Traite des êtres humains : « Il faut plus de moyens pour lutter »

Publié le 20/04/2015
France
Traite des êtres humains : « Il faut plus de moyens pour lutter »
 

Éric Panloup coordonne depuis mai 2014 le premier plan d’action de lutte contre la traite des êtres humains (2014-2016) au sein de la Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof). Il fait un point sur la situation.

Peut-on prévoir que les objectifs fixés par le plan national seront atteints en 2016 ?

La création de la Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof) et le lancement du plan d’action national ont déjà eu pour effet positif de porter sur le devant de la scène la problématique de la traite des êtres humains. De plus, les objectifs de formation des acteurs institutionnels seront atteints. Il existe d’ores et déjà de leur part une réelle prise de conscience du problème. Par exemple, les magistrats recourent davantage à la qualification de traite des êtres humains et des circulaires ministérielles ont été établies pour faciliter cette lutte.

Cependant le plan d’action national n’atteindra tous ses objectifs que par la mise en place d’un budget adapté. La difficulté des victimes à obtenir un titre de séjour, soit parce qu’elles ne possèdent plus de document d’identité, soit parce qu’elles ne sont pas identifiées comme victimes est un frein. Pour les personnes reconnues victimes d’exploitation sexuelle, l’accès au séjour est plutôt bien formalisé dès lors qu’une enquête est diligentée par la police ou la gendarmerie et que la personne coopère.

En revanche, une personne qui est soumise à un travail forcé aura plus de mal à faire valoir son droit. La reconnaissance de la traite des êtres humains aux fins de travail forcé est assez récente et ce dernier est souvent perçu comme du travail dissimulé.

Quant à la traite des mineurs, elle est souvent liée à la délinquance forcée rendant difficile leur reconnaissance comme victimes.

Ce plan d’action va-t-il faciliter le démantèlement d’un plus grand nombre de réseaux de trafic humain ?

Non. Cela dépend surtout d’une volonté politique d’affecter plus de personnel dans les services d’enquête qui agissent contre la traite. Or ceux-ci, qui travaillent déjà très efficacement au démantèlement de ces réseaux mafieux connaissent un manque cruel d’effectifs.

Le plan a-t-il renforcé les liens entre la société civile et l’État ?

Il améliore la coopération et la coordination entre la société civile et les institutions. Mais les associations, très engagées, se battent toujours avec aussi peu de moyens.

Pour quelles raisons votre mission dépend-t-elle du seul ministère des femmes alors que des hommes et des enfants sont aussi victimes de traite des êtres humains ?

Parce qu’en 2012, c’est la ministre des Droits des femmes qui s’est emparée de la question pour mettre un terme à l’exploitation de la prostitution qui est liée à la traite des êtres humains.

Comment la France lutte-t-elle contre le trafic humain au niveau mondial ?

Elle occupe une position de leader dans ce domaine. Depuis plusieurs années, le ministère des Affaires étrangères (MAE) rappelle au sein de nombreuses instances internationales que cette problématique est une urgence.

La France est également chef de file sur ces questions au sein de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et est l’un des piliers du fonds pour les victimes de l’Office des Nations unies contre la drogue et la criminalité (ONUDC). Elle a par ailleurs créé des postes de conseillers régionaux en Europe du Sud et dans le golfe de Guinée.

Clémence Véran-Richard
Crédits photos : ©Secours Catholique
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