et à la situation sur place. Lors de ces discussions, Marc s’offusque de la censure qui sévit au Tibet.

 

 

Malgré les difficultés qu’elle et d’autres réfugiés ont vécu, ils veulent rebondir et apprendre! 

Françoise

Dechen leur raconte aussi sa journée, souvent chargée. « Elle a beaucoup de cours de français et elle s’est fait des amies tibétaines donc elle sort plus. » La jeune femme sert d’interprète à ses deux amies, Dolma et Lhatso, dans leurs démarches administratives. « Je les aide à Pôle emploi, ou pour faire leur pass Navigo ou lors de consultations médicales avec la CMU », raconte-t-elle.

La capacité d’adaptation de Dechen provoque l’admiration de Françoise. « Malgré les difficultés qu’elle et d’autres réfugiés ont vécu, ils veulent rebondir et apprendre! » Autonome et volontaire tant dans son apprentissage de la langue que des us et coutumes, la jeune femme est curieuse de tout et se fait son propre avis, quitte à changer ses habitudes.

Pour le petit-déjeuner, elle a ainsi abandonné le thé au profit du café, du pain et de la confiture. Ce qu’elle apprécie beaucoup, c’est qu’en France, « on cuisine avec beaucoup moins d’huile qu’au Tibet ou en Inde ».

Elle adore les tartes aux pommes et aux fraises, les quiches, les crêpes, les gâteaux au chocolat. Elle aime toutes les spécialités françaises, sauf... Le mot lui échappe... Un animal dont elle ne se souvient plus le nom mais dont elle mime les mouvements en tapant son pouce sur ses autres doigts... Le crabe !

Le plus dur a été de se lancer seule dans les transports en commun. Surtout les premiers jours. « J’étais angoissée à l’idée de me perdre et de ne pas savoir m’expliquer. » Il lui est arrivé une fois de monter dans le mauvais bus. « J’ai dû appeler la famille où je logeais pour qu’on vienne me chercher », se souvient la jeune femme.

 

L'obtention de son statut de réfugié a été l’occasion d’une fête où « ses » huit familles se sont retrouvées.

 

À l’époque, pour la rassurer, et pour se rassurer elle-même, Dominique lui notait des phrases en français qu’elle pouvait montrer ou dire  au cas où elle se perdrait « Bonjour, comment je fais pour aller à … svp? ».

Dechen a obtenu le statut de réfugié en juin. Ce fût l’occasion d’une fête où « ses » huit familles se sont retrouvées.

Sa situation étant régularisée, la jeune femme cherche du travail. Dominique lui a prêté un ordinateur portable pour qu’elle puisse faire ses démarches sur Internet. Marc s’est fixé pour objectif de l’initier au vélo, afin qu’elle soit encore plus autonome dans ses déplacements.

La jeune femme cherche aussi un logement. Elle voudrait rester dans le sud des Yvelines, là où elle a désormais des repères forts, si possible non loin de Versailles, Magny-les-Hameaux ou Toussus-le-Noble.

De leur côté, Marc et Françoise ont décidé de poursuivre l’aventure lorsque Dechen les aura quitté en accueillant une nouvelle personne réfugiée. La chaîne d’accueil doit bientôt s’agrandir passant de 8 à 16 familles.

Dominique aussi compte continuer. Elle voit dans Welcome « un accueil simple et efficace pour l’intégration des demandeurs d’asile. Grâce à lui, ils vivront dans le pays comme ils y ont été accueillis ».

Sonia Bouketo avec Benjamin Seze
Crédits Photos : © Steven Wassenaar / © Caritas Internationalis
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