RD Congo : il faut soutenir les initiatives des femmes

Publié le 08/03/2014
République démocratique du Congo
 

Jeanne-Marie Abanda, coordonnatrice de Caritas dans la province de l’Équateur, dans le nord-ouest de la République démocratique du Congo, saisit l’occasion de la Journée internationale de la femme, ce 8 mars, pour dénoncer l’abandon social, économique et éducatif… dont nombre de femmes des zones rurales de RDC sont toujours les victimes.

Le “Plan quinquennal de croissance et de l’emploi 2011/2015” de la province de l’Équateur en RDC, auquel Caritas a collaboré, souligne : « Le contexte de crise politique, économique et sociale a appauvri davantage la population, surtout les femmes. » Quelle est la situation des femmes aujourd’hui dans la région ?

Sur le front social, le système patriarcal est toujours aux commandes. Ainsi, les femmes mariées comme célibataires ont du mal à accéder à la terre. Elles ne peuvent pas être propriétaires !

Dans le domaine éducatif, 93 % des filles n’achèvent pas l’école primaire. Sans éducation, elles ne peuvent accéder à des postes à responsabilité notamment en entreprise. Mais cette situation entrave sans doute aussi leur accès à l’Assemblée provinciale : sur les 110 députés on y compte seulement 3 femmes !

Sur le plan économique, l’exclusion subie, en premier lieu, par les femmes est particulièrement forte surtout dans cette région. C’est en effet dans la province de l’Équateur que l’ancien président-dictateur Mobutu est né. Cela a pour effet de “repousser” les bailleurs. C’est pourquoi les Congolaises, ici, ont encore moins accès au micro crédit que dans le reste du pays.

De manière générale, les femmes sont abandonnées à elles-mêmes. C’est particulièrement vrai face aux violences sexuelles : l’impunité dont bénéficient leurs auteurs est ostensible et organisée.

Que fait Caritas Congo pour accompagner les femmes de la province ?

L’association encourage et soutient notamment leurs initiatives de développement et d’autonomisation économique. Ainsi, 200 d’entre elles sont associées au sein des “Mutuelles financières des femmes de l’Équateur” où elles cotisent dans une caisse commune. Des animateurs de Caritas les soutiennent pour leur permettre de suivre des formations professionnelles : comptabilité, connaissance du marché local, national, voire international, maîtrise du travail d’équipe, entreprenariat... Ils leur donnent ainsi des clés qui peuvent leur ouvrir l’accès au micro crédit.

Quelles initiatives devraient être prises par les autorités pour s’attaquer aux discriminations dont sont victimes les femmes ?

Ce sont les femmes, et elles seules, qui prennent tous les risques : il est encourageant de noter qu’elles sont de plus en plus nombreuses à organiser elles-mêmes, de manière informelle ! Sans attendre le soutien, tant attendu, des autorités. Alors que beaucoup d’hommes sont découragés, des femmes de ces zones rurales mettent en place des équipes de plantation de manioc, de suivi des cultures vivrières…, de commercialisation des produits. Elles se mettent à tenir les rênes agricoles, contribuent à l’entretien des routes et participent ainsi au désenclavement de la province.


Un prix et une prière

Cette année, Caritas Internationalis et la fondation Fidel Götz honorent le rôle des femmes dans le combat contre la faim dans le monde en déclarant ouverte, ce 8 mars à Rome, la compétition pour obtenir le “Prix des femmes semeuses du développement”. On connaîtra la gagnante le 16 octobre 2014, lors de la Journée mondiale de l’alimentation.

De son côté, le pape François appelle à prier « pour que les droits et la dignité des femmes soient respectés dans toutes les cultures ».

Yves Casalis
© Patrick Delapierre /Secours Catholique
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