À Taizé, dialoguer en vérité

Publié le 02/08/2017
Taizé
À Taizé, dialoguer en vérité
 

Le premier rassemblement d’amitié islamo-chrétienne organisé par la communauté œcuménique de Taizé a réuni en mai dernier plus de 250 jeunes durant quatre jours, parmi eux un groupe du Secours Catholique venu vivre la rencontre.

Des scouts chrétiens et musulmans, des lycéens et des étudiants français et étrangers, des réfugiés de toutes nationalités…

Pour ce premier week-end d’amitié islamo-chrétienne, la communauté œcuménique de Taizé, en Saône-et-Loire, a réuni dans une atmosphère joyeuse et fraternelle des jeunes d’horizons divers mus par une même volonté : dialoguer en vérité.

Parmi eux, le Secours Catholique était largement représenté. La délégation de Lyon, notamment, avait amené une vingtaine de personnes, salariés, bénévoles, personnes accueillies et migrants, de tous âges, origines et religions.

 

Chrétiens et musulmans, nous partageons des valeurs communes, et en premier lieu la solidarité.

Thomas Lopvip, responsable d’animation au Secours Catholique du Rhône

« L’objectif est de vivre un moment de partage fort, comme une introduction à notre université d’été de Saint Malo », confie Thomas Lopvip, responsable d’animation au Secours Catholique du Rhône.

« Chrétiens et musulmans, nous partageons des valeurs communes, et en premier lieu la solidarité. Le dialogue interreligieux est une thématique qui prend de plus en plus d’importance. Les jeunes générations ont sans doute davantage conscience du rôle qu’elles ont à jouer. Nous, Secours Catholique, voulons être des témoins de cette fraternité et de ce vivre-ensemble. »

Parmi ceux qui ont accepté de participer sans hésiter, Omar, 23 ans. Ce jeune Guinéen à la carrure imposante et au regard franc est arrivé en France en mars 2013 dans l’espoir d’y obtenir l’asile. La préfecture l’a dirigé vers le Secours Catholique, qui l’a aidé dans ses nombreuses démarches administratives et lui a permis de nouer des contacts, de créer des amitiés.

Depuis, il n’a jamais cessé d’entretenir le lien avec l’association. Le jeune homme a participé à des ateliers de peinture, puis il a eu l’idée de monter lui-même une équipe de football composée de demandeurs d’asile de toutes les nationalités.

Deux fois par semaine, ils se retrouvent sur le terrain pour se dépenser et combler ce besoin immense d’“oublier leurs soucis”. Autant de moments de partage, de rencontre et de découverte qui ont redonné confiance à Omar, malgré les difficultés. « La cohésion et l’entente, ça fait du bien », témoigne-t-il.

 

Découvrir les religions, m’ouvrir aux autres, me permet de me connaître mieux moi-même. Ça me donne un sentiment de réconfort.

 

Fanny, elle, a 18 ans et elle est athée. Étudiante, elle donne depuis plusieurs mois une partie de son temps libre au Secours Catholique avant, espère-t-elle, de pouvoir transformer cet engagement en métier.

À Taizé, la jeune fille timide est curieuse d’engager un dialogue qu’elle n’aurait peut-être pas osé avoir dans la vie de tous les jours. « Découvrir les religions, m’ouvrir aux autres, dit-elle, me permet de me connaître mieux moi-même. Ça me donne un sentiment de réconfort. »

Car en ces temps troublés de repli identitaire et de violences commises au nom de la foi, chacun est convaincu de la nécessité d’arriver à dépasser ses craintes et ses a priori.

Démonter les idées fausses

« La paix est un travail de tous les jours, un travail sur soi d’abord », insiste Ralph Stehly, professeur d’histoire des religions, venu s’exprimer devant un auditoire nombreux et attentif sur le thème “Goûter au goût de Dieu chez l’autre”.

« Quand j’étais jeune et que j’ai commencé, un peu par hasard, à m’intéresser à l’Islam, je me suis heurté à une “conspiration du silence” », raconte-t-il.

Aujourd’hui, cet islamologue passionné veut balayer les idées fausses : « Le Coran et la Sunna n’ont rien d’une loi : ils ne contiennent que 200 à 300 versets juridiques. Pour le reste, ils délivrent un message de sagesse : nous sommes une famille planétaire, nos différences sont des richesses. La discussion interreligieuse fait partie du message fondamental du Coran. C’est une parole de respect et d’affection. »

 

Le dialogue interreligieux n’a de sens que dans la spiritualité. Quand les religions sont enseignées comme des cultures, on passe à côté de l’essentiel.

Khaled Roumo, poète et essayiste musulman

En miroir à ce témoignage, Khaled Roumo, poète et essayiste musulman à l’initiative du rassemblement, a évoqué à son tour sa foi en Dieu et sa rencontre avec le christianisme.

« Le dialogue interreligieux n’a de sens que dans la spiritualité, a-t-il déclaré. Quand les religions sont enseignées comme des cultures, on passe à côté de l’essentiel. Le christianisme devient alors un ensemble de monuments auquel il manque quelque chose. »

Khaled Roumo croit en la force des nouvelles générations : « À nous de forger, de fortifier la réalité du partage. Des générations de juifs, de musulmans et de chrétiens œuvrent déjà en ce sens. »

Entre deux ateliers, conférences et moments de prière, de petits groupes de jeunes se forment autour d’un thé et les discussions s’engagent, entre rires et gravité. Preuve que le dialogue et la paix peuvent être une réalité.

Marina Bello
Crédits photos : ©Christophe Hargoues / Secours Catholique
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