Boutique solidaire : du don à l’insertion

Publié le 21/10/2014
Normandie
 

Donner des vêtements que l’on ne porte plus est un geste simple qui sert de grandes causes : à partir du don de textiles se tisse une chaîne de solidarité. Le Secours Catholique est présent à tous les échelons.

Un pantalon devenu trop serré, les souliers des enfants datant de la rentrée dernière désormais trop petits... Nous avons tous déjà fait don de ces vêtements, chaussures ou accessoires destinés à rejoindre le fond d’un placard ou à finir à la poubelle. En France, plus de 100ı000 tonnes de textiles sont collectées chaque année. Pourtant, nous ignorons souvent que ce geste simple est à l’origine de toute une chaîne de solidarité.

Collecte, tri, vente, soutien aux structures d’insertion qui prennent en charge le recyclage... Toutes ces activités permettent d’agir au quotidien en faveur de l’insertion sociale, de l’emploi et de l’environnement.

Le Secours Catholique, comme d’autres associations, intervient à toutes les étapes de cette chaîne. Exemple en Basse-Normandie : dans les villes et les villages du département, ce sont pas moins de 59 équipes locales du Secours Catholique qui reçoivent chaque semaine, dans des lieux d’accueil ou des vestiaires, des dons de textiles du public. Il s’agit de vêtements, mais aussi de linge de maison et de chaussures.

À lui seul, le Secours Catholique collecte entre 2ı000 et 3ı000 tonnes de textiles dans toute la France, dont près de 150 à Paris.

Sur le chemin de l’emploi

Une fois collectés, les dons sont triés par les bénévoles. En moyenne, 10 à 15 % sont en assez bon état pour être – après avoir été lavés et repassés – donnés aux plus démunis ou revendus dans les boutiques solidaires du Secours Catholique. Il en existe 280 réparties dans toute la France, aussi bien en milieu rural qu’urbain. Et leur nombre ne cesse d’augmenter : on en compte 10 % de plus chaque année. Toutes sont tenues exclusivement par des bénévoles – au minimum quatre par boutique – et disposent d’un lieu de stockage et de tri.

Chacun peut y trouver des vêtements de seconde main à des prix symboliques, mais aussi une ambiance conviviale et une oreille attentive. « Les boutiques solidaires sont de véritables lieux de lien social, insiste Guillaume Almeras, chargé des projets Insertion par l’activité économique au Secours Catholique. Au-delà de la vente, il y a toujours un moment de convivialité où les gens se rencontrent et échangent. Dans un avenir proche, les boutiques sont amenées à devenir le lieu où naissent et mûrissent toutes sortes de projets collectifs. »

D’autres vêtements partent alimenter les boutiques du réseau Tissons la solidarité. Le reste des dons collectés est donné à une structure d’insertion, différente selon les départements, qui prend en charge le tri et le recyclage. En Basse-Normandie, il s’agit de Cobanor (Collectif bas-normand du tri textile), un groupement composé de plusieurs associations issues du champ de l’économie sociale et solidaire (ESS).

La particularité de la filière du tri tient au fait qu’elle est organisée par des structures de l’ESS : 52ı% du millier d’emplois consacrés au tri en France sont des emplois d’insertion. Le principe de l’insertion est simple : il s’agit de remettre sur le chemin de l’emploi les personnes les plus vulnérables, en leur permettant de bénéficier de contrats de travail particuliers et d’un suivi socioprofessionnel personnalisé. Les femmes sont les premières concernées : la filière textile est en effet l’une des rares à pouvoir proposer des emplois d’insertion essentiellement féminins.

Engagement écologique

Une fois pris en charge par Cobanor, les textiles intègrent pour 75ı% la filière “réemploi”. Certaines catégories de vêtements sont envoyées dans des friperies en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique, où ils sont revendus à bas prix – une manière de contribuer aussi à la solidarité Nord-Sud. Le reste est recyclé pour devenir de nouvelles matières premières : chiffons, fils, fibres, produits d’isolation écologique...

Donner une seconde vie à un vêtement dont on n’a plus l’usage, c’est enfin agir pour l’environnement, car trier et collecter permet de réduire efficacement les déchets destinés à l’incinération ou à l’enfouissement. En quelques années, la part des textiles collectés qui évitent l’incinération est ainsi passée de 60 % à 90 %. Aujourd’hui, les fabricants font des efforts importants en matière de recherche et développement (R&D). L’objectif ? Réduire toujours davantage la part de textile qui finit à la poubelle.

 

Marina Bellot
Crédits photos : © Patrick Delapierre/Secours catholique
Trois hommes admirent leur récolte de salade
Plus d'informations
Économie solidaire
# sur le même thème