Bernard Schricke : « Induire une logique de solidarité »

Publié le 06/12/2012
France
Bernard Schricke : « Induire une logique de solidarité »
 

Dans quelles circonstances le gouvernement a-t-il annoncé la Conférence nationale de lutte contre la pauvreté ?

Depuis son installation, le gouvernement actuel a clairement affiché sa volonté de consulter la société civile avant de légiférer. Dans cette optique, il a organisé en juillet une Conférence sociale sur la flexi-sécurité. Il a fait de même pour le développement social avec une Conférence environnementale en septembre. C’est ensuite qu’il a voulu aborder la cohésion sociale et la lutte contre la pauvreté en proposant une Conférence nationale sur le sujet en vue d’un plan quinquennal.

Cela ressemble fort à une demande faite par le Secours Catholique aux candidats à l’élection présidentielle en mai dernier…

En effet, le Secours Catholique - avec le collectif Alerte qui réunit 34 organismes luttant contre l’exclusion - avait demandé à chaque candidat de s’engager à ouvrir le chantier d’un plan quinquennal de lutte contre l’exclusion. Notre objectif était de faire prendre conscience que le combat contre la pauvreté nécessitait des mesures concrètes, sur le long terme, avec une coopération interministérielle.

Comment la Conférence nationale contre l’exclusion s’organise-t-elle ?

À la demande du Premier ministre, elle s’appuie sur le Conseil national de politique de lutte contre l’exclusion (CNLE) qui est rattaché à Matignon. En son sein, se rencontrent des représentants des partenaires sociaux, des associations comme le Secours Catholique, des personnes en situation de pauvreté, et des représentants d’administration… M. Ayrault a voulu utiliser ce lieu de concertation car il a noté que, malgré la grande diversité de points de vue, le CNLE a pu amener ses membres à des propositions communes issues d’un consensus.

Quel travail a déjà été accompli ?

Les membres de la CNLE se sont répartis en ateliers, chacun sous l’autorité d’un ministre qualifié, qui se sont réunis ces derniers mois. Les sept ateliers ont abordé différents thèmes : l’accès aux droits et aux biens essentiels, minima sociaux ; logement et hébergement ; emploi, travail et formation professionnelle ; familles vulnérables, enfance, éducation ; santé et accès aux soins ; gouvernance des politiques de solidarité ; et inclusion bancaire et surendettement.

Ces groupes de vingt personnes environ étaient présidés par une personnalité, par exemple François Soulage, président du Secours Catholique, a été chargé de l’atelier sur l’inclusion bancaire. Les présidents des ateliers vont maintenant proposer leurs recommandations aux ministres concernés les 10 et 11 décembre.

Comment vont se dérouler ces deux journées ?

Lundi 10 décembre, de 14 heures à 19 heures, le Premier ministre et les ministres concernés recevront les propositions des présidents d’ateliers, une cinquantaine chacun. Le jour suivant, une réunion de travail accueillera tous les participants autour du thème "Comment faire bouger les représentations de l’opinion publique sur la pauvreté ?".

N’est-ce pas un peu décevant ?

On peut effectivement se dire que discuter de 350 propositions concrètes contre la pauvreté en cinq heures est bien peu. Mais on peut aussi comprendre que ce ne sont pas quelques centaines de personnes qui pourront arbitrer sur toutes ces propositions. Ce sont des pistes sérieuses que le gouvernement peut utiliser pour construire son plan quinquennal. La réunion du lendemain peut sembler anecdotique et pourtant, pour que ces mesures soient entendues par les citoyens, il faut changer les mentalités et induire une logique de solidarité là où il y a aujourd’hui une défiance.

Les propositions présentées sont-elles innovantes et exceptionnelles ?

Celles que porte le Secours Catholique s’inscrivent dans une mobilisation qui a commencé il y a bien longtemps : une hausse des minima sociaux, un accompagnement des précaires sur le long terme

Ces propositions se retrouvent dans tous les rapports annuels que l’on produit chaque année, dans les plaidoyers que nous portons. En ce sens, le travail des bénévoles fait pour établir ses rapports sur la pauvreté, le travail des salariés sur les plaidoyers - qui sont tous deux des engagements au long court - n’est pas, à mes yeux, étranger à la tenue de cette Conférence nationale.

Propos recueillis par Sophie Lebrun

Credit : Elodie Perriot/Secours Catholique
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