Permis de conduire : la solidarité en échange

Publié le 18/03/2014
Tartas
 

À Tartas dans les Landes, la municipalité aide les jeunes à payer leur permis de conduire en échange d’un engagement solidaire. La première bénéficiaire de ce coup de pouce municipal a décidé de se mettre au service de l’équipe locale du Secours Catholique. Explications de son maire, Jean-François Broquères

La municipalité de Tartas (40) vient de décider d’aider certains jeunes à financer leur permis de conduire. D’où vous est venue cette idée ?

Dans notre territoire, si vous n’avez pas le permis de conduire, c’est très compliqué. Bien que nous soyons bien desservis, nous sommes loin de tout. Et puis on connaît le coût des formations, ce sont des budgets importants. Surtout pour les familles qui n’ont que peu de moyens.

L’idée existe dans d’autres collectivités des Landes, à Biscarosse entre autres. Il y en a qui le font de façon inconditionnelle. Moi j’ai refusé qu’on donne de l’argent de façon inconditionnelle. Cela a un esprit guichet qui me déplait fortement. Ce qui fait l’originalité du dispositif, c’est sa contrepartie : un travail d’intérêt général, de préférence dans une association. L’idée, c’est vraiment d’ouvrir, de partager, de se mettre au service des autres. En contrepartie, la municipalité verse une bourse dont le montant est fonction des revenus familiaux. Le maximum est de 400 euros.

Pourquoi cette somme ?

Elle couvre un tiers au moins jusqu’à 40 % du permis. Elle ne finance pas l’intégralité, elle vient juste en appui des heures de conduite. Le jeune doit être engagé dans une démarche volontariste d’obtention du permis de conduire. Ainsi, il doit avoir déjà passé et obtenu le code. C’est avant tout un encouragement, d’autant que l’argent n’est jamais remis au bénéficiaire.

On verse notre contribution directement à l’auto-école avec laquelle une convention est signée. On s’est toujours interdit d’entrer dans une logique de guichet. Il n’y a pas de mouvement d’argent entre le bénéficiaire et la commune. C’est l’auto-école qui, en contrepartie d’une prestation, et du moment que le bénéficiaire a bien suivi la formation, signe un véritable contrat quadripartite avec la commune, le bénéficiaire et l’association.

Pourquoi cette aide vient maintenant ?

Dans le cadre de l’intercommunalité, de nombreuses missions du Centre communal d’action sociale (CCAS) ont été transférées au Centre intercommunal d’action sociale (CIAS) : portages de repas, etc, services à la personne, aides ménagères. Le CIAS prend désormais en charge la politique commune. Du coup, le CCAS s’est trouvé dépourvu de missions. D’où l’idée d’avoir une action de proximité.

Ainsi, pour les personnes âgées, nous avons mis en place tout un système de petites réparations. Exemple, un évier bouché, une porte qui ferme mal, une ampoule à changer. C’est important pour elles qui n’ont pas recours à une entreprise. Petits travaux, mais aussi ramassage, transport des personnes pour aller au marché. On veut aujourd’hui étendre ça aux visites médicales. On propose encore un système de lecture publique : l’agent va lire chez un particulier, ou dans un espace collectif.

À Tartas, où vivent 3 300 habitants, il nous manquait une action en faveur des jeunes et des familles. Pour les jeunes, l’obtention du permis est indispensable d’un point de vue personnel comme professionnel. En échange, ils s’engagent à rendre service à la collectivité. Cela permet d’exercer une fonction d’intérêt général, à caractère social et favorise aussi la rencontre, la sociabilisation et la découverte du mouvement associatif.

Cette aide s’adresse à quelle tranche d’âge ?

Entre 18 et 20 ans. Nous avons une trentaine de bénéficiaires potentiels, de 18 à 20 ans, chaque année. On va connaître une montée en puissance du dispositif. On ne s’interdit pas de l’étendre aux chômeurs. Pour nous, c’est aussi un test. Nous serons contents si nous pouvons aider cinq jeunes par an. Ceci-dit, nous avons budgété jusqu’à dix soutiens annuels au permis.

Quel a été le premier bénéficiaire ?

C’est une jeune fille de 19 ans issue d’un milieu modeste. Elle a choisi de se mettre au service de l’équipe locale du Secours Catholique où elle va participer aux activités de l’accueil de jour de l’association.

Jacques Duffaut
© DR
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