Plan interministériel contre la pauvreté : un bilan en demi-teinte

Publié le 14/01/2014
France
 

Il y a un an, se tenait la première Conférence nationale de lutte contre la pauvreté réunissant de nombreux acteurs, dont le Secours Catholique. Aujourd’hui, l’heure est au bilan du plan pluriannuel interministériel de lutte contre la pauvreté annoncé par Jean-Marc Ayrault en juin dernier. Pour le collectif ALERTE, dont fait partie le Secours Catholique, un engagement plus fort doit être fait de la part du gouvernement, comme l’explique Bernard Schricke, directeur France-Europe du Secours Catholique.

Quelles sont les mesures importantes à vos yeux du plan pluriannuel interministériel de lutte contre la pauvreté que le gouvernement a déjà mises en œuvre ?

Trois mesures sont à mentionner : d’abord le relèvement du RSA socle que nous avions demandé (+ 10 % sur cinq ans), même si nous espérions une augmentation plus importante ; ensuite, la mise en place de plafonds pour la couverture maladie universelle complémentaire (CMUC) ; enfin, l’augmentation de certaines prestations sociales attribuées aux familles les plus pauvres (+ 50 % du complément familial et + 25 % de l’allocation de soutien familial sur cinq ans).

Des chantiers ont aussi été engagés pour augmenter l’accès aux droits et aux soins des personnes. Un vrai travail d’analyse a été fait pour comprendre pourquoi un nombre élevé de personnes en difficulté renonçaient à demander les prestations auxquelles elles ont droit. La posture a complètement changé : désormais, l’administration et les caisses de sécurité sociale essaient de se mettre en situation de repérer les personnes qui pourraient avoir besoin de prestations plutôt que d’attendre qu’elles se manifestent et prouvent leurs droits. À cela s’ajoutent des efforts d’information, de simplification, de couplage de prestations mises en œuvre progressivement.

En outre, on constate de réelles avancées sur les questions qui étaient traitées dans l’atelier piloté par François Soulage pour lutter contre le surendettement et améliorer la situation des clients fragiles : un plafonnement des commissions bancaires, la création d’un observatoire de l’inclusion bancaire en ce début d’année et de points conseils budgets…

Quel domaine demande un engagement plus important du gouvernement ?

Un travail avait été engagé pour réformer le RSA activité, il est aujourd’hui au point mort, c’est une déception. La question de la domiciliation des personnes sans abri est bien loin d’avoir été résolue. Or aujourd’hui, sans adresse, vous ne pouvez rien faire, et vous ne pouvez prétendre à rien. C’est un droit fondamental.

Enfin, les efforts en matière de construction de logements, en particulier de logements sociaux et très sociaux sont très en deçà des besoins. Ce n’est pas une tâche facile mais la volonté politique manque à tous les niveaux, que ce soit à l’échelon local ou national. 48 000 ménages reconnus prioritaires dans le cadre des procédures dites DALO attendent toujours un relogement, parfois depuis plusieurs années.

Quelles sont les prochaines étapes de la mise en œuvre du plan ?

Il faut frapper plus fort, notamment en matière de logement et d’accompagnement vers l’emploi : améliorer l’accès à la formation de ceux qui en ont le plus besoin – les chômeurs de longue durée – et adapter les contrats aidés dans la durée notamment pour les personnes qui n’ont pas travaillé depuis plusieurs années ou qui sont en difficulté.

Sophie Lebrun
© Xavier de Torres/Maxppp
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