Venezuela : urgence malnutrition

Publié le 28/08/2017
Venezuela
© Caritas Internationalis
 

Selon une enquête publiée en 2016 par les trois principales universités du pays, huit Vénézuéliens sur dix sont pauvres. Parmi eux, les enfants sont particulièrement touchés souffrant de malnutrition. Des milliers d'habitants, fuyant la violence comme le dénuement, se réfugient en Colombie.  

Suzanne Tkalec s’inquiète : « La majorité des habitants ne mangent pas suffisamment aujourd’hui au Venezuela ! ». De retour d’une mission au cœur du pays, la directrice humanitaire de Caritas Internationalis a pu constater la situation de grand dénuement de la population : « Les aliments sont disponibles dans les magasins mais la plupart à des prix exorbitants. Le pays ne produit que 30 % de la nourriture nécessaire et n’a plus d’argent pour en importer ».

Beaucoup de familles au bord du précipice n’ont pas accès au panier alimentaire officiellement distribué chaque mois aux habitants des quartiers populaires par le Conseil local d’approvisionnement et de production (CLAP). Cette malnutrition touche de plus en plus les enfants, et en particulier ceux âgés de moins de cinq ans.

« Dans les quatre régions où Caritas Venezuela a enquêté le taux de malnutrition est passé de 8,7 % en novembre 2016 à 11, 4 % en mai 2017, s’alarme Pablo Haro Perez, du pôle Urgences internationales du Secours Catholique (cf encadré). Elle va continuer à augmenter : elle pourrait atteindre le seuil d’urgence de 15 % en décembre. Selon Caritas, 45 % des malnutris ont moins de deux ans ».

La tension liée à cette urgence atteint un niveau insupportable pour les mères ne pouvant pas allaiter et qui n’ont plus accès au lait maternisé.

 
Venezuela : urgence malnutrition
Les habitants de Caracas s'organisent pour distrinuer des "paniers repas" maison par maison.
 

Le pays est confronté à une crise politique, économique et sociale de grande ampleur. La plupart des clignotants socioéconomiques sont aujourd’hui au rouge. L’inflation, surtout, donne le vertige : 600 %  en 2016, sans doute 720 % en 2017, selon le FMI.

Dans cette situation, la santé de la population décline. À commencer, précisément, par celle des enfants. La mortalité post-néonatale (enfants entre un et douze mois) a triplé en 2017.
 

La mortalité post-néonatale a triplé en 2017


Faute de vaccins, le nombre de malades atteints de paludisme ou de diphtérie s’accroît. Les cas de diabète ont, eux, augmenté de 95 %, les personnes atteintes d’hypertension de 92 % en raison de la pénurie de médicaments. Quelque 114 000 Vénézuéliens vivant avec le VIH/Sida n’ont pas accès aux antirétroviraux.

Au total, seulement 38 % des médicaments de base figurant sur la liste de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sont disponibles en pharmacie et 30 % des médicaments permettant de traiter les maladies infectieuses le sont dans les hôpitaux publics, rapporte Medicos por la Salud, une ONG médicale locale qui travaille avec Caritas Venezuela. 

Face à la pauvreté et à l’insécurité chronique, beaucoup de familles se réfugient en Colombie « où ils vivent  dans le dénuement, alerte Suzanna Tkalec. Selon des sources gouvernementales, 60 000 personnes environ franchissent chaque jour la frontière. Nous nous inquiétons des conditions de vie et de l’insécurité que subissent dans ce pays les femmes et les enfants non accompagnés : les premières pourraient être contraintes de se prostituer, les seconds enrôlés dans des groupes armés ».
 

Quelque 60 000 personnes se réfugient chaque jour en Colombie


Au cœur du chaos, Caritas Venezuela fait front. Avec d’autres organisations, elle orchestre la solidarité dans le pays. Dans les États Vagas, Zulia, Merida et District Capitale, a distribué durant un an auprès de dizaines de milliers de personnes, repas, kits d’hygiène et filtres d’eau. Des jounées de prise en charge de soin ont été également mises en place.

Le partenaire du Secours Catholique va déployer un projet similaire de septembre 2017 à août 2018, dans les Etats Vargas, Zulia, Carobobo et Lara. Des journées permettant un check-up nutritionnel, comportant des mesures anthropométriques des enfants de moins de cinq ans, des femmes enceintes et allaitantes, sont prévues.

Des centaines d’enfants souffrant d’une malnutrition légère ou modérée recevront des compléments alimentaires ; à ceux victimes d’une malnutrition sévère - qui n’ont pas de complications cliniques - seront donnés en plus des aliments thérapeutiques. 

 

729 enfants sortis de la malnutrition dans quatre États

Le projet, porté par la Caritas Venezuela avec l’aide du Secours Catholique-Caritas France et financé par l’Office d’aide humanitaire de l’Union européenne (ECHO) et la Coopération suisse, a été mis en place entre septembre 2016 et août 2017 dans quatre États (Vagas, Zulia, Mérida, et District capitale). Des équipes « sentinelles », déployées dans 29 paroisses catholiques, ont organisé un système d’alerte précoce de la malnutrition infantile et de suivi de l’état de santé des enfants. 1620 enfants fragiles ou malnutris ont été détectés et ont reçu les compléments alimentaires indispensables. 729 d’entre eux se sont rétablis. Les données collectées ont permis de rendre public l’augmentation de la malnutrition sévère (1) dans les quatre États.

1 - Elle se traduit par une perte de poids très important.

Yves Casalis
Crédits Photos : © Caritas Internationalis / © Xinhua News Agency / MaxPPP
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