Au Liban, sauver le vivre-ensemble

Publié le 12/10/2017
Liban
Au Liban, sauver le vivre-ensemble
 

De tous les pays de la région, le Liban est le plus exposé aux répliques du séisme syrien. Tout en aidant les réfugiés à vivre, l’effort humanitaire des partenaires du Secours Catholique porte avant tout sur l’éducation des enfants et la protection du vivre-ensemble.

En entrant dans le camp de Chatila, au sud de Beyrouth, on est frappé par l’étroitesse des ruelles et le nombre d’échafaudages dressés sur les toits. Depuis les terrasses, des maçons ajoutent un septième, huitième, neuvième étage aux frêles habitations d’origine. Le kilomètre carré sur lequel vivaient 20 000 personnes en 2011, en accueille aujourd’hui 46 000 : les nouveaux habitants sont des réfugiés palestiniens de Syrie et de nombreux Syriens entrés avant 2015.

Depuis deux ans, l’afflux a cessé. On ne les laisse plus passer à la frontière. Mais la population s’accroît du seul fait des naissances. Alors, faute de pouvoir s’étendre, le quartier s’élève.

Au rez-de-chaussée, les petits commerces contribuent à l’effervescence du camp. Ayat Boydani, 19 ans, tient un mini-bazar où tout est à 1 dollar. Elle est venue de Homs, en Syrie, il y a deux ans, avec son mari. « Nous ne sommes pas palestiniens, dit-elle, mais nous n’avons eu aucun mal à nous intégrer. » Elle a monté son petit commerce grâce à Bashmeh et Zeitooneh (B&Z), ONG créée en 2012 pour répondre aux besoins des exilés syriens et les préparer à reconstruire leur société une fois la guerre terminée.
 

J’arrive à envoyer de l’argent à ma famille à Homs.

Ayat, commerçante de 19 ans

La guerre s’éternisant, le soutien a pris plusieurs formes, notamment celle d’un coup de pouce financier. Ayat a obtenu de B&Z un don d’environ 1 000 euros après avoir suivi une formation de huit semaines où elle a appris comment gérer un budget, une clientèle, les règles de sécurité et même le stress. Les affaires d’Ayat vont bien. « J’arrive à envoyer de l’argent à ma famille à Homs », dit-elle fièrement.

« Plus de 80 % des projets réussissent », affirme Sherry, une jeune Syrienne qui a grandi aux États-Unis mais est revenue dans la région pour aider ses compatriotes. Les initiatives de B&Z l’ont séduite et elle travaille avec eux depuis un an. « Nos aides financières permettent de créer de petits business. Notre plus belle histoire est celle de l’épouse d’un homme handicapé qui a monté un service de livraison de bouteilles de gaz à domicile. Son affaire marche si bien qu’elle propose ses services dans d’autres quartiers. »

 

Nous préparons les enfants à entrer à l'école publique.

Marie Salme, réfugiée et directrice de l'école Insan à Sad El Bouchrye.

Les six centres de B&Z au Liban reçoivent essentiellement des femmes que des professionnels conseillent, forment et aident matériellement, ainsi que des enfants déscolarisés, auxquels ils donnent une éducation.

« Nous faisons du soutien psychosocial », explique Nour Mousa, animatrice du programme “Education à la paix“ du centre de Chatila. « Progressivement, nous partons de l’enfant pour l’aider ensuite à appréhender sa relation aux autres. »

La scolarisation est aussi une priorité pour Insan, autre ONG libanaise de 32 salariés. Spécialisée dans la défense des droits de l’homme, elle aide les victimes de traite d’êtres humains parmi les étrangers marginalisés.

Insan a également ouvert une école à Sad El Bouchrye, un quartier pauvre du nord de Beyrouth. Sa directrice, Marie Salme, réfugiée syrienne, parle un français parfait. « Nous accueillons actuellement 120 enfants n’ayant parfois jamais été scolarisés. Nous les préparons à intégrer l’école publique en leur donnant des notions de français et d’anglais, langues d’enseignement au Liban, ainsi que des cours de maths et de culture générale. »
 

Je sais ce qu’ils vivent et par quoi ils sont passés.

Dounia, enseignante irakienne

Trois assistantes sociales accompagnent chaque élève, pour qui l’aide d’Insan peut être matérielle, juridique ou psychologique. L’école forme aussi des adultes en vue de leur éventuelle réinstallation dans un pays hôte.

À midi et demi, les enfants sortent de classe. Ils ont l’air heureux, ils remercient leur professeur qui, il y a trois ans, était infirmière à Bartella, en Irak. Dounia enseigne ici depuis son arrivée au Liban. « J’y mets tout mon cœur, dit-elle. Les enfants savent que je suis comme eux une réfugiée. Je sais ce qu’ils vivent et par quoi ils sont passés. »

Dans la plaine de la Bekaa, quelques associations rapprochent habitants et réfugiés qui proposent des initiatives comme planter des végétaux dans des espaces publics, confectionner de vêtements en laine…

À Anjar, à une encablure de la frontière syrienne, Women Now for Development (Femmes maintenant pour le développement) aide Syriennes, Libanaises et Palestiniennes à vaincre l’illettrisme et à s’instruire. « Beaucoup de familles de réfugiés ont perdu leur chef et doivent travailler. Elles n’ont pas de formation, nous leur en donnons une », explique le Dr Sahar Derbas, directrice de l’ONG locale. « Nos formations sont utiles à toutes les communautés et préservent la paix. » 

Jacques Duffaut
Crédits photos : ©Sébastien Le Clézio / Secours Catholique
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