Municipales : faire entendre tous les citoyens

Publié le 04/10/2013
France
 

En vue des élections municipales de 2014, une centaine d’acteurs du Secours Catholique se sont réunis du 23 au 26 septembre à Lourdes pour peaufiner leur stratégie de campagne. Des élus locaux et un lobbyiste congolais étaient venus les encourager.

« Le citoyen, c’est la base de la démocratie », lance Delphin lors d’un atelier portant sur la définition même de citoyenneté lors des trois journées de réflexion initiée par le Secours Catholique dans sa Cité Saint-Pierre de Lourdes. « Le citoyen,renchérit Jean-François,est celui qui vit sur un territoire, mais ce territoire peut se déployer à tous les niveaux, depuis le fonctionnement de son immeuble jusqu’aux décisions qui engagent la planète. » Abdel ajoute qu’être citoyen « c’est agir pour améliorer les situations du logement, du travail, de la santé. C’est se faire entendre des politiques ».

Delphin, Jean-François et Abdel, ainsi qu’une centaine de personnes (bénévoles, accueillies ou salariées) étaient venus de toute la France, invités par leur structure respective (accueils du Secours Catholique ou cités de l’Association des cités du Secours Catholique–ACSC) pour témoigner des difficultés rencontrées dans leur quotidien. L’objectif : donner la parole à ceux qui vivent la précarité et la porter auprès des décideurs publics, en l’occurrence ceux qui seront élus lors des prochaines élections municipales, en mars prochain.

Transparence

Mais est-ce que la mobilisation citoyenne porte vraiment ses fruits ? Brice Mackosso, membre de la Commission Justice et Paix de Pointe Noire, au Congo Brazzaville, partenaire de longue date du Secours Catholique, avait fait le voyage pour en parler.

Dans un brillant exposé, l’infatigable et courageux lobbyiste, a retracé le long chemin qui a permis que l’argent du pétrole de son pays, jusqu’alors secrètement déposé dans les paradis fiscaux, vienne en 2003, après de longues années d’une lutte âpre et périlleuse, remplir enfin les caisses de l’État. Mais avant cela, il aura fallu convaincre les évêques congolais de s’engager et de parler, obtenir de la société civile internationale qu’elle fasse davantage pression.

Depuis, la transparence sur les transactions financières voulue par la société civile a conduit certains pays à en faire une norme, à l’instar des États-Unis avec la loi Dodd-Frank adoptée en 2010 ou de l’Union européenne avec leur récente directive sur la transparence.

Réalités

Alors oui, se mobiliser porte ses fruits. Mais qu’en pensent les politiques français ? Sont-ils enclins à entendre revendications et doléances ? Sont-ils seulement à l’écoute de la population ? Six élus locaux invités à participer à ces journées de travail ont apporté leur réponse à ces questions.

Le maire de Lourdes, Jean-Pierre Artiganave, a précisé en préambule qu’il faisait de la politique « pour faire bouger les choses. Mais cela demande du doigté, de la douceur. Pour un maire, il n’y a pas de politique, mais des réalités ».

La réalité d’Ange Mur, maire de Jarret, petite commune de 350 âmes, c’est une pauvreté qui se cache et qu’il est difficile d’aider. Pour Jean Falco, adjoint au maire d’Auch et pour Rachid Bensaïd, conseiller municipal de Tarbes chargé de l’insertion et de la lutte contre les discriminations, « les élus ne peuvent agir qu’avec les moyens du bord. On attend d’eux des solutions qu’ils sont parfois incapables d’apporter ». Messaouda Charuel, adjointe au maire du 19ème arrondissement de Paris chargée des affaires sociales et de l’enfance en danger, renchérit en disant qu’« il n’existe pas toujours de solutions collectives aux problèmes, notamment pour le logement ».

Déficit démocratique

Ces limites posées, les six élus ont réfuté l’idée selon laquelle ils seraient loin de la population. Au contraire. Tous incitent leurs administrés à s’exprimer, à dire leurs difficultés. Toutefois, comme l’a expliqué Véronique Fayet, adjointe au maire de Bordeaux en charge des politiques de solidarité et vice-présidente de l’Union nationale des centres communaux d’action sociale (Unccas), « les populations défavorisées n’ont pas toujours les codes pour exprimer leurs difficultés. Il existe un véritable déficit démocratique ».

La démarche du Secours Catholique tend à combler ce déficit démocratique. Elle peut prendre plusieurs formes : participer à un forum social, rencontrer des élus ou s’exprimer dans un livre. Un groupe de femmes du Quercy a mis en recueil la parole d’une centaine de femmes subissant la précarité, livre intitulé Murmures de femmes.

Trois d’entre elles, Reine, Hélène ou Bernadette, présentes à Lourdes, ont dit le bien qu’elles retiraient de ces expériences. Bernadette ajoutant : « Depuis que je suis engagée, je ne suis plus la même personne. J’étais très timide. Je le suis toujours mais je peux aujourd’hui m’exprimer. Je me suis libérée. »

Jacques Duffaut
© Sébastien Le Clézio/Secours Catholique
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