Accueil des migrants : « Si vous en avez envie, il faut y aller »

Accueil des migrants : « Si vous en avez envie, il faut y aller »

Publié le 23/10/2016
France
 

Dans le cadre du démantèlement du bidonville de Calais, les équipes du Secours Catholique se mobilisent partout en France pour accueillir les migrants. Avec pour mot d'ordre : favoriser la rencontre et le vivre-ensemble.

À partir de lundi 24 octobre, à la suite du démantèlement du bidonville de Calais, de nombreuses communes partout en France s’apprêtent à recevoir des personnes migrantes. Dans beaucoup d'entre elles, les bénévoles du Secours Catholique devraient participer à l'accueil.

« Il n’y a pas de réticence de la part de nos équipes locales, rapporte Franck Ozouf, chargé de mission Migrants au Secours Catholique pour la Bretagne et les Pays de la Loire. L’appréhension est plutôt d’ordre logistique. »

« Qu’est-ce qu’il faut qu’on fasse ? » « Qu’est-ce qu’on attend de nous ? » « Est-ce qu’on va savoir faire ? » Depuis quelques semaines, ces questions lui sont fréquemment posées.

Animés par une envie d’agir ou sollicités par les élus locaux, « les bénévoles ont parfois l’impression que ça débarque et que rien n’est préparé, constate Franck. Dans ce cas, c’est un peu la panique à bord. »

Le chargé de mission tient à rassurer : « Je leur dis : "Personne ne va se retrouver sur le trottoir, les besoins vitaux seront de toute façon assurés. Si vous en avez envie, il faut y aller. Mais vous avez le temps de vous y préparer". »
 

Faire tout simplement ce qu’on a l’habitude de faire.

Vanessa Sychowicz.

En Gironde, le bureau Migrants, animé par Vanessa Sychowicz, délivre le même message.

« Même si nous ne sommes pas forcément des pros sur le sujet, nous pouvons faire notre part en étant complémentaires des autres associations, explique la jeune femme. Nous conseillons aux équipes locales de faire tout simplement ce qu’elles ont l’habitude de faire. En premier lieu : rencontrer les personnes, les écouter, leur proposer de les revoir dans des moments de convivialité, leur faire découvrir la commune, leur faire rencontrer du monde. »

En charge de la question au niveau national, Claire Sabah insiste sur l’importance d’intégrer les migrants dans les activités proposées localement par l’association. Le but : éviter qu’ils restent entre eux, cantonnés à ne rien faire dans les centres d’accueil et d’orientation (CAO).

« C’est important pour les personnes migrantes qui vivent généralement mal l’isolement et l’oisiveté. C’est aussi important pour créer des ponts avec les autres habitants et éviter le rejet de la population. »

 
Accueil des migrants : « Si vous en avez envie, il faut y aller »
Photo prise en septembre 2015 au centre d'accueil de Cergy (Val-d'Oise).
 

À Lacaune, une première expérience réussie

« Au début, les gens ont eu un peu peur », se rappelle Monique Rascol, responsable du Secours Catholique à Lacaune. À la mi-février, cette petite commune de 2 500 habitants dans le Tarn a vu débarquer un beau matin vingt-neuf hommes âgés de 20 à 50 ans en provenance de Calais. Le maire avait été prévenu de leur arrivée la veille au soir.

« Il n’y a pas eu de mouvement de protestation, se souvient Monique. Mais beaucoup de rumeurs. Dès qu’un petit larcin était commis, les gens disaient : "C’est eux". » Et puis les choses se sont calmées, « puisque ce n’était jamais eux ».

Les premiers jours ont été un peu « chaotiques ». Aucun opérateur n’avait été désigné par l’État et sur place personne n’était au courant de cet accueil temporaire dans le centre de vacances de la commune.

« Visiblement, la préfecture pensait qu’à peine débarqués du bus, les migrants retourneraient aussitôt à Calais, analyse Françoise Roudaut, du Secours Catholique du Tarn. Or seulement trois d’entre eux sont repartis au bout de trois jours, les vingt-six autres sont restés et ont fait une demande d’asile en France. Il a fallu improviser. »
 

Ça a commencé par des sourires.

Monique Rascol.

Un collectif citoyen de la région prend les choses en main. Les associations locales s’associent. « Nous avons une boutique solidaire en ville, nous nous sommes donc occupés de la partie vestimentaire », explique Monique Rascol.

Rapidement, les bénévoles du Secours Catholique voient de jeunes – et moins jeunes – Afghans, Iraniens et Irakiens franchir la porte du local. « Tous ne sont pas venus, certains n’en n’ont pas eu besoin car ils avaient de l’argent, précise Monique. Mais une dizaine d’entre eux nous rendaient visite régulièrement. »

Une connivence s’installe. « Ça a commencé par des sourires. Puis on a commencé à discuter. Ils nous montraient des photos de leur pays et de leur famille. On baragouinait avec notre anglais scolaire, se souvient la bénévole, en riant. Eux avaient, à la fin, quelques rudiments de français. Et puis, nous sommes des gens du midi, on parle avec les mains. »

Elle se rappelle d'une fois où « pour nous faire rire, ils ont essayé les bijoux de pacotille que l'on vend dans la boutique ».

 
Accueil des migrants : « Si vous en avez envie, il faut y aller »
Photo prise en septembre 2015 au centre d'accueil de Cergy (Val-d'Oise).
 

Au fil des échanges, des histoires se dessinent, très diverses. « Il y avait un coiffeur, un cuisinier, un écrivain-journaliste, un berger, un négociant, un interprète pour l’armée américaine… Ils venaient de toutes les couches sociales. Presque tous avaient laissé la guerre derrière eux, mais elle était encore bien présente à travers les échanges qu'ils avaient régulièrement avec leurs proches au téléphone ou par internet. »

Ils sont partis au milieu du mois de mai, relogés dans des centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada). Cette semaine, la commune s’apprête à accueillir de nouveaux arrivants. « Cette fois-ci c’est mieux organisé », constate Monique.

Un opérateur a été désigné : le Refuge protestant. « Nous avons eu une première réunion il y a quinze jours avec notamment la mairie et les gendarmes pour dégrossir, raconte la bénévole du Secours Catholique. Puis une autre vendredi avec le directeur du Refuge protestant pour affiner le rôle de chacun. »

 

À Fougères, c'est un peu l'inconnu

À Fougères, en Ille-et-Vilaine, on a aussi misé sur l’anticipation et l’information. Cette ville de 20 000 habitants doit recevoir pour la première fois 140 personnes dans un hôtel. Une réunion a été organisée par le sous-préfet il y a une dizaine de jours avec les associations locales.

L’équipe du Secours Catholique a l’habitude de travailler avec les migrants, car la ville accueille un Cada. « Mais là, c’est un peu l’inconnu, admet Claude Mottais, le responsable. On s’attend à quelque chose de différent de par le nombre et parce qu’ils ont vécu à Calais. »

Ce qui est également nouveau, c’est le travail en collectif avec les autres associations : le CCFD-Terre solidaire, le Secours populaire, la Croix-Rouge, Emmaüs, les Restos du cœur, Fougères solidarité… « Chacun réfléchit à ce qu’il peut faire, explique Claude. Ceux qui en ont les compétences vont proposer des cours de français. Ce qui est notre cas. Nous allons aussi sans doute nous occuper des vêtements et participer à l’accompagnement juridique. Et puis, tout simplement être présents. »

Le responsable du Secours Catholique local a eu écho d'initiatives qui pourraient voir le jour : « J'ai un ami musicien qui voudrait proposer un atelier musique. Il y a aussi l'association Fougères accueil qui anime des ateliers créatifs, il n'est pas exclu qu'elle se porte volontaire. Et puis, il y a sûrement les associations sportives qui vont nous épauler ou au moins nous prêter leurs terrains. » Il marque une pause avant de reprendre : « Pour l’instant, on ne sait pas si on va accueillir des familles ou des hommes seuls. On y verra plus clair quand on connaîtra les profils des arrivants. »

En attendant, les bénévoles des différentes organisations se sont occupés d'adapter les locaux grâce à du mobilier fourni par le Foyer des jeunes travailleurs : « Il a fallu réorganiser les chambres de l'hôtel, ajouter des lits, aménager des réfectoires… »

Avant même d'avoir réellement commencé, l'expérience a déjà un point positif. « Cela a soudé nos associations d'horizons et d'obédiences différentes, explique Claude Mottais. On travaille main dans la main, ça a créé une vraie fraternité. Nous avons prévu de nous réunir pour réfléchir à comment on peut continuer à travailler ensemble sur d'autres sujets. »

 
Accueil des migrants : « Si vous en avez envie, il faut y aller »
Photo prise en septembre 2015 au centre d'accueil de Cergy (Val-d'Oise).
 

À Calais, entre joie et inquiétudes

Depuis deux semaines à Calais, bénévoles et salariés du Secours Catholique remplissent avec les personnes migrantes, rencontrées à l’accueil de jour ou sur le bidonville, des fiches de renseignements qu’elles emporteront avec elles : nom, prénom, nationalité, langue parlée, statut (demandeur d’asile, demande de regroupement familial…).

Le but : faciliter l’entrée en contact avec les équipes d’accueil dans les CAO et permettre la poursuite des procédures en cours.

Quel est l'état d'esprit à Calais ? « Il varie selon les situations, témoigne Hisham Aly, animateur du Secours Catholique qui travaille sur le bidonville calaisien. Il y a ceux qui veulent absolument passer en Angleterre, certains pour y rejoindre des proches. Ceux-là sont plutôt tristes et perdus. Pour les autres, le sentiment est souvent double»

À la joie de quitter la « jungle » s'ajoute souvent la peur de l'inconnu. « Ils sont contents de sortir de ces conditions indignes et surtout de rencontrer enfin des Français. Ils veulent construire des ponts, apprendre la langue, découvrir la culture, explique Hisham. Et en même temps ils sont inquiets car ils ne savent pas s'ils vont trouver des gens qui vont s’intéresser à eux. »

Benjamin Sèze
Crédits photos : © Xavier Schwebel / Secours Catholique
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