Soudan : une deuxième chance pour choisir la paix

Publié le 06/07/2012
Soudan
 

Un an après leur scission effective, le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud et le Soudan du Nord n’ont toujours pas réussi à vivre en paix. Des conflits meurtriers ont été ravivés dans la zone frontalière entre les deux pays. Le Secours Catholique soutient une campagne internationale pour la paix aux deux Soudan.

Le Soudan du Sud, parti de quasiment zéro en proclamant son indépendance le 9 juillet 2011, a connu une première année d’existence difficile, marquée par un conflit ouvert avec le nord et l’arrêt de sa production de pétrole qui l’a privé de 98% de ses revenus.

L’euphorie a laissé place à la dure réalité. Le Soudan du Sud reste un des pays les plus pauvres du monde où tout reste à construire.

« Nous n’avons pas satisfait les attentes de la population au cours de l’année, en raison des difficultés (...) imprévues que nous avons rencontrées », a déclaré le vice-président sud-soudanais Riek Machar, en référence au conflit pétrolier avec le Soudan voisin.

Après un an d’indépendance, « le bilan est triste », constate un diplomate occidental ayant requis l’anonymat, « il y a des progrès, mais ils ne vont pas assez vite » notamment parce que le gouvernement de Juba est « encore en guerre » plus ou moins larvée avec Khartoum et « désorganisé ».

« Les institutions n’ont pas réellement décollé, en premier lieu le Parlement (...) l’administration ne fonctionne pas comme elle devrait et la corruption continue d’être un problème majeur », admet Alfred Lokuji, doyen de la Faculté des études rurales et communautaires à l’Université de Juba.

George Conway, directeur pays du PNUD, rappelle que « construire un État n’est jamais facile, surtout quand vous regardez le Soudan du Sud, qui sort de la plus long guerre civile en Afrique et a une base de compétences faible comme nulle part ailleurs sur le continent ».

Les pires statistiques en matière de développement

Le Soudan du Sud, qui a gagné son indépendance au prix de millions de morts durant près de 50 ans de deux guerres civiles contre le régime de Khartoum, continue d’afficher les pires statistiques en matière de développement au monde.

La population adulte est illettrée à 73%, le taux de scolarisation dans le secondaire est d’à peine 6%. Une Sud-Soudanaise a statistiquement plus de chances de mourir en couches que de terminer des études secondaires.

Le pays est toujours privé de routes. À Juba, la capitale, l’électricité provient essentiellement de générateurs et l’hôpital manque de personnel, de médicaments et de lits. De nombreux patients dorment par terre, dans des salles où règnent une chaleur étouffante empreinte d’une odeur âcre de salpêtre.

La reprise des tensions avec Khartoum, quelques mois après l’indépendance, a été marquée par l’arrêt depuis janvier par Juba de sa production de pétrole et en mars-avril par des combats d’une ampleur inégalée depuis la partition.

« L’impact (de l’arrêt de la production de brut) va se faire sentir sur des générations » et pourrait annihiler les succès constatés en matière de scolarisation et de baisse de la mortalité infantile, selon M. Conway.

Budget en baisse de 40%

Le gouvernement a d’ores et déjà opéré des coupes franches dans le nouveau budget 2012-2013, en baisse de 40% par rapport à l’année précédente. Seul secteur épargné, l’armée qui absorbe, selon M.Lokuji, environ 50% du budget, au détriment des secteurs éducatifs et hospitaliers, notamment.

Les autorités de Juba se veulent rassurantes, malgré les inquiétudes sur la survie à terme de l’économie sud-soudanaise et réclament des prêts à leurs partenaires internationaux. Mais les bailleurs ne décolèrent pas de ne pas avoir été consultés avant la fermeture des robinets de brut.

Et la population subit désormais une inflation galopante, notamment celle des prix des denrées alimentaires, faisant craindre une grave crise.

Dernier défi et non des moindres : construire une nation, dans un pays longtemps uni autour de la lutte pour l’indépendance, mais où se sont multipliées l’an dernier des violences tribales très meurtrières, notamment dans l’État du Jonglei, un des plus défavorisés.

Espoir de négociations

Le Soudan et le Soudan du Sud ont repris jeudi 5 juillet à Addis Abeba leurs négociations pour résoudre les différends.

Entamées dans la foulée de l’indépendance de Juba le 9 juillet, elles visent notamment à arrêter la frontière commune et le partage de la manne pétrolière.

Le Soudan du Sud a hérité des trois-quarts des réserves de brut du Soudan d’avant partition mais reste tributaire du Nord pour l’exporter. Or, les deux voisins ne s’entendent pas sur les droits de passage.

La représentante spéciale de l’ONU pour le Soudan du Sud, Hilde Johnson, s’est dite confiante de voir les négociations porter rapidement leur fruits. L’ONU a donné jusqu’au 2 août à Juba et Khartoum pour régler leurs différends.

Des combats font toujours rage

Des combats entre rebelles et l’armée soudanaise faisaient rage mardi 3 juillet dans l’État du Nil Bleu, dans le sud-est du Soudan, selon une source rebelle.

L’accès au Nil-Bleu, secoué par des affrontements depuis septembre 2011, est fortement limité, rendant difficile toute vérification de ces informations de source indépendante.

La responsable des opérations humanitaires de l’ONU, Valerie Amos, s’était dite la semaine dernière « profondément inquiète de la dégradation de la situation humanitaire » au Nil Bleu et au Kordofan-sud, où des combats font également rage entre rebelles et armée depuis juin 2011.

Des centaines de milliers de personnes restent piégées dans la zone des conflits avec un accès limité à l’eau et aux services médicaux. Le Secours Catholique soutient d’ailleurs des programmes d’assistance aux victimes mis en œuvre par des Caritas partenaires.

Plus de 200 000 habitants de ces régions se sont déjà réfugiés au Soudan du Sud et en Éthiopie, et des milliers d’autres tentent de faire de même chaque jour.

Depuis l’indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011, Khartoum cherche à affirmer son contrôle sur le Nil Bleu et le Kordofan-Sud, deux régions frontalières du Sud dont une partie de la population a combattu au côté des Sudistes pendant la guerre civile Nord/Sud (1983-2005).

Dans ce contexte extrêmement préoccupant, le Secours Catholique soutient une campagne collective internationale, associant plusieurs ONG, intitulée : “We choose peace,” traduite par : “choisissons la paix”. Cette démarche de la société civile en appelle à la communauté internationale pour promouvoir la résolution du conflit. Vous pouvez vous aussi y participer en vous connectant sur : www.wechoosepeace.org

 

(Avec AFP)
©James Keogh/Wostok Press/Maxppp
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