Reconstruire du lien social

Publié le 24/04/2013
France
Reconstruire du lien social
 

Visites de bénévoles, camion-épicerie, voiture à disposition, tables ouvertes paroissiales : le Secours Catholique incite son réseau, et notamment ses délégations, à agir en territoires ruraux auprès des personnes les plus exclues, celles qui ont besoin d’entraide et du regard des autres.

La mobilité pour les personnes les plus modestes dans les territoires ruraux est une réelle difficulté : pour s’approvisionner, pour mener leurs démarches administratives, pour chercher un emploi. Et face à l’adversité matérielle du quotidien s’ajoute la détresse morale de l’isolement, de la vieillesse.

Du nord au sud, d’est en ouest, les délégations développent leur présence auprès de ceux les plus marginalisés. Les bénévoles du Secours Catholique vont vers ces personnes isolées En lien avec leurs partenaires institutionnels, associatifs, avec l’Église.

Les épiceries solidaires mobiles

Ainsi, en Lozère les visites des bénévoles rompent la solitude des isolés. Les bénévoles apportent à domicile, "un peu de soleil" aux personnes seules, âgées et handicapées dans les hameaux dispersés. Par ces visites régulières, l’amitié qui s’installe "réchauffe" les cœurs. Et surtout et particulièrement en plein hiver et par grand froid, quand ceux qui les reçoivent sont isolés dans les montagnes.

En Savoie, à Saint-Jorioz l’équipe rend des visites régulières à six personnes âgées ou handicapées.

Dans le Haut-Var, le camion-épicerie de l’association Garrigues stationne chaque semaine dans cinq localités, drainant les habitants démunis des communes voisines. Une centaine de communes sont concernées. Ceux des villages alentour, sans voiture sont conduits par des amis ou voisins.

Le camion a été offert par la fondation Caritas France, qui a également versé une somme équivalant à une année de produits frais. Les bénéficiaires de l’épicerie itinérante s’approvisionnent en payant les produits à 10% du prix du marché.

En réalisant des économies chaque mois grâce au camion-épicerie, les plus modestes peuvent rééquilibrer leur budget. Ils sont accompagnés dans cette démarche par la conseillère en insertion sociale et professionnelle de l’association.

Dans le Loir-et-Cher, à Mondoubleau, un bénévole conduit la voiture mise à disposition par la mairie pour accompagner les personnes à leurs rendez-vous chez le médecin, à Pôle emploi ou à la Caisse d’allocations familiales.

Les équipes cherchent à favoriser la mobilité des personnes les plus isolées. Trouver du travail, consulter un médecin, toutes démarches qui nécessitent de se déplacer sont compliquées. Les rares transports en commun qui existent, leurs horaires, les itinéraires ne répondent pas aux besoins.

« Le car passe à six heures le matin, je ne sais pas quoi faire des enfants à cette heure-là » explique Sandra. Nathalie, elle, n’a plus de voiture, elle l’a vendue pour se nourrir. Jean-Louis, nous dit : « Je travaille à Montoire et le car coûte deux euros par jour. Je ne peux pas payer. »

Ancrer sa présence sur les territoires

Dans les Ardennes, les équipes de Thiérache visitaient les familles à domicile, mais n’avaient pas d’espace sur le territoire pour les accueillir et les accompagner.

Depuis janvier 2012, dans ce souci de proximité, les bénévoles gèrent trois lieux de permanence mis à disposition par les paroisses et les municipalités : à Launois-sur-Vence, dans les locaux de la mairie ; à Rocquigny, au presbytère ; à Rocroi. Ils renforcent ceux de Signy-l’Abbaye et de Liart.

Pour rompre la solitude dans l’année, à Noël, pour "tirer les rois", ou pour des tables ouvertes paroissiales. Des rendez-vous réguliers ou occasionnels favorisent l’entraide et la participation de tous à la vie de la société.

En pays de Caux, un dimanche de novembre 2012, l’équipe de Doudeville a dressé une table ouverte paroissiale pour 40 personnes. Ces repas paroissiaux, autrement nommés et peu ordinaires se développent dans les campagnes. Ce fut une première dans cette paroisse rurale où l’isolement et la précarité des retraités et des familles monoparentales deviennent de plus en plus courants.

Sous l’impulsion du curé de la paroisse et aumônier de la délégation de Seine-Maritime–Rouen, les bénévoles et les personnes qu’ils accompagnent ont invité les paroissiens à partager un dimanche dans l’amitié : autour d’un apéritif puis d’un déjeuner, autour de tables à taille humaine, décorées et accueillantes. Et l’initiative sera reconduite.

Dans les campagnes du Pas-de-Calais, autour des paroisses d’Entr’eux, Terre-et-Mer et Artois, une fois par mois, les équipes invitent les personnes isolées à partager les tables ouvertes paroissiales.

Des activités en groupes

Pour vivre quelque chose avec d’autres, pour exister et être valorisé, des ateliers très divers sont organisés : bricolage, couture, tricot, cuisine. Bien souvent, l’après-midi est coupé d’un goûter et l’année, rythmée par des rencontres où chacun exprime son point de vue sur des thèmes divers, des sorties culturelles, des repas de fête, d’anniversaire...

L’une des participante écrit : « Nous nous retrouvons tous les jeudis après-midi. On se serre sur une même table pour être ensemble, nous sommes toutes très différentes les unes des autres. Nous venons chercher la convivialité et rompre la solitude. Nous savons aussi que quand nous parlons de quelque chose, on est comprises. J’aime bien tricoter, j’aime bien coudre et si je parle de couture ici, on me comprend. Nous avons un centre d’intérêt commun et puis nous nous épaulons car s’il y a quelque chose que nous ne comprenons pas, nous savons que quelqu’un va nous expliquer. »

Isolées géographiquement, vivant de minima sociaux, avec ou sans enfants, ces personnes sortent peu de leur domicile, elles craignent le regard de l’autre et manquent de confiance en elles.

Dans ces ateliers, durant ces après-midis partagés avec d’autres, elles créent des liens, échangent sur leur vie, sur leur famille, valorisent leurs savoir-faire, de couturière, de cuisinière, de bricoleur... Ces cadres rassurants leur donnent envie de sortir, de repartir confiants et plus heureux.

Dans ce monde rural, ainsi agit le réseau de veilleurs du Secours Catholique vers tous ceux qui vivent à la marge, cachés, isolés, dans la précarité et la détresse morale. En développant ces liens d’amitié et d’entraide, tous participent à la construction d’une société plus juste, plus fraternelle.

Marie-Hélène Content
Crédits photos: © Christophe Hargoues / Secours Catholique-Caritas France
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