Urgences : « Ne pas envoyer les gens au casse-pipe »

Publié le 23/04/2014
Val-d'Oise
Urgences : « Ne pas envoyer les gens au casse-pipe »
 

Pierre Gobled est depuis trois ans le responsable de l’équipe urgences du Secours Catholique du Val-d’Oise. Il est également en charge des journées de formation aux urgences sur l’Île-de-France. Rencontre.

En quoi consiste votre travail de responsable bénévole des urgences au niveau régional ?

Je forme et sensibilise aux problématiques d’urgence les bénévoles des délégations du Secours Catholique en Île-de-France. Notre équipe créé également des liens avec des structures existantes, par exemple avec les scouts du Val-d’Oise. Nous savons que nous pourrons les solliciter pour prendre les serpillères et éponger les caves si jamais une inondation survenait dans le département.

Dans le Val d’Oise, il y a plusieurs types de risques naturels potentiels à cause des cours d’eau. Il y a aussi des risques industriels possibles, avec une dizaine de sites sensibles, dont quatre de type SEVESO. Nous avons 41 bénévoles opérationnels en cas de catastrophe dont un nombre important de retraités.

L’objectif, c’est que l’équipe urgences soit toujours prête à intervenir. Mais il n’y a pas des catastrophes tous les quatre matins – et heureusement. Pour que les bénévoles n’oublient pas ce qui leur a été enseigné lors des formations, nous organisons des réunions régulièrement.

J’ai moi-même toujours à portée de main un équipement pour tenir trois semaines : vêtements, chaussures de marche... Cela me permet de faire de la reconnaissance de terrain une fois sur le théâtre de la catastrophe.

D’où vous vient cette vocation pour les problématiques d’urgence ?

Avant ma retraite anticipée, j’étais cadre à EDF. J’encadrais des forces d’intervention rapides qui représentaient 450 personnes. On intervenait n’importe où en cas de sinistres, n’importe quand, dans n’importe quelles conditions climatiques : Guadeloupe, Pyrénées.... On allait partout où il y avait de la casse.

Sur toute ma carrière, je n’ai pas passé dix Noëls à la maison. Je travaillais week-ends comme vacances. J’ai toujours dormi avec des radios et des téléphones à portée de main. J’en avais cinq à la maison : un directement connecté aux pompiers, un autre en ligne directe avec notre centre d’opérations… J’ai parfois dû prendre des décisions à distance. À la moindre mauvaise décision, il y avait des risques d’explosion dans certaines maisons.

Lorsque j’ai pris ma retraite, je me suis dit que je passerais les années en bonne santé qu’il me reste au service des autres. Je suis alors entré en contact avec le Secours Catholique.

Que vous a apporté votre ancien métier ?

Mon expérience me sert lorsque je monte un poste de coordination pour le Secours Catholique, comme je l’ai fait l’été dernier à Luz-Saint-Sauveur, pendant les inondations. Je pense toujours à la sécurité des bénévoles sur place. À Luz-Saint Sauveur, je leur ai interdit l’accès à un village reculé et sinistré parce que les voies d’accès étaient trop dangereuses. Nous avons finalement négocié avec les pompiers. Ils nous ont fourni un 4x4 pour nous y rendre.

Il ne faut pas envoyer les gens au casse-pipe. J’ai été moi-même formé pour, je suis intransigeant sur ce plan. Cela se retrouve dans l’éducation de mes quatre enfants, qui ont tous été formés aux premiers secours.

Pierre Wolf-Mandroux
Crédits photos: © Lionel Charrier-Myop/Secours Catholique
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