Saint-Béat : après l’urgence, l’aide au développement

Publié le 10/04/2014
Haute-Garonne
Saint-Béat
 

Fin janvier, la Garonne a de nouveau menacé le village de Saint-Béat situé en Haute-Garonne, gravement éprouvé par la crue du 18 juin dernier. Depuis huit mois, le Secours Catholique est sur place.

Janvier 2014. Sur le trottoir étroit qui borde la rue principale de Saint-Béat (Haute-Garonne), Bertrand Ricard, bénévole au Secours Catholique, retrouve Michel Weistroffer devant son ancienne boucherie. Il est accompagné d’Edyta Matejko, recrutée par la mairie pour coordonner les secours après les inondations d’il y a huit mois.

Sur le mur, à l’intérieur de l’échoppe, un trait noir tracé au marker indique 2,15 m, le niveau de la crue du 18 juin dernier.

Le magasin a été nettoyé mais « l’eau remonte par capillarité quand il pleut, explique le boucher-traiteur. Je ne peux plus payer le loyer. Alors j’envisage de me reconvertir en rôtisseur ambulant ». La mairie accorde des aides à ceux qui veulent remonter leur boutique. Mais sans boutique, Michel Weistroffer n’y aura pas droit.

« L’aide du Secours Catholique est destinée à faciliter la reprise des activités professionnelles, mais n’est pas conditionnée, elle, par la réouverture du magasin sur les lieux mêmes où il se trouvait avant le sinistre, précise Bertrand. Nous voulons empêcher la mort de l’économie locale en soutenant tous les commerçants qui ont été sinistrés. »

 

Déserts

À l’exception d’un estaminet qui vend aussi du vin et des produits du terroir (rouvert trois semaines après l’inondation pour accueillir le Tour de France), tous les autres commerces implantés sur l’artère principale sont fermés. Le gérant du bureau de tabac est parti se reconvertir au métier de chaudronnier. La banque qui vient juste d’installer un nouveau distributeur reste close. Les deux campings, moteurs économiques du village, sont déserts. Le camping public sera déplacé sur les flancs de la montagne. Quant au camping privé, des problèmes pratiques et juridico-administratifs restent à régler avant la reprise d’exploitation sur place ou ailleurs.

La catastrophe a coïncidé avec le début de la saison estivale.

L’équipe des urgences du Secours Catholique, composée de cinq personnes début juillet, s’était rapidement renforcée d’une centaine d’autres bénévoles et de personnes accueillies de Haute Garonne et des départements voisins. Une aide efficace qui fut aussi un soutien moral pour tous ceux dont les biens avaient été détruits.

Après le départ des premiers urgentistes, Bertrand Ricard a pris le relais. Habitant à Montespan, à une heure de route de Saint-Béat, son rôle est d’assurer une permanence tous les jeudis dans cette partie française du val d’Aran. Juriste de formation, il conseille, explique les clauses de contrats d’assurance, écoute et propose des solutions.

 

Devis

À Fos, dernier village avant la frontière espagnole, Bertrand a rendez-vous ce dernier jeudi de janvier avec Eugenio Hernandez, jeune Espagnol, marié et père de deux enfants en bas âge. « Nous avions acheté la maison il y a cinq ans et nous venions juste de terminer les travaux, explique Eugenio, quand la Garonne est venue détruire tout le rez-de-chaussée. » Depuis, le ménage loue un appartement dans le haut de Fos. Il est en difficulté financière car Eugenio a cessé son travail pour se consacrer à plein temps à la réhabilitation de leur maison.

Mais les assurances attendent les conclusions de l’expert. Et l’expert refuse les devis présentés par Eugenio. « Certains experts profitent de la faiblesse psychologique des personnes sinistrées » , renchérit Bertrand, outré que ce couple n’ait pas encore été indemnisé.

Dorénavant, je suggèrerai d’être présent quand les experts viendront estimer les dégâts.

Eugénio, sinistré.

 

Dossiers

Pour aider au redémarrage de l’économie, le Secours Catholique a confié à Bertrand, en lien avec la délégation Ariège-Haute Garonne, l’utilisation d’une enveloppe de 50 000 euros, spécialement débloquée pour venir en aide à tous les commerçants sinistrés. Car la survie du village, dont la population s’érode depuis le 19e siècle (de 1 500 en 1850, elle est aujourd’hui en deçà de 400), dépend désormais de sa quinzaine de commerces.

Jusqu’ici, le Secours Catholique a apporté une aide matérielle à 90 particuliers pour un montant avoisinant les 35 000 euros ; 330 dossiers de particuliers et deux dossiers d’entreprises ont été instruits ; et 92 autres (particuliers et entreprises) sont en cours d’étude.

Fin février, la mairie mettra des locaux quasiment neufs à la disposition des bénévoles du Secours Catholique qui, par ailleurs, ayant décelé un besoin aigu d’accompagnement social dans le val d’Aran, sont sur le point de créer une équipe locale.

Jacques Duffaut
Crédits photos: ©Élodie Perriot/Secours Catholique
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