Bibliothèque de rue : la culture sort de son pré carré

Publié le 04/08/2014
Maine-et-Loire
Bibliothèque de rue : la culture sort de son pré carré
 

Depuis six ans, des bénévoles du Secours Catholique du Maine-et-Loire se rendent sur les terrains de gens du voyage pour proposer des activités culturelles aux enfants. Cette action, appelée “bibliothèque de rue”, a permis de développer un lien fort avec des communautés souvent touchées par la précarité.

Il faut une quinzaine de minutes aux bénévoles pour arriver dans la commune des Ponts-de-Cé, en partant d’Angers en voiture. Le temps de franchir la Loire, de traverser des bourgs aux pierres blanches, de s’engager dans une forêt où filtrent des rais de soleil et enfin dans l’allée cahoteuse qui conduit à l’entrée du terrain des gens du voyage. Lorsque les enfants aperçoivent le véhicule, ils s’écrient : « C’est Élie ! C’est Élie ! »

Élie Front, jeune volontaire qui effectue un service civique au Secours Catholique d’Angers, salue la petite dizaine d’enfants présents d’un geste de la main. Il organise sur ce terrain l’animation bibliothèque de rue, que l’on devrait rebaptiser ici bibliothèque des champs. Poules et lapins vivent en liberté dans la propriété. Attachés à des piquets, une chèvre et un poney broutent à quelques mètres des caravanes et de l’ancienne bergerie reconvertie en habitat.

Tous les mercredis après-midi, Élie et son équipe de bénévoles se déplacent alternativement sur le terrain de deux groupes de gens du voyage à la périphérie d’Angers. Ces deux communautés sont en partie sédentarisées. Les premiers vivent dans des bungalows à Beaucouzé. Les seconds demeurent dans la propriété rurale évoquée plus haut.

Construire sur la durée un lien solide avec les gens du voyage

Ce 30 avril, Élie est accompagné de trois bénévoles : Dorian, Michelle et Antonin. Caisse à jouets et livres sous le bras, l’un de leurs défis est de maintenir en éveil l’attention vite fluctuante des enfants surexcités par leur visite. Aujourd’hui, il n’y aura pas uniquement du dessin et de la lecture mais aussi du sport, beau temps oblige. « Nous lisons surtout des histoires à ceux qui ont 7-8 ans », précise Antonin. « Chez nous, ils ne restent pas longtemps assis avec le crayon ! » confirme sur place Liliane Menut, 66 ans, mère de 14 enfants et fondatrice de l’immense famille dont la plupart des membres habitent ce terrain. Elle avoue avoir perdu le compte de ses petits-enfants.

Bénéficiant depuis longtemps d’actions entreprises par l’aumônerie des gens du voyage du diocèse d’Angers, Liliane apprécie l’engagement des bénévoles auprès de sa famille. « Lorsque j’étais plus jeune, nous n’avions pas tout ça. Aujourd’hui, je constate que nos enfants s’intègrent bien plus qu’avant aux autres enfants à l’école. » Cette action permet de construire sur la durée un lien solide avec les gens du voyage, sans distinction de confession. Si la famille de Liliane est catholique, l’autre groupe bénéficiant de l’action est en effet évangélique.

 

« Faire tomber des a priori »

Éclairage de Damien Rouillier, délégué du Secours Catholique de Maine-et-Loire

« L’action des bibliothèques de rue a débuté en janvier 2008 dans le Maine-et-Loire. L’année précédente, nous réfléchissions aux moyens d’être plus présents auprès de la population des gens du voyage, qui est dans une situation relativement précaire et en nombre important dans le département : de 2 000 à 4 000 personnes. Nous avions envisagé plusieurs actions avant de sélectionner celle-ci. La bibliothèque de rue, que pratique depuis longtemps ATD Quart-Monde, est pensée comme une ouverture à la culture pour les enfants isolés. Elle nous permet de notre côté de créer une relation de fraternité avec les gens du voyage. Nous souhaitions aussi qu’elle soit mise en place par le réseau jeunes que nous étions en train de créer.

Lorsqu’on se rend chez les personnes, la relation est totalement différente de celle d’un accueil dans les locaux de la délégation. Ce sont elles qui nous accueillent. Le projet s’adresse à leurs enfants, qui sont au cœur de leurs préoccupations. L’accès à l’école est en effet un sujet capital pour eux. Leur société est en pleine mutation et nous souhaitons accompagner ce mouvement sur le terrain de l’éducation. Cela permet aussi de tisser des liens et de faire tomber des a priori réciproques. En réalité, cette action vise aussi les familles, pas seulement les enfants. »

 

Pierre Wolf-Mandroux
Crédits photos: © Xavier Schwebel/Secours Catholique
Deux mamies sourient bras-dessus bras-dessous
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