RÉVOLTES : « Le printemps arabe ne s’arrêtera pas »

Publié le 01/02/2012
Monde arabe
 

Le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni le 31 janvier à New York sans parvenir à tomber d’accord sur un projet de résolution pour la Syrie. Mansouria Mokhefi, de l’Institut français des relations internationales (IFRI), était invitée au siège du Secours Catholique pour analyser les conséquences du printemps arabe.

Les puissances occidentales et la Ligue arabe se heurtent à l’intransigeance de la Russie et de la Chine dans l’adoption d’une résolution à l’ONU pour mettre fin aux violences en Syrie, où répression de la révolte et combats entre armée et déserteurs redoublent d’intensité.

Lors d’une réunion du Conseil de sécurité mardi 31 janvier, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont plaidé pour faire passer, sous forme de projet de résolution, un plan arabe appelant au départ du président Bachar al-Assad et à des élections libres.

Mais en dépit de la recrudescence des violences, qui ont fait au moins 400 morts en une semaine, et des pressions qui s’intensifient sur Damas, le régime syrien, et son allié russe, restent sourds aux appels.

Mansouria Mokhefi, responsable du programme Moyen-Orient/Maghreb de l’Institut français des relations internationales (IFRI), analyse la situation internationale depuis les révoltes du « printemps arabe ».

« Le printemps arabe a bousculé les équilibres établis des pays concernés et a fait émerger de nouveaux acteurs dont on ne voulait pas entendre parler : les islamistes. En Tunisie, le pays le plus laïque du monde musulman, les islamistes sont arrivés en tête des législatives ; en Égypte, cela a été un véritable raz-de-marée islamiste ; au Maroc, l’allié occidental par excellence et qui n’a pas connu de révolution, les islamistes sont arrivés au pouvoir le 25 novembre. En Lybie, ces derniers ne sont pas au pouvoir mais ce sont des acteurs majeurs. Que cela plaise ou non, les islamistes ont constitué la seule opposition stable et organisée face aux anciens régimes autoritaires. Ils ont été les seuls interlocuteurs des franges oubliées de la population à travers leurs actions caritatives.

 » Dans ces sociétés qui s’islamisent, trois grandes questions se posent : que vont devenir les libéraux et les laïcs ? Que vont devenir les femmes, qui pour la première fois avaient une présence importante dans les mouvements de protestation ? Est-ce que le souhait de parité formulé auparavant va être maintenu ? Et enfin, que vont devenir les chrétiens ?

« Une attention particulière doit être portée à la Syrie, au Maroc, à l’Algérie »

 » Dans ce contexte volatile et préoccupant, l’attention doit être portée sur trois pays : le Maroc, l’Algérie et la Syrie. Un mouvement citoyen qui veut amoindrir le pouvoir du roi prend forme au Maroc. D’ailleurs, le référendum constitutionnel, (ndlr : visant à renforcer les pouvoirs du premier ministre et du Parlement tout en préservant les pouvoirs politique et religieux du roi) a été massivement approuvé en juillet dernier.

 » L’Algérie, quant à elle, est encerclée par l’islamisme, au Maroc et en Tunisie, mais ne bouge pas alors qu’elle est le pays du Maghreb où la situation sociale est la plus catastrophique. Cet immobilisme peut se justifier par une grande lucidité des Algériens. En effet, depuis janvier 2011 le gouvernement saupoudre des aides sociales après chaque revendication, sans pour autant proposer un changement structurel. Les Algériens veulent profiter de ces rares aides. Par ailleurs, ils savent qu’il ne suffit pas de crier « dégage ! » au régime en place pour le faire tomber. Ce dernier est tenu par une armée qui a la mainmise sur l’économie du pays. Les Algériens refusent d’aboutir au même scénario qu’en Égypte, où l’armée au pouvoir n’a en rien changé la situation. Ils sont donc dans l’attentisme.

 » En Syrie, la situation est extrêmement préoccupante. La minorité au pouvoir ne cède pas et mène une politique jusqu’au-boutiste inquiétante. Par ailleurs, la seule opposition existante a été montée de toute pièce et inclue déjà des islamistes.

« Les révolutions arabes signent la fin de la domination occidentale »

 » Le printemps arabe redistribue également les cartes au niveau international. Quelle sera la nature des relations entre la France et la Tunisie ? Les nouveaux dirigeants n’ont pas été formés en France, comme Bourguiba ou Ben Ali. Mais surtout, ces nouveaux dirigeants gardent en mémoire le soutien de la France à des dictatures qui les ont opprimés pendant des années.

 » La communauté internationale est impuissante face à la situation en Syrie. Autant, elle a vite réagi à la situation en Libye, autant elle est muselée devant celle de la Syrie. La Russie, alliée traditionnelle de Damas, exclut toute négociation pour un plan de sortie de crise. De même que la Chine, que les soulèvements arabes inquiètent. Israël, qui a eu une réaction antagoniste à l’égard de ces révolutions, se trouve isolé. Il a perdu deux alliés majeurs, l’Égypte et la Turquie.

 » Les révolutions arabes ont accouché d’un islamisme politique. Elles signent la fin de l’indépendance et de la domination occidentale. Elles bousculent les équilibres établis et redistribuent les cartes. Cette reprise en main de l’Histoire par les peuples arabes ne s’arrêtera pas. Même si l’Occident détourne son attention sur un autre problème, comme cela pourra être le cas concernant l’Iran. Ce n’est pas notre focalisation qui déterminera le destin des ces peuples qui n’ont jamais pris la parole. »

© PhotoPQR/La Dépêche du Midi/Frédéric Charmeux/Maxppp
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