Revenu universel : bonne ou mauvaise idée?

Publié le 23/01/2017
France
Revenu universel : bonne ou mauvaise idée?
 

De plus en plus présente dans le débat politique, cette piste est présentée par certains comme une alternative possible à la logique actuelle des minima sociaux. Le Secours Catholique se veut très prudent.

« Revenu de base », « revenu universel » ou encore « allocation universelle »... Quelle que soit l’expression utilisée, l’idée est la même, celle d’un revenu versé à tous, sans conditions de ressources ni obligation de travail, selon la définition du Réseau Mondial pour le Revenu de Base.

Longtemps marginalisée, car considérée comme utopiste, elle est apparue ces derniers mois dans le débat politique. Dans un rapport rendu public mercredi 19 octobre 2016, 27 sénateurs de tous bords politiques préconisent son expérimentation comme « alternative à la logique actuelle des minima sociaux ».

De même, plusieurs personnalités politiques, de droite comme de gauche, ont intégré cette piste à leur réflexion.

de multiples théories

« Avant de brandir le revenu de base, il est nécessaire de préciser de quelle question il est la réponse, tempère Guillaume Alméras, spécialiste des questions d’emploi et d’insertion au Secours Catholique. Il n’y a pas une proposition de revenu de base mais de multiples théories qui reposent sur des fondements sociaux et économiques et des visions de société multiples. Le principe commun est que chacun reçoit un revenu depuis sa naissance jusqu’à sa mort et que le système fiscal s’occupe de son financement et des redistributions. »

Après avoir travaillé sur les différentes hypothèses, le résultat le laisse sceptique : « Aucune de ces conceptions n’apporte la garantie d’un avenir meilleur pour les personnes en précarité. »

Le seuil de pauvreté calculé par l’Insee est de 1 000 euros par mois (60 % du revenu médian). Selon les scénarios, le montant du revenu universel envisageable, bien qu’à de nombreuses conditions, serait inférieur à 1 000 euros et le montant le plus réaliste est identifié à 500 euros, a calculé Guillaume Alméras : « Comment, alors, un tel revenu peut-il faire sortir de la pauvreté ? »

La pauvreté n’est pas qu’une question d’argent

Il craint que la mesure se résume finalement « à faire un chèque dont le montant sera de toute façon insuffisant pour vivre dignement, et à laisser ensuite les personnes se débrouiller soutes seules », dédouanant ainsi les responsables politiques de toute action supplémentaire pour lutter contre la pauvreté ou pour faciliter l’accès à l’emploi.

En fait, poursuit-il, « on ne voit pas en quoi les titulaires de ce revenu seraient davantage qu’aujourd’hui "libres de travailler ou de ne pas travailler". Les plus démunis seront toujours en bute aux mêmes difficultés pour trouver un emploi rémunéré si les règles du jeu économique, les discriminations et les systèmes de formations ne changent pas  ».

Or, insiste Guillaume Alméras : « La pauvreté n’est pas qu’une question d’argent, ce dont les personnes souffrent c’est aussi de manque de reconnaissance sociale. Nous devons d’abord avoir comme objectif politique commun que chacun puisse vivre dignement par son travail, en particulier les plus fragiles d’entre nous

 

Un revenu social commun

Pour simplifier les minimas sociaux, le rapport Sirugue préconise de fusionner différentes prestations sociale en un « revenu social commun ». Il concernerait tous ceux qui touchent des minima sociaux actuellement, et serait automatique, c'est-à-dire sans nécessité de fournir de pièce justificative, si le revenu du ménage le justifie.

Le montant de ce « revenu social » serait accompagné d'un « Complément d’insertion » pour les personnes qui touchent le RSA actuellement, et d'un « Complément de soutien » pour les personnes de plus de 65 ans ou en situation de handicap.

Il arrive fréquemment que des programmes politiques, parlant du revenu de base, identifient ce projet plutôt qu’un revenu universel, c’est-à-dire attribué à tous les résidents français qu’ils soient riche ou pauvre.

Benjamin Sèze
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