Traite des êtres humains : mobilisé pour sortir les mineurs de l’errance

Publié le 01/01/2015
Montreuil (93)
 

À l’occasion de la Journée mondiale de la paix 2015, le pape François appelle à se mobiliser contre l’esclavage moderne. Le Secours Catholique-Caritas France est engagé en France comme à l’international pour combattre le fléau de la traite des êtres humains. En France, il soutient notamment l’association Hors la rue qui intervient en région parisienne auprès des mineurs étrangers vulnérables victimes de traite. Reportage.

La journée commence par un petit déjeuner pris à la grande table de la salle commune, au centre d’accueil de jour de l’association situé à Montreuil. Autour d’un café pour les uns et d’un bol de lait pour les autres, les éducateurs évoquent avec les jeunes le programme de la journée.

Une sortie à la piscine est prévue l’après-midi. « Qui sait nager ? », sonde Carine Estager, la “maîtresse de maison” du jour, en charge d’organiser repas, courses, douches et lessives éventuelles. Les adolescents qui l’entourent sont Maliens, Pakistanais, Roumains et parlent un français très approximatif. Pour être comprise de tous, il lui faut mimer la brasse. Les premiers rires fusent.

Mineurs isolés extra-européens ou – en grande majorité – jeunes Roumains en situation d’errance, les garçons et les filles accompagnés par Hors la rue ont tous une histoire, passée et présente, difficile. Ils dorment dans la rue, en foyers, en hôtels ou dans des bidonvilles. Certains doivent voler, mendier et même se prostituer pour survivre ou satisfaire aux exigences d’un réseau ou de leur famille.

Des victimes, non des délinquants

« Notre mission principale est de repérer ces mineurs très vulnérables. Les jeunes Roumains pouvant appartenir à des communautés roms, forcés à commettre des délits mais souvent peu demandeurs de protection, nous souhaitons absolument les faire reconnaître comme victimes et non comme délinquants », explique Guillaume Lardanchet, le directeur de la structure.

Des équipes mobiles vont à leur rencontre dans la rue. « Nous nous présentons à eux comme des adultes bienveillants, leur proposons de faire connaissance autour d’un verre ou d’une partie de billard. Petit à petit, une relation se crée, raconte Carine Estager. Il faut faire en sorte que leur parole et leurs désirs émergent, ce qui est compliqué dans leur situation de grande précarité. »

Les volontaires viennent alors au centre de jour pour suivre des cours de français, d’éducation à la santé, prendre un repas chaud, participer à des activités sportives et culturelles et bénéficier d’un soutien administratif et psychologique.

Ahmad, 17 ans, a fui la misère et le Pakistan. Il est arrivé en France il y a quelques mois au terme d’un long périple à travers l’Europe. Hors la rue l’aide à faire valoir ses droits auprès des services de protection de l’enfance. « Je suis très content de venir ici, tout le monde est gentil, je me sens moins seul. Et je rigole bien avec mon éducatrice », témoigne le jeune homme qui espère entrer au lycée en septembre.

Un apprentissage mutuel

Alina, une jeune Roumaine de 17 ans, vive et un brin espiègle, pendue à son téléphone portable, a été approchée lors d’une maraude. « C’est bien ici, j’apprends à parler le français, à lire et écrire. »

Au moment de préparer le repas, chacun met la main à la pâte, avec plus ou moins de discipline. Florin et Claudiu, deux jeunes Roumains turbulents arrivés en cours de matinée, se font gentiment rappeler à l’ordre. Ils doivent se tenir bien, s’ils veulent aller à la piscine.

« Ces enfants livrés à eux-mêmes manquent de repères dans le temps et l’espace et ne connaissent pas le respect des règles, explique l’éducatrice. Il faut lever les incompréhensions. C’est un apprentissage mutuel de longue haleine. » L’an dernier, l’association a sorti de la rue 36 jeunes et permis à 8 d’entre eux d’être scolarisés.

 


« Non plus esclaves, mais frères »

Dans le message délivré à l’occasion de la Journée de la paix, le 1er janvier, le pape François demande l’engagement de tous pour vaincre l’esclavage. Aux États de veiller à ce que « leurs propres législations nationales sur les migrations, le travail… soient réellement respectueuses de la dignité de la personne ». Aux entreprises de « garantir à leurs employés des conditions de travail dignes et des salaires convenables ». Aux consommateurs « d’avoir conscience qu’acheter est non seulement un acte économique mais toujours aussi un acte moral ».

Face à ce phénomène mondial l’indifférence n’est plus possible. « Je lance un appel pressant à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté et à tous ceux qui, aux plus hauts niveaux des institutions, sont témoins du fléau de l’esclavage contemporain, à ne pas détourner le regard face aux souffrances de leurs frères et sœurs privés de la liberté et de la dignité ».



 

 
Clarisse Briot
Crédits photos : ©Clarisse Briot
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