Brigitte Alsberge : « La refonte de la politique familiale pourrait faire sortir 500 000 enfants de la précarité »

Publié le 03/06/2013
France
 

En France, presque trois millions d’enfants sont atteints par la précarité. Pour le Secours Catholique, il est urgent de penser une politique familiale capable de combattre ce fléau. Entretien avec Brigitte Alsberge, responsable Solidarités familiales au Secours Catholique.

Alors que François Hollande va annoncer des mesures visant à réformer la politique familiale et probablement une modification du quotient familial, quelle est aujourd’hui la position du Secours Catholique ?

Nous sommes convaincus de l’importance de repenser la politique familiale en France. Au-delà de la réduction des déficits, la réforme devrait répondre avant tout au scandale de la précarité qui touche les familles et particulièrement les enfants dans notre pays.

Vous parlez de scandale…

L’ampleur du phénomène nous scandalise. Aujourd’hui, près de 2 665 000 enfants sont touchés par la pauvreté. Ce qui veut dire que cette précarité touche de plus en plus de familles. Et nous faisons le même constat : sur le million et demi de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté que l’association rencontre, 668 000 sont des enfants. Les chiffres de notre dernier rapport statistique le montrent : nous accueillons au fil des années plus de familles et plus d’enfants vivant dans la pauvreté, et cette pauvreté augmente et s’installe. La situation est la même dans tout le pays. Aujourd’hui, en France, un enfant sur cinq est pauvre. Un pauvre sur trois est un enfant !

Comment expliquez-vous cette situation ?

Le système est inadapté pour combattre ce fléau. Alors que la famille actuelle est composée en majorité de deux enfants, la politique familiale apporte un soutien important aux familles à partir du troisième enfant, mais ne prévoit pas d’allocation dès le premier enfant. Par ailleurs, quand 9 % des familles actuelles sont monoparentales et ne vivent donc que sur un seul salaire, la politique familiale n‘aide pas assez les familles pauvres.

Nous avons le même constat sur les modes de garde. Les pouvoirs publics consacrent 14 milliards d’euros par an pour l’accueil des enfants de 0 à 3 ans. Or, les enfants des familles pauvres n’y accèdent pas ou peu. Pour ne prendre qu’un chiffre, 92 % des enfants de moins de 3 ans des 20 % des familles les plus pauvres sont gardés principalement par leurs parents.

Notre politique familiale conçue dans les années 1940 est encore fondée sur le modèle de la famille nombreuse et composée de deux parents dont l’un au foyer ; de fait, elle ne peut plus convenir au modèle contemporain.

Que préconisez-vous pour répondre à cette urgence ?

Le Secours Catholique souhaite que puisse être retrouvée une situation d’équité par une solution simple et claire pour tous. Aujourd’hui, instaurer une équité réelle entre les enfants supposerait d’une part, de verser le même montant d’allocation familiale à chaque enfant du premier au dernier ; et d’autre part de remplacer le système du quotient familial par un crédit d’impôt universel égal pour chaque enfant quelles que soient les ressources de la famille. Cette somme, évaluée à 751 euros par enfant, serait déductible des impôts pour ceux qui en paient, et versée à ceux qui ne sont pas imposables.

Quel en serait l’impact réel ?

Immense. Une telle mesure permettrait de sortir 500 000 enfants de la pauvreté !

 

Emmanuel Maistre
© Secours Catholique
Portrait de famille
Plus d'informations
Soutien aux familles et à l'enfance
# sur le même thème