Birmanie : l’UE ne doit pas lever ses sanctions

Publié le 06/04/2013
Birmanie
 

Plusieurs ONG, dont le Secours Catholique, demandent à la France de s’opposer à la levée des sanctions qui frappent la Birmanie, à quelques jours de la renégociation de la position commune de l’Union européenne.

À l’approche de la renégociation de la position commune de l’Union européenne (UE) sur la Birmanie, plusieurs ONG dont le Secours Catholique alertent le gouvernement français sur l’insuffisance des efforts déployés par le pouvoir birman pour garantir les droits de l’homme dans le pays.

Dans ce pays longtemps parmi les plus fermés au monde, la junte a officiellement laissé la place en 2011 à un pouvoir civil dirigé par l’un de ses anciens membres. La relative libéralisation et les réformes engagées par le nouveau gouvernement ont conduit l’Union européenne à suspendre en avril 2012 les sanctions économiques et politiques qui étaient imposées au pays depuis les années 1990, à l’exception de l’embargo sur les ventes d’armes.

En suspendant ses sanctions, l’UE précisait clairement les progrès attendus : la libération sans condition des prisonniers politiques et la levée de toutes les restrictions imposées à ceux qui ont déjà été libérés, la fin des conflits armés dans l’État kachin, l’amélioration de l’accès à l’aide humanitaire et le réexamen du statut des Rohingyas.

Alors que le 30 avril 2013, l’Union européenne doit décider du maintien de la suspension des sanctions ou de leur levée, les ONG soulignent dans une lettre au gouvernement français (à télécharger ci-dessous) que ces progrès n’ont pas été réalisés.

Tout d’abord, « des centaines de prisonniers politiques sont toujours en détention et la grande majorité de ceux qui ont été libérés ont seulement été remis en liberté conditionnelle. Après sa visite en Birmanie en février 2013, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la Birmanie a non seulement mis en évidence la détention continue des prisonniers politiques, mais aussi les témoignages toujours plus nombreux décrivant l’utilisation de la torture contre certains détenus », indiquent les signataires de la lettre.

Par ailleurs, les conflits armés n’ont pas cessé. En décembre 2012, l’État kachin a connu la plus grave intensification du conflit depuis juin 2011. Dans cet État qui réclame une plus grande autonomie et un meilleur respect du droit, « l’armée birmane a utilisé avions de combat, hélicoptères et tirs de mortiers de façon répétée ciblant sans retenue les populations civiles. Ces actes peuvent être assimilés à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Ils démontrent le refus des autorités birmanes d’engager un dialogue politique et de respecter les engagements pris en faveur de la paix », écrivent les ONG.

Minorité persécutée

L’accès à l’aide humanitaire ne s’est pas non plus « considérablement amélioré », comme le constate le Secours Catholique dans l’État kachin notamment, où il soutient un programme d’aide aux déplacés. « Le gouvernement n’a pas tenu ses promesses répétées, n’ayant autorisé que des visites ou des convois ponctuels dans les zones sous le contrôle de l’Organisation d’Indépendance Kachin », dénoncent les ONG.

Quant au statut et aux conditions de vie de la minorité rohingya, « la plus persécutée au monde » selon l’ONU, ils se sont considérablement aggravés l’an dernier à la suite de violences interconfessionnelles qui se sont transformées en attaques systématiques contre les Rohingyas. Tandis que leur présence, qui remonte à la fin du XIXe siècle, est liée à la politique d’immigration britannique qui les a fait venir du Bangladesh pour travailler dans les exploitations agricoles, le gouvernement birman a déclaré : « il est impossible d’accepter leur présence en Birmanie, ils sont entrés illégalement dans le pays et ne font pas partie du système ethnique birman ». « Aucun effort n’a été déployé pour tenter de permettre aux Rohingyas déplacés par les violences de retourner dans leurs villages », notent les signataires de la lettre.

« Les conditions posées par le Conseil de l’UE n’ayant pas été rencontrées et la situation s’étant même aggravée à certains égards, lever les sanctions serait prématuré et nuirait à la crédibilité de l’UE », concluent les ONG, qui demandent donc à la France de se prononcer en faveur du maintien de la suspension des sanctions.

Marina Bellot
© Yoann Maldonado/SC
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